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LE TEMPS DES RUPTURES ?

Publié le, 21 mars 2014 par M.Mamadou KASSE

Par Mamadou Kassé

Dakar-Sénégal - Traque des biens mal acquis ou traque aux biens mal acquis, mise en place de la CREI et de l’OFNAC, relance de la Haute cour de Justice, audit de la Fonction Publique et des maisons conventionnées, diminution des agences et fusion de celles s’occupant des jeunes en une seule, assurément le président Macky Sall a décidé de prendre le taureau par les cornes. L’ère de la rupture annoncée dans son programme yonou yokkuté est-elle déjà ouverte ? Les premières initiatives engagées en vue d’assainir les finances publiques et de faire repartir la machine administrative sur de nouvelles bases laissent croire que les lignes vont sérieusement bouger et avec elles beaucoup d’intérêts, d’avantages acquis et tout naturellement et de privilèges indus que ni la compétence, ni la proximité avec le pouvoir ne peut autoriser. 

 

Que le Chef de l’Etat soit obligé de revenir à l’occasion du déjeuner offert à la communauté culturelle au Palais, sur certaines mesures qui charrient par les temps actuels beaucoup de bruit, pour réaffirmer sa volonté inébranlable d’aller jusqu’au bout prouve que l’homme  est conscient des défis qui l’interpellent. Défis qu’il a décidé de relever en promettant une gouvernance vertueuse et transparente  dépouillée de tout parti pris  et de toute compromission. Occasion ne pouvait être mieux choisie par Macky Sall pour rappeler les principes sur lesquels se fonde la nouvelle république qui ne veut plus surfer sur la vague de l’illusion et de l’artificiel.

Manifestement, il veut amener le Sénégal à vivre non plus au dessus de ses moyens mais plutôt en fonction de ses moyens et à soumettre tous les citoyens à la même logique de production et de productivité. A travail égal, salaire égal.

Voilà bien longtemps que notre pays avait perdu certaines vertus  qui s’inscrivent dans la logique de l’Etat de droit où le devoir et le droit se côtoient en couple indissociable. Où la croissance et le développement vont de pair avec l’épanouissement individuel et collectif.

Revenir à la réalité de notre état, restituer au Sénégal son vrai visage, faire découvrir aux citoyens la réalité de leur nation, ce sont là des préalables auxquels aucun gouvernement ne peut déroger s’il veut engager la vraie bataille qui mérite d’être livrée, celle de l’émergence et du développement.

Il va sans dire que le combat ne sera pas facile car de multiples forces centrifuges se dresseront contre toute velléité de remise en cause de leurs intérêts. Et leurs réactions seront à la dimension des avantages qu’on veut leur faire perdre.  Ce n’est pas hasard si le président Sall regrette déjà l’ambivalence des Sénégalais qui veulent des changements dans le système sans passer par des ruptures dans leurs habitudes, attitudes et comportements. « Tout le monde veut des changements mais quand on amorce des ruptures, il y a des résistances ». Il va de soi que toute rupture suppose des sacrifices. Dans un pays comme la Chine cette rupture s’est opérée pendant plusieurs années, le temps d’une révolution culturelle qui non seulement à changé les habitudes et les pratiques mais a surtout reconstruit l’homme chinois pour en faire un être culturellement et socialement préparé à entrer dans le 21ème siècle, le siècle de la nano industrie    et des services.

Le Sénégal, pays de démocratie et des libertés ne saurait tout de même faire l’économie de ce parcours initiatique qui devrait radicalement reformater le Sénégalais. Nous devons impérativement assumer notre héritage historique, accepter nos forces et faiblesses, appréhender les limites objectives qui plombent notre envol afin d’accomplir notre révolution culturelle.

Dans ce combat pour la restauration de nos valeurs de civilisation, le président Macky Sall ne doit pas se sentir ni seul ni isolé. Il a besoin du concours de tous les sénégalais épris de justice et d’équité. Il a besoin de sentir la pression de toutes les forces vives de la nation qui l’ont porté au pouvoir avec plus de 65% de leurs voix. Il a surtout besoin d’honorer ses engagements et respecter le rendez-vous qu’il a signé avec ces hommes et ces femmes qui lui ont fait confiance pour engager les ruptures nécessaires à la survie de notre nation.

Valoriser le consommer local pour créer des emplois

Parmi ces ruptures, figure en bonne place la nécessité de participer à l’équilibre de notre balance commerciale toujours déficitaire. Solution proposée par Macky Sall et imposée par l’évolution d’un marché mondial basé sur des rapports de force et d’intérêts : valoriser le consommer local. 

