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Madické Niang, ministre de la Justice a présenté le vendredi 6 février 2009 devant le Conseil des droits de l'Homme la politique publique du Sénégal en matière de démocratie et de droits humains. Soixante pays ont pris la parole pour féliciter le Sénégal ou l'inviter à déployer plus d'efforts dans la concrétisation et l'ancrage des droits.

 
 

GENEVE - L'Irlande, le Canada, la France, demandent au Sénégal de respecter ses engagements concernant la liberté d'expression. Ces pays se sont notamment intéressés à l'Affaire du jugement des neuf homosexuels sénégalais dont le procès en première instance est considéré comme étant très sévère et ne respectant pas la liberté individuelle et l'orientation sexuelle des individus. Le ministre Madické Niang s'est défendu en apportant des éléments de réponses selon lesquelles, le Sénégal reste un pays démocratique. Pour le ministre, aucun pays au monde n'aurait toléré les écrits comme celles alléguant le blanchiment d'argent sale par le président de la République et de surcroît sans preuve. Il dira qu'il n'y a qu'un seul journaliste emprisonné au Sénégal faisant référence à El Malick Seck.

Et sans nommer le journaliste Souleymane Jules Diop, ancien conseiller en communication du Premier ministre d'alors Idrissa Seck, Madické Niang a annoncé aux Etats membres des Nations unies que ce dernier en procès contre Karim Wade (qu'il n'a pas non plus cité) a déclaré ‘qu'il n'avait pas de preuves’. ‘Il s'était, dit-il, engagé uniquement pour soutenir un politicien’. Et de dire alors, ce n'est pas seulement au Sénégal que les délits de presse sont réprimés ! Sauf que, sauf avis contraire, Jules Diop n'est pas emprisonné. Complétant la plaidoirie de Me Madické Niang, le ministre de l’Information, Aziz Sow, lancera un défi à la salle : ‘A la sortie, il y a des ordinateurs, tapez presse sénégalaise sur Google, si quelqu'un parmi vous trouve deux sur 10 organes favorables à l'Etat du Sénégal, je lui paye un café’. Il aura moins réussi à détendre l'atmosphère…

Revenant sur le dossier des homosexuels, le ministre Niang qui s'attendait certainement à cette question, a repris ce qu'il avait déjà révélé à Wal Fadjri la veille à savoir qu’au-delà des principes, il faudrait que les gens comprennent nos contingences sociales d'autant que le Sénégal est un pays à majorité fortement islamisé. Beaucoup de pays comme le Mali, le Burkina Faso, Haiti, Bahreïn, l'Arabie Saoudite, les Philippines ont vivement félicité le Sénégal pour ses scores en matière de respect et de promotion des droits humains.

La Délégation sénégalaise s'est dite satisfaite de sa prestation, de son côté Alioune Tine de la Raddho de même que Me Boucounta Diallo ont aussi crié victoire car, leurs préoccupations ont été soulevées par les Etats (voir par ailleurs l'interview de M. Tine). Il faut noter que le Conseil n'est pas un tribunal mais le bilan qu'il établit influe nettement sur l'image d'un pays. Que se passera-t-il maintenant ?

Le 10 février, le Conseil des droits de l'Homme va procéder à l'examen du rapport sur le dialogue qui a eu lieu le vendredi 6 février 2009 au Palais des Nations Unies à Genève. Il incombe alors à la Troïka composée par le Brésil, l'Italie et l'Angola de soumettre ce rapport aux Etats membres sur la base des échanges qui ont lieu entre l'Etat du Sénégal et les autres délégations. Ce travail sera ensuite examiné par le Groupe de Travail sur l'examen périodique universel qui aura lieu au mois de juin prochain lors de la session spéciale du Conseil des Droits de l'Homme.  

El Hadji Gorgui Wade NDOYE 
 

Alioune TINE, secrétaire général de la Raddho : ‘Le Sénégal a une image dégradée’

 
Même si le Sénégal a été félicité sur les questions de droits de l’Homme, il n’empêche que le seul fait que la plupart des pays occidentaux aient demandé au Sénégal d'inviter les rapporteurs spéciaux sur les questions de torture, sur l'indépendance de la justice, la liberté de la presse et surtout la dépénalisation qui a été soulevée de manière récurrente…, cela prouve que le pays n’est pas exempt de reproches. L’analyse est du président de la Raddho, Alioune Tine.

 
 
Le Sénégal a été largement félicité par les différents Etats qui ont pris la parole. D'autres ont fait des recommandations. Que pouvez-vous dire à l'heure actuelle?  

