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* LE JOUR OU LES IMMIGRES EUROPEENS DEMANDERONT L’ASILE …..

Publié le, 13 octobre 2015 par M. Xavier collin

 Les barbelés, c’était cela le plus effrayant. 


Il fallait  éviter que les enfants ne se blessent sur les pointes acérées de ces engins barbares.

Les enfants ! Thomas Martin  n’avait d’yeux que pour eux. L’année précédente, les deux garçons  de 5 et 7 ans avaient perdu leur mère dans un attentat à la voiture piégée. Et depuis le départ en catastrophe de la famille il y a déjà trois mois, suite aux bombardements incessants de leur ville, là-bas, si loin, au nord de la France, il les encourageait, les réconfortait  et  leur promettait  -lui-même y croyait-il encore ?- : « Vous verrez, une fois en Afrique, on sera à l’abri, on pourra demander l’asile, vous retournerez à l’école, on sera heureux, et on finira par oublier la guerre ».

La guerre ? Elle avait pris tout le monde par surprise,  en Europe ! Certes, le conflit  était attendu et redouté depuis plus de quatre ans. Mais nul n’avait prévu un tel déferlement de violence  et ce, dans un espace-temps  si court.  Thomas Martin , à l’image de millions d’Européens, avait assisté, médusé, à l’inquiétante montée  des mouvements populistes extrémistes ,  aux prises de pouvoir successives sur le continent  européens de leaders nationalistes haineux eux-mêmes soutenus par des courants religieux intégristes devenus de réelles forces politiques .Une étincelle  -  un attentat particulièrement sanglant -  avait littéralement mis le feu aux poudres. Le conflit, milices autonomes contre armées régulières, avait dégénéré et s’était généralisé. Il avait fallu fuir.

Ces maudits barbelés, c’était la dernière trouvaille du gouvernement de la Libye pour endiguer le flot de ces milliers de réfugiés venus de toute l’Europe  à l’issue d’une  périlleuse traversée nord-sud de la Méditerranée ; ne venait-on pas de publier ce macabre décompte de 3284 Européens morts noyés au cours des seuls six premiers mois de l’année ? Plus de 400 000 candidats  à l’asile avaient été  dénombrés. La Libye avait été la première des « nations d’accueil » à condamner les passeurs français, italiens et belges qui, en toute indécence et impunité, monnayaient  leurs services : 10 000 dollars  pour un passage, tarif adulte ; 5 500 pour les enfants. Les  Libyens, submergés par ce tsunami de réfugiés en lesquels ils ne voulaient considérer que de simples  migrants économiques , s’étaient donc résolu  à acheter à la Hongrie  plus de 300 km de ces barbelés  qu’ils avaient  à présent disposés le long des plages et du littoral africain.


Alors oui, il fallait les franchir, ces barbelés, sans que les enfants  ne s’entaillent profondément les mains, les bras et les jambes. Thomas Martin  s’y employa le mieux qu’il put,  sous l’œil des caméras de deux chaines africaines d’info en continu. Les cadreurs filmèrent surtout les enfants, en plein effort, visiblement épuisés.   Les images feraient le tour du monde, c’est sûr.


De quoi faire oublier le contexte politique ! L’Algérie, pour sa part, avait annoncé la couleur : elle ne prendrait  plus que des réfugiés français. Suisses  et Belges francophones, à la rigueur. Mais Alger l’avait dit, exprimant tout haut ce que nombre de pays du  Maghreb pensaient tout bas : « La barque est pleine, nous ne pouvons pas, ici, en Afrique, absorber toute la misère humaine ». La Tunisie, pragmatique, avait  d’ores et déjà fixé un quota : 5000 Européens sur les 5 ans à venir.  Pas plus. Le Maroc, dénonçant un évident manquement de ses voisins aux valeurs communes de l’Union Africaine, avait  pris la décision de ne pas renvoyer les « vrais » réfugiés. Pour le moment. Faisant preuve d’un grand sens de l’anticipation, les leaders de l’Union Africaine décidèrent du principe d’un prochain sommet  spécial consacré la question de cette immigration nord-sud. Le communiqué officiel précisa que ce sommet durerait une  demi-journée. 


Ce n’était pas là la préoccupation première de Thomas Martin.  Allait-il, oui ou non, pouvoir rester sur le sol africain, avec les enfants ? C’est  alors  que l’employé du Croissant-Rouge  l’interrogea : « Au fait, vous trois,  vous venez d’où ? ». Thomas Martin,  les yeux dans le vague, s’entendit répondre : « D’où venons-nous ? De très loin. Nous venons de Calais.  Vous savez, là-bas, c’était l’enfer ». L’employé secoua la tête. Calais,  ce nom lui disait quelque chose, mais quoi ?

 

Par Xavier Collin, Journaliste producteur de Geopolitis - RTS (Suisse)

 

* (Source - BILAN- Suisse)