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LE COTON EQUITABLE, TROP BIO POUR ETRE VRAI?

Publié le, 13 novembre 2007 par

Par Isolda Agazzi, Agence INFOSUD

BOUGOUNI, 07.11.07 (InfoSud) Helvetas soutient en Afrique de l’Ouest la production de coton bio-équitable qui garantit un revenu aux paysans et préserve l'environnement. Refuge pour quelques paysans privilégiés ou alternative prometteuse au prix bas du coton ? Reportage au Sud du Mali.

Sibiri Coulibaly est courbé sur son champ de coton dans la région de Bougouni, au sud du Mali. En ce début de mois de novembre, la récolte vient de commencer et il s'y attelle en famille : les cocons sont ramassés à la main, entassés dans de grands sacs en tissu et transportés dans une cabane en pisé proche de la parcelle, à l'entrée du village. Mais cet or blanc a une particularité: c'est du coton bio-équitable. Une forme de production lancée au Mali et dans la région par Helvetas pour garantir aux cotonculteurs un revenu fixe et préserver l'environnement. Depuis, le marché explose: la production, certes modeste, augmente de 50% chaque année et les consommateurs du Nord achètent toujours plus de t-shirts et autres habits certifiés. "En Suisse, Switcher, Migros, Marks & Spencer, Manor et Hessnatur en sont les principaux distributeurs et certains voudraient doubler leurs ventes", se réjouit Tobias Meier, responsable de la commercialisation chez Helvetas, "mais les paysans africains n'arrivent pas à répondre à la demande". Qu’est-ce qui explique un tel engouement pour cette culture et ce commerce, si doux qu’une grande marque de lingerie féminine va bientôt y succomber aussi?


Une vision alternative du commerce, une situation gagnant – gagnant. Le prix du coton conventionnel a tellement baissé sur le marché international - au Mali, il est payé 160 francs CFA le kg (370 francs CFA = 1 CHF) - que les producteurs africains n'arrivent plus à en vivre. Et nombreux sont ceux qui refusent désormais d'en produire: "De plus, il demande beaucoup d'engrais et de pesticides" nous explique Ousmane N'dyaye, le jeune conseiller malien de la première coopérative bio de Bougouni. Assis sous un arbre à karité, au milieu du champ de coton de Coulibaly, il ajoute que ces produits sont chers et nécessitent des crédits d'achat qui sont octroyés seulement à la coopérative dans son ensemble. "Si un paysan n'arrive pas à rembourser sa dette, un autre est obligé de le faire à sa place et cela crée beaucoup de conflits" nous confie-t-il. Rien de tel, selon lui, avec le coton bio, dont les intrants sont le compost et des plantes pesticides qu'on trouve en abondance dans la nature.
Le coton bio-équitable


Pour le coton équitable, le producteur malien reçoit un prix garanti de 238 CFA par kg, auxquels s'ajoutent 34 CFA de prime pour des projets de développement. Ce prix est indépendant des fluctuations du marché international, car "le commerce équitable ne doit pas répondre à l'économie de marché, mais à la logique du commerce solidaire" clame haut et fort un producteur converti, invité par Helvetas pour parler aux journalistes de passage à une réunion à Sélingué, au coeur de la région cotonnière du Mali. Pour percevoir ce prix, le paysan doit obtenir le label équitable, octroyé par FLO/Max Havelaar selon un cahier des charges qui prévoit l'interdiction du travail des enfants, la participation des femmes et l'organisation des paysans en coopératives.

Mais au Mali le rendement est encore très faible: 400 - 500 kg de coton bio par hectare, contre 800 kg de fibre conventionnelle. Le double du prix pour la moitié du rendement: est-ce vraiment intéressant?


Salif Sissoko, qui nous reçoit à la Coordination nationale des organisations paysannes (CNOP) à Bamako, en est convaincu: "C'est une production alternative qui garantit un prix rémunérateur tout en limitant la baisse de la fertilité des sols. Le dada du CNOP, c'est la souveraineté alimentaire" ajoute-t-il, "dont les principes sont simples: on mange ce qu'on produit et on produit ce qu'on mange. Nous sommes pour une agriculture familiale qui assure d'abord le revenu de la famille et ensuite seulement la vente et l'exportation."