Valoriser le consommer local, c’est en effet, bâtir un nouveau projet de société sur le socle de nos valeurs de civilisation et sur une organisation sociale qui, malgré la longue parenthèse de la conquête esclavagiste et la colonisation, a toujours fait de notre société un espace d’échanges, de partage et de complémentarité.

Le Sénégal a connu, dans le passé une organisation sociale basée sur une répartition professionnelle du travail où  chaque individu avait un métier et le vivait pleinement.

Dans un tel contexte marqué par une répartition du travail fondé sur la reconnaissance du savoir et du savoir faire de chaque composante, place ne pouvait être laissée au désœuvrement et au chômage.

Consommer local, c’est donc réhabiliter l’homo-senegalensis dans ses valeurs de civilisation. C’est remettre la société sénégalaise dans sa stabilité originelle fondée sur une répartition professionnelle du travail où chaque catégorie respecte l’autre en vertu de ses qualités professionnelles, sa fonction dans l’équilibre social et sa participation à l’économie nationale. C’est accepter les nécessaires mutations qui s’opèrent dans notre société tout en les maîtrisant et en les infléchissant en fonction de nos intérêts et de nos attentes. Consommer local, c’est promouvoir l’économie locale, solidaire, intégrative, économiquement viable, écologiquement durable.

Repenser la finalité de l’école sénégalaise

C’est produire ce que l’on consomme et consommer ce que l’on produit. C’est valoriser nos produits culturels, promouvoir l’artisanat utilitaire, réhabiliter la fonction artisanale, replacer l’apprentissage fonctionnel au centre du processus de développement qui s’articule autour de l’éducation, l’apprentissage aux métiers, la formation professionnelle. C’est repenser la finalité de l’école jusque-là circonscrite à une mission d’enseignement exclusif du Français (savoir lire et écrire). C’est passer à une école de formation aux métiers alliant enseignement théorique (en Français ou en langues nationales) et formation pratique aux métiers. C’est veiller à l’adéquation formation-emploi en suscitant des vocations chez l’enfant dès le bas âge et en insistant sur ses aptitudes tant au niveau du moyen, du secondaire (avec les ouvriers qualifiés) que du supérieur avec la recherche-développement. C’est rebâtir une nouvelle école fondée sur les besoins immédiats et futurs reflétés par les ressources disponibles, les potentialités économiques et les possibilités de métiers qu’elles peuvent induire et d’emplois qu’elles peuvent créer.

Consommer local, c’est manger sain et bio, en évitant tous produits chimiques et toutes formes d’OGM, c’est créer des filières de production et de transformation, en exploitant de façon rationnelle les ressources du terroir dans une perspective de développement durable. C’est valoriser les produits par la mise en place de chaînes de valeurs et de tissus industriels novateurs, alimentés par les produits, sous-produits et intrants locaux.

C’est aussi redonner une nouvelle âme à notre artisanat d’art, sous toutes ses formes, dans une perspective de labellisation et de promotion culturelle et touristique. C’est surtout participer à l’équilibre de la balance commerciale, structurellement déficitaire d’une part, à la compétition mondiale par l’offre de produits locaux en quantité et en qualité d’autre part.                   

Mais consommer local, c’est aussi être exigeant avec soi-même en termes de production, de productivité, en quantité et en qualité, de rapport qualité-prix, de respect des normes de qualité, de respect des engagements contractuels, tant au niveau national qu’au plan international.

Cela suppose naturellement une approche participative, à la fois inclusive, pluridisciplinaire, multisectorielle, au regard de la complexité de cette problématique et des enjeux qu’elle induit en termes d’indépendance économique, d’autosuffisance et de sécurité sur des produits stratégiques.

D’où venons-nous ? Où en sommes-nous ? Où allons-nous ? Voilà donc les questions essentielles, voire existentielles, qui doivent guider notre démarche si nous voulons assurément répondre au défi du développement et assurer les nécessaires ruptures dans nos habitudes, nos méthodes et notre rapport à la chose publique et à l’intérêt général.

Oui, le temps des ruptures a sonné. Mais des ruptures pour tout le monde, sans exclusive. Mais aussi le temps des compétences reconnues, des mérites récompensés, des droits assumés, des devoirs respectés. C’est à cela que nous invite le président Sall. Aux Sénégalais donc de décoder le message. 

Mamadou Kassé journaliste

Formateur au CESTI