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Par Chrystel DAYER

L’Organisation des Nations-Unies est créée à la fin de la deuxième guerre mondiale dans le but de maintenir la paix et la sécurité internationale. Quelques années après sa création, avec l’avènement de la guerre froide, l’Organisation rencontre des difficultés à assurer cet objectif. Le système international est alors bipolaire ; deux Etats de puissances égales et supérieures à celles des autres, les Etats-Unis et L’URSS, deux membres permanents des Nations Unies qui s’opposent idéologiquement, bloquent totalement les décisions du Conseil de Sécurité.

Vers 1975, malgré une certaine « détente », l’intérêt des politologues pour les Nations Unies décline. L’ONU n’est pas à la hauteur des attentes de sa création et l’opinion internationale se détourne d’elle. Son rôle est restreint et l’Organisation n’a pratiquement aucune influence sur la guerre du Vietnam en 1975, sur l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS en 1979.
Dans un même temps, l’ONU se retrouve au centre de revendications des Etats issus de la décolonisation et celles des Etats du tiers-monde.

La fin de la guerre froide, l’effondrement du communisme vont laisser la place à de profonds changements dans l’ordre international. En premier, c’est un changement systémique, avec la fin de l’ère bipolaire et l’avènement d’une ère multipolaire. C’est la fin d’un système qui n’était pas compatible avec la Charte des Nations Unies.
L’Organisation va diversifier ses tâches et multiplier les missions d’observations et de maintien de la paix, dans les conflits régionaux comme l’ex-Yougoslavie, en Afrique du Sud, en Namibie pour soutenir le processus de démocratisation.
La nouvelle politique étrangère du Président Gorbatchev va permettre au Conseil de Sécurité de se libérer du veto soviétique le 31 mai 1990. Un processus de réveil de l’ONU dans le domaine du maintien de la paix va se mettre en place.
Face à la globalisation, l’ONU élargit ses compétences dans des domaines tels que le développement, la sécurité, les conflits intra-étatiques, l’environnement. L’Organisation doit s’adapter. La politique internationale veut créer un ordre international plus stable, plus pacifique. Une politique globale dans le respect des règles internationales. Le concept de « nouvel ordre mondial » apparaît sur la scène internationale.
Quel est ce concept de « nouvel ordre mondial » et quel est l’impact de ce concept sur l’ONU ? Nous allons dans notre analyse tenter de définir ce concept et comment il peut être perçu différemment par les acteurs dans le contexte de l’après guerre froide. Ensuite, pour illustrer l’impact de ce concept sur les Nations Unies, nous nous pencherons sur le réveil de l’ONU et son action lors de l’invasion du Koweit par l’Irak. Pour finir, nous allons mettre en exergue les nouveaux objectifs de l’Organisation définis dans l’Agenda pour la paix du Secrétaire Général Boutros-boutros Ghali en insistant sur l’évolution du concept de maintien de la paix.

L’après guerre froide est un moment de positivisme dans les relations internationales : les Etats veulent créer une certaine harmonie dans le système international, une paix durable.
Le concept de nouvel ordre mondial, est un concept qui se réfère à une nouvelle période historique qui annonce des changements dans la politique mondiale. Ce concept surgit après une guerre, dans un élan de positivisme de la politique mondiale. L’expression avait déjà été utilisée dans le passé par le Président Wilson lors de la création de la League of Nations, puis à la fin de la deuxième guerre mondiale avec la création des Nations Unies et des accords de Bretton Woods.

La politique devient globale. L’intérêt se porte sur le monde International : sur les institutions, sur l’ONU, sur le Droit International. Le nombre d’acteurs dans les relations internationales augmente. L’idée est d’instaurer un ordre au niveau mondial et pour cela il faut une coopération entre les Etats. Les changements dans la politique sont visibles au travers des discours des Etats et de l’action de l’ONU.
Immédiatement après la guerre froide, le terme sous-entendait un désarmement nucléaire et des accords de sécurité. La Conférence de Malte de 1989, souligne les différentes attentes des Etats de ce « nouvel ordre mondial » : la réunification de l’Allemagne et le respect des droits de l’Homme. La crise du golfe recentre le terme autour de la coopération entre les grandes puissances, avec l’intégration de l’URSS dans le système international.

