Accueil Non classé Jean Ziegler : l’adieu à un frère de combat Par Adama DIENG

Jean Ziegler : l’adieu à un frère de combat Par Adama DIENG

par El Hadji Gorgui Wade Ndoye
0 commentaires

Adama Dieng, Ancien Secrétaire général de la Commission internationale de juristes ; Ancien Secrétaire général adjoint des Nations Unies ; Envoyé spécial de l’Union africaine pour la prévention du crime de génocide et autres atrocités de masse.

C’est avec tristesse que j’ai appris le décès de Jean Ziegler.

Ma dernière rencontre avec Jean remonte à plus de cinq ans. Il était venu partager une soirée à ma résidence genevoise. Nous avions longuement échangé, comme nous l’avions fait tant de fois, sur le monde, l’Afrique, les injustices qui persistent et les combats qui restent à mener.

Jean était plus qu’un ami. Il était un frère. Un camarade de lutte. Un homme avec lequel j’ai partagé une même indignation face aux souffrances des plus démunis et une même conviction que la dignité humaine ne saurait être négociée.

C’est notre amie commune, Maître Mame Bassine Niang, aujourd’hui disparue et toujours regrettée, qui me l’avait présenté lors d’un séjour au Sénégal à la fin des années 1970. Une amitié profonde était née de cette rencontre, nourrie de nos sensibilités politiques et de nos convictions idéologiques communes. Au-delà, nous étions unis par l’essentiel : la défense des droits humains et la lutte contre toutes les formes d’injustice.

Lorsque je me suis installé à Genève au début des années 1980, nos échanges se sont intensifiés. Nous discutions des questions africaines, du développement, de la dette, de la pauvreté et des mécanismes qui perpétuaient les inégalités mondiales.

Jean était présent sur tous les fronts. Son énergie était inépuisable. Sa plume était une arme au service des opprimés. Ses nombreux ouvrages ont marqué des générations entières et demeurent, pour la jeunesse africaine, de véritables bréviaires de réflexion et d’engagement.

Je me souviens de l’intérêt qu’il avait manifesté pour mes travaux sur les mécanismes de domination économique. Cet encouragement correspondait à l’homme qu’il était : un intellectuel généreux, soucieux de faire émerger les voix critiques et de soutenir les combats justes.

Plus tard, j’ai eu l’honneur de soutenir sa nomination comme Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation. Il y a défendu avec courage une conviction devenue centrale : la faim n’est pas une fatalité naturelle. Elle est souvent le résultat de choix politiques et économiques qui privent des millions d’êtres humains de leurs droits fondamentaux.

Son action rejoignait nos combats aux Nations Unies pour faire reconnaître la justiciabilité des droits économiques, sociaux et culturels. Je veux ici saluer aussi la mémoire de mon compatriote et ami, le magistrat sénégalais El Hadji Guissé, dont la contribution fut précieuse.

Je garde aussi le souvenir de nos échanges sur la dette, de la corruption et de leurs conséquences pour les populations. Jean avait compris avant beaucoup d’autres que ces questions relevaient aussi d’enjeux de droits humains. Toute sa vie, il aura dénoncé les mécanismes d’un ordre économique international profondément injuste. Certains contestaient ses analyses ; personne ne pouvait contester sa sincérité ni son engagement.

Notre ami Maître Bacre Waly Ndiaye du Haut Commissariat aux droits de l’Homme a trouvé les mots justes pour dire ce que tant d’entre nous ressentent : malgré la renommée mondiale dont il jouissait, Jean était d’une humilité et d’une simplicité sans égales. Bacre m’a rappelé leurs discussions au Palais des Nations ou autour d’un dîner avec son épouse, notamment sur la notion alors controversée de réfugié climatique. Jean savait écouter autant qu’il savait convaincre. Sa curiosité intellectuelle était intacte et son humanité profondément sincère.

Jean Ziegler appartient désormais à l’histoire. Mais son héritage intellectuel et moral demeure vivant. Il continuera d’inspirer celles et ceux qui refusent l’indifférence, qui combattent les inégalités et qui croient que les droits humains doivent être universels, indivisibles et effectifs pour tous.

Aujourd’hui, je perds un ami. Je perds un frère. Je perds un compagnon de route. Mais je conserve précieusement le souvenir de nos conversations, de nos combats communs et de son inébranlable fidélité aux causes qu’il défendait.

Une flamme intense d’humanité vient de s’éteindre. Que sa lumière continue de briller dans nos cœurs et de se refléter dans nos actions.

Que son âme repose en paix. Amen.

Tu pourrais aussi aimer

Laisser un commentaire

Contacts

Articles récents

Copyright @ 2025 | Tous droits reservés | Developed by Mythe People.

Facebook Twitter Instagram Linkedin Youtube Email
Warning: Undefined array key "threads" in /home/clients/8c1ee360f92737a3ae3dc31c52a8a2b5/web/wp-content/themes/soledad/inc/elementor/modules/penci-social-media/widgets/penci-social-media.php on line 278

Warning: Undefined array key "bluesky" in /home/clients/8c1ee360f92737a3ae3dc31c52a8a2b5/web/wp-content/themes/soledad/inc/elementor/modules/penci-social-media/widgets/penci-social-media.php on line 278

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d’accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter En savoir plus

Politique de confidentialité et de cookies