Et à l'entendre, le coton bio-équitable cadre parfaitement avec cette approche. Pour permettre la régénération des sols, le paysan bio pratique la rotation des cultures, en alternant le coton à des cultures vivrières telles que le sorgho, le mil et le sésame, automatiquement certifiés bio. Les agriculteurs obtiennent le label bio Ecocert s'ils prouvent qu'ils n'utilisent que des intrants naturels et freinent la dégradation des sols grâce à la rotation des cultures.



Les femmes et les enfants


C'est donc une double certification - environnementale et sociale - qu'Helvetas promeut dans la filière cotonnière. Ce qui est censé profiter surtout aux femmes. C'est même l'un des critères essentiel du label FLO/Max Havelaar. "Les femmes sont les principales bénéficiaires du coton bio-équitable" affirme Ousmane Ndyaye, le conseiller de Bougouni. Et de nous assurer que ce n'est pas à cause de la pression des bailleurs de fonds. "Le coton bio n'utilise pas d'intrants chimiques, très nuisibles pour la santé des femmes qui, en Afrique, enchaînent les grossesses et travaillent souvent avec leur bébé sur le dos" renchérit Pierluigi Agnelli, responsable d'Helvetas au Burkina Faso voisin. "De plus, le coton bio permet de se passer de l'achat d'intrants, dont les crédits ne sont pas accordés aux femmes". Sidi El'moctar N'guiro, directeur du Mouvement biologique malien, avoue que la participation des femmes pose quelques problèmes, car les tâches ménagères les empêchent d'assumer les responsabilités requises par le label, estime-t-il. "Il faudrait repenser la répartition des tâches au sein du ménage" conclue-t-il songeur, semblant lui-même peu convaincu par ce qu'il affirme. Cependant, selon les chiffres fournis par Helvetas, 40% des producteurs de coton bio-équitable sont des femmes.


Pour l'instant, ce n'est pas ses deux femmes que Coulibaly a attelées à la récolte du coton, mais bien trois de ses six enfants. Anne-Sophie Gindroz, responsable d'Helvetas au Mali, reconnaît que la définition du travail des enfants - interdit par le label équitable - pose problème. "En Afrique, la socialisation des enfants passe par le travail au champ. Si on a d'abord insisté sur une définition stricte, aujourd'hui nous en adoptons une plus souple, qui interdit les pires formes de travail, celles qui empêchent les enfants d'aller à l'école."


L’OMC

"Le commerce équitable, c'est une idée occidentale. J'ai du mal à comprendre que le commerce puisse servir à faire de l'altruisme." Dans son bureau de Bamako, Fousseini Traoré, rédacteur en chef du quotidien Le Républicain, n'y va pas par quatre chemins. Ce fin connaisseur de la problématique du coton ne croit pas au potentiel du coton bio-équitable, dont il juge la portée trop limitée. Selon les chiffres d'Helvetas, 4370 paysans ont produit du coton bio-équitable au Mali en 2007, pour un total de 1318 tonnes. Un chiffre pas si faible puisqu’ils étaient 174 en 2002. Cependant, cela ne représente toujours que moins de 1% de la production cotonnière malienne. Avec un taux d'augmentation de près de 50% chaque année, la proportion pourrait atteindre 5% dans quelques années. Difficile de faire plus avec des parcelles de moins de 1 ha et sans utiliser d'intrants chimiques. "Sans oublier que la certification bio requiert un système de contrôle interne difficile à mettre en place dans un pays où la plupart des gens sont analphabètes" ajoute Tobias Meier, de Helvetas.


Nicolas Imboden, directeur de l’ONG Ideas à Genève, qui conseille les pays africains producteurs de coton dans leurs négociations à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), souligne justement que "l’augmentation de la production se fait grâce à l’encadrement d’Helvetas, mais si celui-ci s’arrête, la baisse va être énorme. Ce type de coton représente une niche très intéressante, mais il ne va pas résoudre le problème des prix bas sur le marché international." Justement, et si le prix du coton conventionnel augmentait, est-ce que les paysans auraient encore intérêt à produire du bio-équitable ? Tobias Meier en est convaincu : "Une augmentation du prix du coton conventionnel serait très positive pour les paysans africains ! A l’avenir le rendement des paysans bio devrait être le même que celui des paysans conventionnels, comme c’est déjà le cas en Inde. Et avec les coûts plus bas pour les insecticides et pesticides, leur rentabilité devrait être au moins la même."