Je voudrais souligner qu'il faut beaucoup plus de concertation entre l'Etat et les Ong. Quand ces concertations existaient avec Mame Bassine Niang et avec certains ministres que nous avons connus comme le Général Mamadou Niang, il y avait eu beaucoup d'amélioration dans le domaine des Droits de l'Homme. Mais ce à quoi, on assiste aujourd'hui, franchement, cela n'existait pas. Le problème des morts en détention s'est multiplié et cela préoccupe les Sénégalais depuis deux ans entre 2008 et 2009. Quand vous êtes mort en détention, les présomptions de torture réelles doivent être soulevées, des sanctions doivent être suivies.

Il est évident que le ministre s'est défendu mais le seul fait qu'il y ait un débat sur les questions de torture, le seul fait également que la plupart des pays occidentaux respectueux des droits de l'Homme aient demandé au Sénégal d'inviter les rapporteurs spéciaux sur les questions de torture, sur l'indépendance de la justice, montrent effectivement que les questions qui sont soulevées par les Ong sénégalaises des droits de l'Homme sont réels. Le seul fait également que la question de la liberté de la presse et surtout de la dépénalisation soit soulevée de manière récurrente ici malgré les dénégations du ministre Madické Niang, cela veut dire aujourd'hui qu'il faut faire des efforts. S'y ajoute la demande formulée concernant l'abrogation de l'article 80. D'autres questions ont été posées par nos Ong qui ont bien travaillé, notamment celles qui s'intéressent aux droits des enfants, à l'égalité en genre, sur la violation faite aux femmes et sur la question des handicapés.

Je voudrais qu'on mette de côté la mauvaise foi parce que pour quelqu'un qui sait bien décoder le langage diplomatique, c'est qu'en réalité nous avons une image dégradée. Je suis venu ici hier, j'ai écouté beaucoup de pays mais les questions qui ont été posées au Sénégal concernant les droits de l'Homme et les préoccupations exprimées sont de nature à singulariser le Sénégal. Les diplomates sénégalais ont intérêt à dire la vérité à l'Etat du Sénégal pour qu'on corrige le tir. Nous sommes prêts en ce qui nous concerne à jouer notre rôle pour promouvoir les droits de l'Homme et promouvoir également l'image du Sénégal dans ce domaine. Nous ne sommes pas là pour détruire, pour dénoncer ou pour dégrader l'image du Sénégal. Nous sommes là quand bien même pour dire attention. Et je pense que ce langage là doit être entendu.  

Et sur le dossier de Hissène Habré qui a été soulevé par certains intervenants ?  

La question de Hissène Habré a beaucoup été soulevée ici. Je pense qu'il est temps, par rapport au cancer de l'impunité en Afrique, d'avoir un symbole. Les questions financières qu'on pose, ce sont de faux problèmes à partir du moment où le Sénégal montrera la volonté politique pour le juger.  

Vous pensez vraiment qu'il n’y a pas une volonté politique réelle du Sénégal de juger Habré ?  

Oui, il y a bien sûr une volonté de juger Habré, il faut le reconnaître. Le fait qu'il y ait eu des réformes, juridique, constitutionnelle et législative font que le Sénégal dispose d'une des meilleures lois en matière de compétence universelle. Ce qui est extrêmement positif, nous l'avons exprimé. Mais permettez-moi de dire tout de même que ce n'est pas digne du Sénégal qu'on dise si je n'ai pas tous les moyens financiers, je ne vais pas faire le procès. Je pense qu'il faut avoir le courage de dire au président qui est le Chef de l'Exécutif que c'est d'abord une immixtion intolérable dans l'indépendance de la magistrature. On a même demandé à ce que le rapporteur spécial sur l'indépendance de la magistrature aille au Sénégal pour voir ce qui se passe, donc il y a des efforts à faire dans ce sens là.

Il faut noter que depuis l'indépendance, le Sénégal n'a pas fait véritablement de réforme de la justice parce que notre pays a fait l'alternance démocratique et politique sans passer par les transitions que l'on a connues ailleurs en Afrique, ni les conférences nationales ni même les débats nationaux, etc. C'est ce qui fait qu'on a fait l'impasse sur un certain nombre de choses depuis la fin de la colonisation. Il est donc temps de revoir tout cela avec beaucoup de sérénité pour qu'on aille en avant. Le Sénégal n'appartient ni à Wade ni à Madické Niang ; il nous appartient à nous tous. S'ils montrent la volonté politique, il est évident que les Ong seront derrière.  