Au niveau des Etats, Les Présidents G.W.Bush et M.Gorbatchev parlent d’un  nouvel ordre mondial et montrent leur volonté d’une coopération entre les grandes puissances.
M.Gorbatchev envisage le « nouvel ordre mondial » comme un ordre caractérisé par la non-violence et le principe d’une coexistence pacifique. Il plaide en faveur d’un rôle central pour les Nations Unies et insiste pour que le Conseil de Sécurité devienne le gardien de la sécurité international.
Le Président américain Georges Bush sera le premier à parler ouvertement d’un « nouvel ordre mondial » dans le contexte de l’invasion du Koweit par l’Irak. Dans son discours devant le congrès du 11 septembre 1990, il annonce les objectifs des Etats Unis dans le golfe persique. Pour le Président, l’Irak doit se retirer du Koweit « immédiatement et sans condition ». Cela coïncide avec la décision du Conseil de Sécurité de condamner l’invasion du Koweït dans sa Résolution 660 du 02.08.1990 §2 : l’Irak doit retirer toutes ses forces « immédiatement et inconditionnellement ». Le Président parle de la crise du golfe comme un fait qui permet de « s’orienter vers une période historique de coopération ». Un nouvel ordre mondial où « la primauté du droit remplace la loi de la jungle », où « les Etats ont la responsabilité commune de garantir la liberté et la justice ». Le Président est pragmatique, il veut de l’efficacité. La réponse collective, l’action du Conseil de Sécurité lors de l’invasion du Koweit ont satisfait les attentes du gouvernement américain. La coopération entre les Etats a fonctionné comme il le voulait dans son idéal de nouvel ordre mondial. A la fin de l’année 1992, le gouvernement américain va se désintéresser du concept, et devient plus pessimiste.
Le concept de « nouvel ordre mondial » de l’après guerre froide, selon les deux chefs d’Etats, donne un rôle important à l’ONU qui peut enfin jouer son rôle de maintien de la paix et la sécurité internationale.

D’un point de vue paradigmatique, la fin de la guerre froide est caractérisée par une baisse d’influence des Réalistes, qui avaient dominé les relations internationales, et dont la vision pessimiste laisse place « to an international order secured without the threat of force ». Une vision plus optimiste des relations internationale apparaît basée sur la coopération entre Etats. Un monde multilatéral où les institutions se construisent et se développent. Dans cette optique, les Nations Unies jouent un rôle central dans la politique mondiale. Comment les différents prismes d’analyse perçoivent-ils le rôle des Nations Unies dans l’ordre international ?
Pour les Néoréalistes, les institutions sont « permissive and subservient to power politics » et ils rejettent le rôle de l’ONU dans la sécurité globale parce-que « it lacks enforcement mechanisms that are independant of state interest ». Dans l’analyse Réaliste : l’intérêt des Etats se définit en terme de pouvoir et de puissance. Certains Etats refusent d’abandonner une partie de leur pouvoir en les déléguant à des institutions, à des organisations internationales. Le système international est anarchique et chaque Etat poursuit son propre intérêt. L’ONU n’a pas de rôle dans cette théorie parce-qu’elle ne possède aucun mécanisme de coercition, ni un système de sécurité collective fort.

A l’opposé, les Institutionnalistes « pensent qu’un monde anarchique peut-être régulé par les organisations internationales ». L’organisation internationale est un instrument des Etats, mais a aussi « une vie propre ». Ils envisagent un rôle pour les institutions quand les attentes des acteurs convergent et veulent établir des normes communes. Après la guerre froide les attentes des acteurs ont convergé : les Etats ont voulu créer un ordre international plus stable, plus pacifique, un ordre régi par le Droit International, par la coopération entre Etats. Cependant, les problèmes récents qui touchent l’ONU à la racine montrent que les attentes des Etats ne sont plus compatibles.

