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Invité au Salon international du Livre et de la Presse (Genève- 29 au 3 mai), Boubacar Boris Diop, nous a accordé cet entretien avant de s'envoler aux Etats-Unis pour donner le discours d'ouverture du colloque consacré à son œuvre par l'Université de Northwestern. L'écrivain sénégalais aborde différents sujets, dont la Côte d'Ivoire après Gbagbo, le personnage de Daour Diagne assimilé au Président Wade dans son roman Doomi Golo, la ‘panthéonisation’ de Césaire et pose son regard sur les jeunes auteurs sénégalais notamment Felwine Sarr et Nafissatou Dia Diouf.


Peut-on s'attendre en Afrique subsaharienne à un printemps sur le modèle de celui du monde arabe ?

Un soulèvement populaire, ce n’est pas le genre d’évènement que l’on voit arriver de face et l’idée que les peuples font la queue pour attendre leur tour de révolution me paraît assez bizarre. Même à l’intérieur du monde arabe le phénomène a du mal à se répéter, et on ne voit pas pourquoi il devrait se propager vers le Sud, où les systèmes politiques sont moins rigides et l’expression plus libre. Certes, il y a bien des raisons de se révolter, contre la corruption ou la misère par exemple, mais notre grand problème, c’est l’absence d’indépendance et si les jeunes Nigériens ou Gabonais descendaient dans la rue ce devrait être aussi pour crier : ‘Areva Dégage’ ou ‘Elf dégage’, car ces deux multinationales sont parmi celles qui pillent systématiquement leurs ressources nationales. Le monde étant ce qu’il est, je peux vous dire à l’avance que nos grands amoureux de la démocratie ne vont pas beaucoup apprécier de tels slogans !

Quelle lecture faites-vous de la situation politique en Côte d'Ivoire qui a entraîné la chute du Président Gbagbo?

J’étais dans ce pays jusqu’à la veille du second tour, précisément au Golf Hôtel. J’ai dit dans une interview à la télé ivoirienne que, Ouattara ou Gbagbo, seule importait la victoire de la Côte d’Ivoire. Rien n’annonçait à ce moment-là le chaos des semaines suivantes, il était clair que les Ivoiriens voulaient à tout prix la paix. Gbagbo a manqué de lucidité en ramenant à de l’arithmétique électorale un rapport de force politique qui lui était totalement défavorable. Quand un régime aussi faible a contre lui l’Onu, l’Union africaine, la Cedeao, l’Élysée, la Maison Blanche, l’Union européenne et les médias internationaux, il doit savoir en tirer les conséquences. Surtout s’il a eu l’imprudence de laisser s’installer sur son sol l’Onuci, mais aussi une force Licorne décidée à lui faire payer à la première occasion la mort de neuf militaires français quelques années plus tôt. Lorsqu’on a avec soi au moins 46 % de l'électorat, on ne s’accroche pas ainsi au pouvoir, on ne dit pas : ‘moi ou le chaos’. Cela lui a été fatal. Les images de son arrestation sont insupportables, mais comme me l’écrit un ami de Dakar, nos hommes politiques ne semblent jamais se rendre compte des forces terribles qu’ils déclenchent en faisant certains choix…

Et Ouattara…?

Très franchement, Ouattara ne m’a jamais inspiré confiance, je le crois beaucoup moins indépendant d’esprit que Gbagbo, mais ce serait injuste de lui faire un procès d’intention. Après tout il n’a jamais été à la tête d’un Etat et il faut souhaiter, dans l’intérêt des Ivoiriens, qu’il surprenne tout le monde. Va-t-il se débarrasser au plus vite de son image désastreuse de président installé par des forces étrangères ? ça, c’est un vrai défi. Après avoir fait la guerre à sa place, Paris va lui présenter l’ardoise. En outre le massacre de Duékoué est pour le nouveau pouvoir un test crucial. Chaque camp doit répondre des crimes commis par ses troupes et Duékoué, ce sont les hommes de Ouattara, d’après toutes les informations disponibles. Il est essentiel de ne pas favoriser le cycle de l’impunité qui a fini par coûter si cher au Rwanda.