La question de l'homosexualité a notamment intéressé des pays comme la France. Quel commentaire faites-vous ?  

Ecoutez, il est même absurde que la question de l'homosexualité se pose alors que les homosexuels ont toujours existé au Sénégal. Tout le monde les connaît. Ils participent à de grandes cérémonies et à beaucoup d'autres animations ; pourquoi faire maintenant autant de bruit sur cette question. C'est carrément une régression. La culture sénégalaise de façon générale n'a jamais été agressive contre les homosexuels. Pourquoi donc revenir en arrière, je pense qu'il faut qu'on fasse extrêmement attention. L'Etat n'a pas à s'ingérer dans les activités privées des citoyens. C'est une obligation internationale du Sénégal de respecter la vie privée des Sénégalais.  
 
 

Mais ne pensez-vous pas aussi qu'il faudrait faire un travail d'éducation et de sensibilisation autour de l'homosexualité ?  

Je suis entièrement d'accord avec vous car, la répression ne suffit pas. Il faut faire une grande sensibilisation. Si on stigmatise les homosexuels, cela risque de bloquer le travail fait sur la prévention du Sida. Il faut faire preuve de tolérance. C'est dire qu'il faut revenir à cette valeur où l'on discute et où l'on dialogue. Il faudrait travailler à éliminer toute forme de discrimination sur une quelconque catégorie de personne.  

Que dites-vous sur la question de liberté de la presse qui a été soulevée ?  

Concernant la liberté d'expression au Sénégal, je pense qu'il faut dépénaliser. D'ailleurs, les grands problèmes qu'on a avec la presse, c'est très simple, c'est quand on s'attaque au président de la République. C'est vrai, c'est une institution…  

Cela voudrait-il dire qu'un journaliste est libre de tout faire et sans preuves?  

Ecoutez, je pense que dans le cadre de la dépénalisation des délits de presse, on peut régler le problème, par exemple, par le droit de réponse ou par un mécanisme des paires. Les journalistes pourront ainsi se référer à leur éthique professionnelle et à leur déontologie. Ce sera à eux de faire la police dans le journalisme et même jusqu'à retirer la carte de presse du fautif si ce dernier salit la profession. Ce travail, il faut le faire même à l'échelle sous régionale pour qu'on ne puisse plus dire qu'il y a ici ou là un journaliste emprisonné. Il y a un travail de sensibilisation qui doit être engagé pour que franchement le délit de presse soit dépénalisé dans toute la sous région.  

Propos recueillis à Genève Par El Hadji Gorgui Wade NDOYE  

Examen périodique universel : L’ombre de Kambel, Latif, Farba, Habré, Kédougou planera sur le Conseil des droits de l’homme

 
C’est l’heure de vérité pour le Sénégal. Un grand défi pour Abdoulaye Wade et son régime. Le tableau aurait pu être très beau mais comment ignorer les nombreuses affaires dont Kambel et Karamokho, Latif Coulibaly, l’As et 24 Heures Chrono, Talla Sylla, la grève des enseignants etc. Ce vendredi 6 février le Sénégal, membre élu du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies dont le siège est à Genève, fera son examen de passage en matière des droits humains devant ce ‘grand jury’ de la communauté internationale.  
 
GENEVE - L’examen périodique universel (Epu) est un nouveau mécanisme créé par la Résolution 60/251 de l’Assemblée générale, qui a mis en place le Conseil des droits de l’homme (le Conseil). La résolution dispose que le Conseil aura pour vocation de ‘procéder à un examen périodique universel, sur la foi d’informations objectives et fiables, du respect par chaque Etat de ses obligations et engagements en matière de droits de l’homme de façon à garantir l’universalité de son action et l’égalité de traitement de tous les Etats ; se voulant une entreprise de coopération fondée sur un dialogue auquel le pays concerné est pleinement associé et qui tient compte des besoins de ce dernier en termes de renforcement de ses capacités, cet examen viendra compléter l’œuvre des organes conventionnels sans faire double emploi.’

