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Guerre en Libye : * Les Noirs africains n’ont pas à subir des violences du fait uniquement de leur peau.

Affaire Habré : Je voudrais apprendre le Wolof pour comprendre les tergiversations du Sénégal.

A Genève, pour présenter l’Examen périodique universel (Epu) de son pays au Conseil des droits humains, un exercice auquel les Etats-membres sont soumis, le ministre tchadien en a profité pour nous accorder un entretien dans lequel il exprime toute la stupéfaction de son pays face aux différentes postures du Gouvernement sénégalais sur la tenue du procès de Hissène Habré, l’ancien chef d’Etat tchadien, accusé de crimes contre ses détracteurs et présentement en asile au Sénégal. Le Ministre tchadien s’exprime aussi sur la guerre en Libye et demande que cela s’arrête.

ContinentPremier.Com : Monsieur le ministre, quelle est la position du Tchad sur l’Affaire Habré ?

Abderaman DJASNABAILLE : Le jugement de Hissène Habré nous préoccupe. Nous sommes souvent pris au dépourvu par les prises de position du Gouvernement sénégalais. On ne comprend pas ! Aujourd’hui, on nous dit ceci. Demain, on nous dit cela. Nous souhaitons que le Gouvernement sénégalais puisse définir une position nette.

Qu’attendez-vous concrètement du Gouvernement sénégalais ?

Hissène Habré doit être jugé au Sénégal et dans ce cas, le Sénégal devrait tout faire pour le juger. Si ce n’est pas le cas, le Sénégal devrait dire à l’Union africaine : ‘Reprenez votre dossier.’ Dans ce dernier cas, le Tchad va contribuer avec l’Union Africaine à trouver une autre solution pour le juger. Nous ne pouvons plus continuer à attendre parce que quand on regarde d’ailleurs de plus près, on se rend compte que le Sénégal se trouve un peu ridicule dans sa position. En fait, nous ne savons pas ce que veut le Sénégal. Tantôt c’est à gauche. Tantôt c’est à droite. Tantôt c’est en haut. Tantôt c’est en bas, etc. Nous Tchadiens, nous sommes perdus ! Peut-être que si je parlais Wolof, j’allais bien comprendre. Comme je ne parle pas cette langue, je n’arrive pas à comprendre la position du Sénégal.

Sur la guerre en Libye, le Tchad est accusé de fournir des mercenaires à Kadhafi. Quelles sont les conséquences de cette crise sur votre pays ?

En Libye, les Tchadiens sont d’abord des victimes. Je peux vous affirmer que le Gouvernement du Tchad n’a jamais envoyé des mercenaires en Libye. Notre pays est membre des Nations Unies. En cela, nous respectons les décisions du Conseil de sécurité. Par ailleurs, le Tcahd est également membre de l’Union Africaine et la Libye est en Afrique. Donc, notre gouvernement est aussi en phase avec les positions adoptées par l’Union.

Maintenant, il y a plus de 400 mille Tchadiens en Libye. Il y en a qui y sont nés. Certains ont même acquis la nationalité et travaillent dans l’armée libyenne en tant que citoyens libyens. D’autres ont été là-bas au moment des guerres qui ont secoué le Tchad. Ils étaient alors des réfugiés. D’autres ont déserté les rangs de l’armée tchadienne pour aller soutenir les rebelles du Darfour. Il y avait donc pour certains une opportunité qui s’est présentée avec la crise en Libye. Ceux-là ne relèvent donc pas de la responsabilité ni de la compétence du Gouvernement du Tchad. Comme vous le savez, les armes circulent et la crise libyenne pose de sérieux problèmes de sécurité pour la sous-région. La guerre a des conséquences régionales avec la circulation des armes entre le Niger, le Tchad, la Libye, la Centre Afrique et le Soudan. Cela pose effectivement des problèmes sécuritaires car il y a des branches d’Al Qaida ou d’autres organisations terroristes qui s’étendent jusqu’au Mali et même au Sénégal. C’est donc dire que cette guerre pose un réel problème de sécurité à la sous-région. C’est pourquoi nous voulons que cette guerre s’arrête et que le dialogue s’instaure. C’est notre souhait. Continuer les bombardements n’est ni une solution ni une fin en soi. Il faut, quand même, à un moment donné, que le dialogue s’installe pour que les Tchadiens qui sont des frères solidaires et les Libyens, qu’ils soient de Benghazi ou de Tripoli, retrouvent la paix. Cette paix est nécessaire pour que les Africains, les Tchadiens ne puissent pas souffrir des atrocités de la guerre. Le fait d’être Noir fait qu’on a assimilé beaucoup d’Africains à des mercenaires et on peut vous tuer, on peut vous malmener parce que vous êtes simplement de peau noire. Ce sont là des violations graves des doits de l’Homme qu’on ne peut accepter de la part de ceux-là mêmes qui disent qu’ils se battent pour leur liberté. La liberté est universelle autant que les droits humains de manière générale. Ce sont des valeurs qui doivent être respectées par toutes les parties. Nous voulons que cette idée puisse être prise en compte par ceux qui sont présents à Benghazi comme ceux qui sont à Tripoli. Il faut que les violences contre les frères africains cessent. Les Noirs africains n’ont pas à subir des violences du fait uniquement de leur peau. Notre objectif est que les décisions du Conseil de sécurité soient respectées et d’être en phase avec l’Union africaine. De toutes les façons, une solution politique sera trouvée et nous voulons qu’elle arrive au plus vite. Les conséquences de cette guerre en Libye sont à la fois économiques, sociales, culturelles, physiques, etc. Nous ne pouvons plus continuer à subir les affres de la guerre. Les bombes qu’on jette là-bas tombent sur qui ? Evidemment, ce sont les civils qui en meurent! D’ailleurs, de plus en plus de gens se rendent compte que les bombardements ne sont pas une solution et qu’il faut nécessairement arriver au dialogue politique.

Le Tchad est donc clairement pour l’arrêt des bombardements de l’Otan ?

Evidemment oui. Nous partageons la position de l’Union africaine. Cela veut dire que nous ne sommes pas pour les bombardements de l’Otan. En plus, l’Otan n’a rien à faire en Libye. En Côte d’Ivoire, c’est la position de l’Union africaine qui a prévalu. Pourquoi ne veut-on pas, dans le cas libyen, prendre en compte la position de l’Union ? Les gens se définissaient d’abord à travers les positions des organisations sous-régionales comme la Cedeao, la Cemac, l’Union africaine pour prendre des décisions. Aujourd’hui, on ne peut pas comprendre qu’on dise que les Africains n’ont rien à dire. Ils doivent subir ! Non, nous ne voulons pas d’une autre Conférence de Berlin de 1885, parce qu’il faut restructurer le monde pour de simples questions d’intérêts ! Nous ne pouvons pas accepter cela. Il faut revenir aux objectifs fixés par les Nations Unies. Quand l’Onu a été créée, c’était pour qu’elle assure la paix universelle. Ce n’est pas pour qu’elle crée la guerre ou qu’elle ne respecte pas la souveraineté des Etats.

Et le droit d’ingérence ?

Le droit d’ingérence, on peut le comprendre mais il ne peut pas être sélectif. Et dans le cas de la Libye le droit d’ingérence est sélectif. C’est ce que nous déplorons.

Propos recueillis, à Genève, par El Hadji Gorgui Wade NDOYE