Au moins 34 civil·e·s ont été tués et des dizaines d’autres torturés ou victimes de disparition forcée lors d’opérations menées entre 2023 et 2025 par les Forces armées maliennes (FAMa) et des membres du groupe Wagner. Un nouveau rapport documente également des frappes meurtrières contre des civil·e·s, ainsi que des pratiques de profilage ethnique visant notamment des communautés peules, arabes et touarègues, selon un rapport d’Amnesty international rendu public le 28 septembre.
Des membres des forces armées maliennes agissant aux côtés de combattants russes du groupe Wagner ont commis des crimes de guerre, notamment des meurtres de civil·e·s et des actes de torture, lors d’opérations menées dans les régions de Ségou, Mopti et Tombouctou entre 2023 et 2025. Le rapport d’Amnesty International, « Nul n’est épargné », documente le meurtre d’au moins 34 civil·e·s dans sept localités. Il révèle également des cas de torture, de détention au secret, de disparition forcée, de pillage et de destruction de biens civils. « Nos conclusions brossent un tableau terrible de la vie de civil·e·s pris au piège du conflit et qui en paient le prix fort, alors que l’impunité continue de régner », déclare Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.
Exécutions et attaques contre des civil·e·s, écrit Amnesty International.
Les recherches d’Amnesty International montrent que des civil·e·s ont été abattus alors qu’ils tentaient de fuir ou après leur arrestation. Certaines victimes ont eu la gorge tranchée ; d’autres ont été brûlées vives ou après leur mort. Le rapport examine également deux frappes de drones attribuées aux FAMa dans la région de Tombouctou. Ces attaques ont fait au moins 23 morts, dont au moins cinq enfants. Amnesty International n’a trouvé aucun élément indiquant la présence de cibles militaires sur les sites touchés. Si cette absence est confirmée, ces frappes pourraient constituer des crimes de guerre.
Amnesty International a recueilli les témoignages de 15 survivants de torture et de mauvais traitements. Ceux-ci décrivent des suspensions par les bras, des simulations de noyade, des passages à tabac avec des barres métalliques et des électrocutions. Selon l’organisation, nombre de ces actes ont été commis par des membres de Wagner en présence de soldats maliens, qui n’ont pas empêché les abus et ont parfois participé aux interrogatoires.
Des témoins ont également rapporté plusieurs décès en détention à la suite de tortures et de conditions de détention inhumaines.
Des communautés entières visées
La majorité des victimes appartenaient aux communautés peules, arabes et touarègues. Plusieurs témoins ont déclaré que ces populations étaient régulièrement assimilées à des groupes armés sur la seule base de leur appartenance ethnique ou de leur mode de vie pastoral. Pour Amnesty International, ces témoignages révèlent des pratiques de profilage ethnique particulièrement préoccupantes dans les zones de conflit.
Wagner remplacé par Africa Corps
Le rapport souligne que près d’un millier de membres de Wagner ont été déployés au Mali entre 2021 et 2025. Depuis juin 2025, ils ont été remplacés par Africa Corps, une structure soutenue par l’État russe et active dans plusieurs pays africains.
Amnesty International demande aux autorités maliennes de rendre public l’accord conclu avec Africa Corps, de clarifier la chaîne de commandement des forces étrangères opérant sur leur territoire et de garantir que tous les responsables présumés de crimes de guerre, quelle que soit leur nationalité ou leur fonction, rendent des comptes.