Les constructivistes mènent une politique de consolidation de la paix à la fin des années 1980. Pour eux, les organisations internationales sont des acteurs du système international. Ils pensent que l’ordre international doit se baser sur une structure normative ; l’acceptation de règles basiques, de restrictions normatives du comportement. Les constructivistes situent le système des Nations Unies dans un contexte global et se centrent sur son rôle, vecteur de changements, dans une vision libérale du monde. Rappelons-nous que dans la tradition libérale les organisations internationales sont promoteurs de paix.
La plupart des théoriciens considèrent que le rôle de l’Organisation dépend de la façon dont ils conceptualisent l’ordre international et la sécurité. Ce qui est en partie vrai. Il est difficile de mettre une définition précise du concept de « nouvel ordre mondial », car tout dépend la vision proposée par le prisme d’analyse.

Au sein de l’Organisation, les membres permanents commencent à travailler ensemble pour trouver des solutions communes aux problèmes internationaux.L’Organisation se voit attribuer de nouvelles tâches telles que l’établissement d’un système de sécurité collective, la prévention des conflits régionaux, la promotion du développement économique, la promotion des droits de l’Homme, de la démocratie et du droit.Des changements s’effectuent au sein de l’Organisation. Dans cette conception du « nouvel ordre mondial » comment l’ONU légitime-t-elle ses actes ? Par les principes de droit international, par les articles de la Charte constituée par les Etats eux-mêmes ?.
Le rôle du Conseil de Sécurité est plus important : il est omniprésent, il devient un organe politique et juridique de gestion des conflits. C’est le seul organe qui peut légitimer le recours à la force. Le réveil de l’ONU se manifeste lors de l’invasion du Koweit par l’Irak le 2 août 1990. Le Conseil de Sécurité réagit vite et crée la Résolution 660, du 2 août 1990, qui condamne l’invasion du Koweit par l’Irak. L’Organisation diversifie de plus en plus ses tâches, en respectant la Charte des Nations Unies et le droit qui y découle. La Résolution 660 se base sur le chapitre 7 de la Charte des Nations Unies. L’article 2§4 de la Charte dit que : « les membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout Etat …». L’Irak a violé cet article en agressant le Koweït, et selon l’article 51 de la Charte, qui est l’exception de l’interdiction du recours à la force, le Koweït peut invoquer son droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective. Cela nous montre le rôle important que prend l’ONU dans le respect du droit international, et que le droit de la Charte et le droit international sont présents à tous les stades des Résolutions du Conseil de Sécurité. L’évolution va aussi dans le sens où les Etats justifient, de plus en plus, leurs actions par le droit et souvent, si leurs désirs convergent, conformément aux Résolutions de l’ONU. George Bush dans son discours justifie ses objectifs en disant qu’ils ont été approuvés par le Conseil de Sécurité. Le Droit International prend une place importante dans la politique des Etats et il permet de donner une légitimité aux actions de l’ONU.

