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Par Papa Diadji Gueye

La nouvelle politique suisse à l’égard des intellectuels africains, quelque absconse et subtile qu’elle puisse paraître a priori, a, un tant soit peu, le mérite de la cohérence. Elle semble trucider tous les espoirs d’une intégration soit professionnelle, soit sociale de cette couche de la population. La fin ne justifie-t-elle pas les innombrables moyens utilisés pour contrecarrer les velléités d’immigration ou d’établissement adéquat sur ce territoire? Cocktail explosif aux parfums stupéfiants : le combat est aujourd’hui mené sur plusieurs fronts : politique du « système binaire » encore appelée la « politique des deux cercles » en lieu et place de la « politique des trois cercles », loi sur les étrangers, loi sur l’asile, politique des « moutons noirs » de l’UDC, conventions de Dublin et de Schengen... La Suisse et l’Union Européenne font bloc pour juguler la frénésie migratoire dont l’origine principale est l’Afrique subsaharienne. Elles rencontrent aujourd’hui l’alliance de l’OIM (Organisation Internationale pour les Migrations ) par la réalisation de films de nature à débouter les candidats au voyage vers l’Europe en général et la Suisse en particulier. Fait vivement condamné par le Carrefour de Réflexion et d’Action contre le Racisme Anti-Noir (CRAN).

Toutefois, l’ouverture et la conjonction des forces de cette minorité visible en direction de regroupements, d’associations ou de mouvements ne permettent-elles pas de s’affranchir de la ghettoïsation institutionnelle qui ne dit pas son nom? « The strength of low ties » (la force des liens faibles) soutenait Marc Granovetter (1982) dans sa célèbre théorie : la somme des connaissances, l’extension du réseau et l’amplification du climat interactionnel dans une entité géographique donnée participe de la facilitation de l’insertion. La connaissance de quelques sujets élargit le réseau des liens entre des personnes pouvant se partager des informations et peut rendre plus facile l’insertion, en ce sens que le besoin des entreprises et le pistonnage des africains compétents dans leur domaine seront d’autant plus compatibles qu’il y’aura de contact avec des personnes liées par une proximité physique. Les personnes connues par le biais d’autres composent le cercle des liens faibles car aucun rapport de parenté (liens forts) ne les lie. Ceux-ci s’élargissent au gré des rencontres, deviennent forts et facilitent les recommandations pour des emplois selon le profil des postulants et le besoin des entreprises.

Dans un contexte de concurrence déloyale, l’isolement relationnel ne préside-t-il pas à la marginalisation et au déclassement des intellectuels africains établis en Suisse? En vertu de la longue tradition suisse – certes laminée de nos jours par la préférence à la proximité culturelle - accordant une place de taille à la qualification des sujets dans les tentatives d’intégration, ne peuvent prétendre à un emploi correct que les personnes exceptionnellement qualifiées lorsqu’elles sont ressortissantes des pays autres que ceux avec lesquels la Suisse a signé des accords (Union Européenne, Association Européenne de Libre Échange). De nombreux intellectuels diplômés en Suisse souffrent encore d’un déclassement ou d’un mal d’insertion. La stratégie adoptée par la plupart d’entre eux est l’envoi de leur CV suivi d’une attente souvent longue, voire éternelle car ne rencontrant pas la réaction d’employeurs. Pourtant, L.F.un haut responsable dans une organisation internationale sise à Genève affirme sans conteste que « le fait d’envoyer son CV pour décrocher un emploi, je ne pense pas que cela soit le principe. Il faut vraiment que ce soit un poste hors du commun et un profil exceptionnel pour que le lien puisse se faire, mais dans la plupart des cas, il faut toujours une main derrière ».

Le réseautage semble donc indispensable pour accéder aux emplois dans le domaine des organisations internationales. Or, ajoute L.M., « les africains ne sont pas très réseautés de l’intérieur. Maintenant que je suis dedans, je sais comment ça fonctionne ».

Les portes de ce milieu semblent barricadées, mais il devient possible d’escalader le mur. Et Monsieur B.N., responsable dans une ONG à Lausanne de préciser : « C’est par le biais d’un ami que j’ai obtenu cet emploi ». Le cantonnement dans son fief semble demeurer un obstacle incontournable à l’accès à un bon emploi pour ce qui est de la population d’origine africaine vivant en Suisse. Le réseau est une autre forme de solidarité qui permet d’établir un pont entre les éventuels employeurs et les demandeurs d’emploi. Lorsque la concurrence est rude et que les diplômes ou compétences sont comparables, sur quoi peut se fonder généralement le choix d’un candidat parmi des milliers ? Schurmans M-N (1990) rappelle à nos bons souvenirs que l’on a tendance à se méfier de ce que l’on ne connaît pas : l’étranger est souvent perçu comme « dangereux et inquiétant ». Pourtant, la connaissance du sujet, par l’intermédiaire d’une réduction de la distance interindividuelle offre les opportunités d’une plus grande confiance en lui.

La barrière de l’obtention de l’emploi franchie, demeure celle du titre de séjour qui va avec. Sur ce plan, il est à relever deux options laissées aux ressortissants des pays Autres (mentionnés plus haut) : d’abord l’impossibilité de trouver sur toute l’étendue du territoire une personne du pôle favorisé, capable d’assumer la fonction proposée auprès de l’office cantonal de la population, ensuite l’établissement d’un lien de partenariat entre sa terre d’origine et la Suisse pour l’emploi sollicité, afin de constituer un entremetteur ou un représentant. Dans l’un ou l’autre cas on peut envisager l’octroi d’un permis de travail régulier. Mais le choix incombe à cet office qui donne son approbation. C’est généralement le deuxième cas qui est recevable.

Dans cette perspective, les possibilités d’insertion se limitent, mais ne s’amenuisent guère pour les diplômés africains vivant en Suisse. En conséquence, nous nous autoriserons à affirmer que la force des liens faibles, le réseautage, l’organisation des africains en groupes d’intérêts communs permettraient de colmater la béance nourrie par l’austérité d’un système sectaire qui évince quotidiennement les chances d’intégration professionnelle des personnes compétentes. Il reste dès lors à développer ces liens entre les africains eux-mêmes vivant sur le même territoire afin que les compétences servent davantage qu’au confinement à des « boulots alimentaires » labiles et dégradants.