Justement, vous avez animé avec Felwine Sarr et d'autres écrivains européens un débat sur le Rwanda. Comment faire pour que la Côte d'Ivoire ne soit pas le Rwanda?

On ne peut comparer le Rwanda avec quoi que ce soit d'autre. Chaque mort en Côte d'Ivoire est une mort en trop, mais l’échelle et le caractère systématique des massacres au Rwanda restent uniques. Cela fait d’ailleurs du génocide des Tutsis une sorte de paradigme, d’épouvantail. Chaque fois qu’il y a un risque de dérapage sanglant, les gens disent : ‘Attention, pas un nouveau Rwanda.’ On a entendu ces mots en Afrique du Sud après le meurtre de Terre blanche, mais aussi au Kenya et plus récemment à Abidjan.

Dans la postface de la nouvelle édition de Murambi, le livre des ossements, paru chez l’éditeur parisien Zulma, vous vous en prenez assez vivement aux intellectuels africains…

La critique s’adresse aussi à moi-même. Notre principal défaut, c’est de ne pas nous arrêter sur chaque événement politique pour l’analyser avec finesse et lucidité, en prenant en compte tous les paramètres. L’Afrique est immense, ses peuples sont moins en contact, faute de moyens de communication adéquats, et pourtant on s’obstine à la considérer comme un lieu homogène. Pour moi, cela reste un épais mystère. Notre paresse intellectuelle offre une grande marge de manipulation aux puissances occidentales. Essayer de nous faire croire que Ouattara et Gbagbo, c’est la lutte entre un dictateur sanguinaire et un doux démocrate est une insulte à notre intelligence et pourtant ça marche. Je ne comprends juste pas ça. Fanon parlait des ‘élites décérébrées’ de l’ère postcoloniale et rien ne semble avoir changé. C’est assez triste.

Pour certains critiques, le Daour Diagne de votre roman Doomi Golo (Les petits de la Guenon) n’est autre que le Président Wade...

On va dire que la ressemblance est pour le moins frappante ! Mais Doomi Golo, c’est surtout un portrait de ma Médina natale où beaucoup de gens de ma génération se souviennent sans doute d’un fou errant nommé Ali Kaboye. Moi, il me fascinait et je l’ai mis au centre du roman. Il est d’ailleurs le plus sensé de tous les personnages, celui qui donne les conseils les plus sages au président Daour Diagne ! Il élargit en outre peu à peu le propos du livre aux problèmes du continent en racontant par exemple en détail l’assassinat de Lumumba par Mobutu et les Belges.

Un mot sur la ‘panthéonisation’ d’Aimé Césaire. Vous vous opposiez à ce que son corps quitte Fort-de-France, êtes-vous finalement satisfait du compromis?

Césaire est enterré à Fort-de-France, parmi les siens et cela seul compte. La cérémonie au Panthéon est la bienvenue, car aucun hommage à un tel poète ne saurait être de trop, surtout si sa famille y consent. Cela dit, le temps de la cérémonie est un temps court alors que le temps de la mémoire s’inscrit dans la durée. Les vrais admirateurs de Césaire vont continuer à vivre au rythme de sa poésie sans prêter attention aux éloges par lesquels on veut escamoter sa parole.

Quel regard portez-vous sur la littérature sénégalaise d'expression française de vos cadets ?

Je suis très impressionné par les textes de Felwine Sarr et Nafissatou Dia Diouf, qui sont d’ailleurs bien connus hors du Sénégal. Ils ont en commun d’écrire avec finesse et précision, ce qui me semble témoigner chez eux d’une grande paix intérieure. Leur regard sur notre monde peut paraître désabusé, mais il est surtout lucide.

Propos recueillis par El Hadji Gorgui Wade NDOYE