Dans ce contexte, l’ONU va prendre des mesures pour s’adapter aux nouveaux besoins de l’ordre international. L’Agenda pour la paix de Boutros Bourtros Ghali est très représentatif de l’état d’esprit dans lequel l’Organisation des Nations Unies perçoit le « nouvel ordre mondial », la politique globale. Ce rapport s’inscrit dans une vision libérale du monde.
L’Agenda pour la paix est un rapport élaboré par le Secrétaire Général des Nations Unies, Boutros Bourtros Ghali le 17 juin 1992, sur l’activité de l’Organisation. Ce sont des propositions et des suggestions aux Etats membres pour que l’Organisation puisse répondre aux changements de l’après guerre froide. Il y énonce quatre nouveaux objectifs de l’ONU : la diplomatie préventive, éviter que des différends surgissent entre les parties, empêcher qu’un différend ne se transforme en conflit et renforcer la confiance mutuelle et la bonne foi. Le rétablissement de la paix, vise à rapprocher des parties hostiles par moyen du chapitre 6 de la Charte. Le maintien de la paix consiste à établir une présence des Nations Unies sur le terrain par le déploiement d’effectifs politique et militaire. Pendant la guerre froide, c’est l’émergence des opérations de maintien de la paix (OMP) dites classiques : de nature non coercitive, elles sont régies par le chapitre 6 de la Charte. Ces OMP, peacekeeping, sont impartiales et n’utilisent la force qu’à des fins humanitaires : la protection d’un convoi par exemple. Après la guerre froide, il y a un processus direct de revitalisation de l’ONU en matière de maintien de la paix. Les opérations de maintien de la paix évoluent d’une façon quantitative et qualitative: entre 1988 et 1994 le nombre d’OMP a augmenté et le maintien de la paix prend un nouveau tournant, il devient multifonctionnel, multidimensionnel avec des activités civiles et militaires larges, avec la prévention des conflits.Les opérations de maintien de la paix doivent faire face à de nouveaux conflits, comme les conflits intra-étatiques. C’est l’émergence des OMP peace enforcement ; l’imposition de la paix entre deux belligérants. Ces OMP dites robustes ou musclées sont de nature coercitive et se substituent au mécanisme de sécurité collective du chapitre 7 de la Charte. L’emploi de la force y est autorisé. Cela s’inscrit dans une vision Réaliste. Le dernier objectif est la consolidation de la paix : après le conflit et si la paix est restaurée, elle contribue à empêcher que les actes de violence ne reprennent. C’est un nouveau concept : le travail des Nations Unies ne s’arrête pas au règlement du conflit, mais continue après pour construire une paix durable, comme instaurer un gouvernement légitime au Koweït. Les conflits ont désormais un cycle de vie «  from preventive measures to peace keeping and peace enforcement to post conflict nation building ». L’Agenda pour la paix devient vite un sujet de controverse, de débat. Certains Etats sont inquiets que le Secrétaire Général donne plus de pouvoir au Conseil de Sécurité, contrôlé par les grandes puissances, au détriment de leur souveraineté. L’ordre international décrit dans L’Agenda pour la paix est un « liberal order ». Cette vue libérale du monde suggère que les Nations Unies « can shape state practices by establishing, articulating and transmitting norms that define acceptable and proper state behaviour ».

Le concept de « nouvel ordre mondial » dans l’après guerre froide se trouve au centre de l’évolution de la politique mondiale. Le Droit International se développe, l’ONU s’adapte au nouveau contexte en se diversifiant, en trouvant de nouveaux moyens d’assurer son rôle. Ce concept s’inscrit en général dans une visée idéaliste et libérale. L’ONU est le fruit de ce concept. En effet, à la fin de la deuxième guerre mondiale, l’élan de positivisme, d’idéalisme a permis à l’Organisation d’être créée dans le but d’une paix durable. A la fin de la guerre froide, ce sont les mêmes conditions. Le concept va avoir un impact sur l’ONU, dans le sens où l’Organisation prend un rôle central comme organe inter-étatique qui l’oblige à se développer, à évoluer. Le Droit International prend lui aussi une nouvelle importance. Il y a une volonté générale d’appliquer et de respecter le droit. Le Droit International découle de normes et de valeurs communes aux Etats. L’ONU s’appuyant sur le droit, applique en quelque sorte la volonté des Etats. L’invasion du Koweït fut une réussite au niveau de la coalition, la coopération des Etats. L’ONU a pu agir. Cependant, cette période est de courte durée. En effet, avec le nombre de membres grandissant, avec un nombre d’opérations de maintien de la paix élevé, les diverses tâches qu’elle doit accomplir, et les désaccords des Etats membres entre eux, l’Organisation va entrer dans une période de crise, et de marginalisation en 1994, puis en 2001. D’où la nécessité d’une réforme aujourd’hui.

Pourtant les changements les plus importants se trouvent dans la politique mondiale « …the fundamental underpinnings of world politics have undergone transformation. ».Une nouvelle politique mondiale, basée sur la coopération des Etats, qui donne plus d’importance aux institutions, aux organisations internationales, aux organisations régionales comme l’OTAN. Une politique mondiale qui veut mettre en place une communauté internationale basée sur le respect du Droit International, sur les normes d’une société internationale en devenir.