1789, le Sénégal, est le seul pays africain, avec la présentation des Cahiers de doléances de Saint-Louis du Sénégal, à être présent aux Etats généraux de Paris avec la prise de la Bastille, ‘pour réclamer plus de justice et d’égalité au niveau des Droits économiques et sociaux’. ‘C’est un lourd héritage que nous nous efforçons de préserver’, nous confiait Mme Bassine Niang du Haut Commissariat aux droits de l’Homme créé par le président Wade. Elle rappelait aussi la création de la Charte africaine en 1986 et de la Commission des droits de l’Homme et des peuples dont le président Senghor a contribué à sa mise en œuvre avec l’appui du Roi Hassane II et les membres du Groupe de Casablanca. S’inscrivant dans le sens du renforcement du système normatif qui le régit en matière de droits de l’Homme, le Sénégal promulgue des lois marquant une réforme législative déterminante à travers l’adaptation des dispositions du Statut de Rome de la Cour Pénale internationale (dont il est le premier Etat signataire) et reconnaissant aux juridictions sénégalaises une compétence universelle. Concernant le procès Habré dont les ongs demandent aujourd’hui l’ouverture, Reed Brody, porte-parole de Human Rights Watch notait que : ‘Le Sénégal est le premier pays en voie de développement à relever le défi de la compétence universelle.’

Louise Arbour alors Haut Commissaire des droits de l’Homme s’était félicitée dans une interview accordée à ContinentPremier de l’annonce faite par le Sénégal : ‘Ce procès, disait-elle, est une victoire très importante pour la justice internationale’, ajoutant qu’’on doit appuyer les efforts du gouvernement sénégalais pour s’assurer que des moyens sont mis en œuvre pour la justice sénégalaise. Il s’agit de permettre au Sénégal d’avancer dans ce dossier dont il a été saisi, il y a plusieurs années. J’ai été toujours confiante dans la nécessité d’engager la compétence universelle des tribunaux nationaux en matière de torture, de crimes contre l’Humanité, de crimes de guerre, etc. On doit donc donner tout l’appui nécessaire pour que ce dossier puisse avancer.’  

El Hadji G. W.NDOYE  

Me Madické NIANG: “ OUI HISSENE HABRE SERA JUGE ”

 
Madiclé Niang, Ministre d’Etat, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice du Sénégal, présent à Genève pour défendre la politique de l’Etat du Sénégal en matière de démocratie et de droits de l’homme. En marge de cette activité, nous nous sommes entretenus avec lui, notamment, sur le cas Habré dont il assure qu’il va être jugé, sur l’affaire Farba Senghor et sur l’objet de sa venue à Genève. 

Monsieur le Ministre, Human Rights Watch, la Raddho et tant d’autres Ong s’inquiètent des lenteurs sur le jugement de Habré. Pouvez-nous donner l’assurance que ce procès aura lieu?  

Oui, le procès Hissène Habré aura lieu parce que nous nous sommes battus devant l’Union africaine pour qu’elle prenne ses responsabilités. Aujourd’hui, nous avons fait tout ce qui nous revenait. Il ne reste qu’à mobiliser les fonds devant permettre l’organisation du procès. On vient d’obtenir de l’Ua qu’elle s’engage elle-même à arrêter le budget, à organiser avec l’Union européenne une conférence des bailleurs et des donateurs et que les fonds soient rassemblés pour nous permettre d’avancer dans la tenue du procès. Tout est terminé du point de vue institutionnel, constitutionnel et administratif. Toutes les décisions ont été prises. Tout est fin prêt, même les termes de référence de l’organisation du procès ont été fixés. Il ne reste plus que la mise en œuvre et nous sommes prêts pour l’organisation.  

Cela voudrait-il dire que le budget sera révisé ou cela dépendra-t-il de la décision de l’Union africaine ?  

Cela dépendra de ce que décidera l’Ua et les parties sur lesquelles il y a discussion, concernent la formation des magistrats. Comment pouvons-nous demander à des magistrats qui n’ont jamais connu la justice internationale de juger Hissène Habré s’ils n’ont pas reçu la formation requise? Le deuxième point concerne l’organisation du procès lui-même. Ils ont voulu que nous ayons un procès avec un nombre limité de témoins alors que tout le monde sait que dans le débat juridique, il faudrait autant de témoins pour que la manifestation de la vérité intervienne. C’est un ensemble de questions sur lesquelles l’Union africaine devra se pencher en fixant un budget définitif. En tout cas, nous avons terminé notre travail, en ce qui nous concerne. Nous avons accompli notre part du travail par rapport au mandat qui nous a été confié par l’Union africaine. Je précise que Habré n’a plus maille à partir avec le Sénégal, mais plutôt avec l’Union africaine qui nous a confié le mandat de le juger.  

Alors à quand le procès ? Dans une année, deux ans… ?  

Nous recevons tellement de pressions sur ce dossier! Les gens sont pressés. Je voudrais seulement signaler que c’est le président Wade qui, lors de la tenue de l’avant-dernier Sommet de l’Union africaine dont les travaux avaient duré jusqu’à 3 h du matin, avait demandé que le cas Habré soit évoqué. On lui avait demandé d’attendre le mois de juillet suivant, mais il avait insisté pour que cette affaire puisse être évoquée. Le lendemain, les chefs d’Etat se sont réunis sur insistance du président Wade. C’est vous dire que nous sommes aussi pressés pour que le procès ait lieu. Mais nous voulons que le procès soit juste et équitable. Que Habré ait les moyens de se défendre et que les victimes aient les moyens d’apporter toutes les preuves pour étayer leurs accusations.  

A la ‘Une’ de Wal Fadjri du jeudi 5 février, il est annoncé que le Parlement attend le feu vert du président Wade pour l’organisation du procès de Farba Senghor. Quel est votre commentaire?  

Mais le Parlement n’a pas à attendre. Le Parlement est saisi et les députés doivent programmer ce dossier et l’examiner. Je voudrais aussi vous dire que je ne vais pas m’immiscer dans les affaires de cette institution. Premièrement, je n’en ai pas le pouvoir et deuxièmement, c’est une question de principe pour moi. Je peux, par contre, vous dire qu’en ce qui me concerne, j’ai la conscience tranquille. J’ai traité ce dossier avec tout le sérieux qui était nécessaire pour la manifestation de la vérité. D’ailleurs, vos confrères au Sénégal et d’ailleurs me rendent hommage pour cela et je voudrais que cela soit le cas dans tout autre affaire. Nous nous engageons à ce que la vérité se manifeste de façon tout à fait claire et qu’il n’y ait aucune entrave à l’exercice de la justice. 

Mais le président Wade est-il dans les mêmes dispositions d’esprit que vous sur le dossier Farba Senghor ?  

Oui, le président est dans les mêmes dispositions. Je voudrais même vous parler de quelque chose qui devait rester confidentiel. Quand l’affaire du saccage des locaux des journaux l’As et de 24 H Chrono a éclaté, j’assumais l’intérim du ministre de l’Intérieur. Quand j’ai demandé que l’enquête soit poursuivie jusqu’au bout, c’était aussi la volonté du président de la République. Ce dernier avait demandé la poursuite de l’enquête afin de disposer des éléments permettant de situer les responsabilités. Quand j’ai eu les rapports, je les ai transmis au président de la République. Et dès réception de ces documents, il a immédiatement décidé de sortir le ministre Farba Senghor du gouvernement. Il l’a convoqué, il l’a entendu et il a pris sa décision. Tout le monde sait ce que représente Farba pour le président de la République. Plus qu’un ministre, c’est un membre de sa famille parce qu’étant très lié avec cette dernière. Tout le monde sait aussi ce que représente Farba pour moi. C’est quelqu’un avec qui, j’ai cheminé pendant longtemps, quand j’étais l’avocat du président de la République. J’ai donc avec lui des relations plus que fraternelles. Aujourd’hui, nos relations semblent mal en point, mais je voudrais vous dire que j’ai au moins la conscience tranquille d’avoir fait mon devoir.

Mon devoir consistait, à l’époque, à demander que l’enquête se passe dans de meilleures conditions. Mon devoir, c’était aussi, au moment où l’affaire a atterri devant le procureur de la République, de lui demander de faire ce qui était nécessaire pour que ceux qui étaient impliqués dans l’affaire puissent être poursuivis et condamnés sévèrement. Mon devoir était aussi de faire de telle sorte que personne ne soit tenté, parce qu’on est tout simplement en désaccord avec les écrits d’un journal, d’aller le saccager et de s’en prendre aux patrons de presse.

D’un autre côté aussi, j’ai pris une décision dans l’affaire El Malick Seck. Et j’ai dit aux journalistes - avec qui j’ai de meilleures relations cultivées depuis longtemps, quand le président Abdoulaye Wade était dans l’opposition et que j’étais son avocat - que la justice ne peut pas aussi tolérer qu’il y ait des actions délibérées à l’encontre des citoyens et des institutions de la République. Nous sommes là pour protéger tous les citoyens, mais aussi pour protéger les institutions. C’est pourquoi avec l’affaire El Malick Seck, qui était flagrante et grave d’atteinte aux institutions de la République, nous avons agi en obtenant du Parquet que des réquisitions soient faites dans le sens d’une condamnation sévère. Et aujourd’hui, les citoyens savent qu’ils doivent s’adresser à la justice quand certains écrits portent atteinte à leurs intérêts et à leur honorabilité et non se faire justice eux-mêmes. Et les journalistes n’ignorent pas qu’ils doivent aussi respecter les droits des citoyens mais aussi les institutions. Si ces deux impératifs sont, de part et d’autre, pris en compte, nous aurons une société dans laquelle l’Etat de droit sera très fort.  

Vous êtes présent à Genève pour défendre la politique de l’Etat du Sénégal en matière de démocratie et de droits de l’homme. Qu’attendez-vous de ce Conseil des Droits de l’homme ?  

Je voudrais que le Conseil reconnaisse les efforts considérables accomplis par le Sénégal. Vous savez que la démocratie et la promotion des droits de l’homme ne sont jamais achevées. Si jamais une construction est achevée, il faut toujours la parfaire et la consolider. Dans les actes de consolidation, nous sommes preneurs de toute recommandation qui permettrait que les Droits humains puissent être protégés de la manière la plus forte. Nous attendons aussi une coopération avec tous les pays pour que les considérations qui font ressortir certaines contingences sociales particulières soient traitées non pas uniquement sur la base des principes, mais aussi sur la base des spécificités qui ont cours dans chaque pays. C’est le cas de l’homosexualité au Sénégal, c’est également le cas des enfants de la rue. Ce sont des affaires dans lesquelles, on a certes besoin que les principes soient dits, mais il faudrait tenir compte des contingences sociales qui ont cours chez nous. Le gouvernement du Sénégal prend avec beaucoup de sérieux ce Conseil. Nous sommes venus avec une forte délégation de onze membres, dont les représentants de tous les départements ministériels concernés, pour répondre aux éventuelles questions.

Quels sont les acquis et les faiblesses du Sénégal ?  

Le Sénégal a réalisé beaucoup de choses. Par exemple, nous avons parachevé toute l’architecture sur le plan des structures qui permettent le développement et le renforcement des acquis. Nous avons le Comité sénégalais des Droits de l’homme, le Haut Commissariat aux Droits de l’homme et à la promotion de la paix, mais aussi la Médiature. Et au-delà de cela, nous avons toutes les Ong et la société civile qui s’activent dans le développement et la promotion des droits humains. Nous avons aussi adapté à notre dispositif interne tous les mécanismes internationaux et les Conventions internationales que nous avons signés. Ce qui permet d’enregistrer des avancées notoires. Par exemple, j’ai défendu, il y a deux à trois, jours l’adoption et le vote de la loi qui crée l’Observatoire des lieux de préservation des libertés. La France dispose de ce même organe depuis 2007 et le Sénégal va être le premier pays africain à mettre en place ce mécanisme judiciaire très important pour le respect des Droits de l’homme, après avoir ratifié le protocole facultatif.  

Quel sera le rôle de l’Observateur des lieux de préservation des libertés?  

L’Observateur devrait avoir pour mission principale de prévenir des actes de torture, mais aussi de pouvoir les dénoncer pour que ces actes puissent être réprimés et que ceux qui seraient tentés de les réaliser, ne soient plus dans les dispositions qui portent atteinte à la personne humaine et aux engagements du Sénégal. C’est une autorité indépendante qui est nommée pour une période donnée et qui ne peut quitter ses fonctions que sur la base d’une démission ou en cas d’empêchement dûment constaté. C’est vous dire que l’indépendance est garantie et l’Etat lui donne les moyens d’une gestion autonome des ressources qui lui permettent de fonctionner correctement. L’Observateur se fait représenter à l’Assemblée nationale par ce qu’on appelle des observateurs délégués qui concourent à la réalisation de la mission qui lui est assignée. Et le plus important est qu’il bénéficie de garanties et d’une immunité totale par rapport aux avis et aux observations qu’il va émettre dans l’exercice de ses fonctions. Ceci devrait nous permettre, à chaque fois qu’il y a des allégations de torture, que cette autorité puisse aller sur les lieux et contrôler la situation. Il peut désigner lui-même des médecins qui pourront examiner la personne concernée et en même temps cette autorité a l’obligation d’établir un rapport qui sera rendu public. C’est dire que nous disposons aujourd’hui de tous les moyens de prévenir la torture et de respecter nos engagements qui découlent de la Convention internationale contre la torture.  

Propos recueillis à Genève par El Hadji Gorgui Wade NDOYE