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« J’ai pardonné à mes ravisseurs »

Prise en otage en 2005 en Irak, Florence AUBENAS, grand reporter au « Nouvel Observateur » a introduit le thème « Prise de risque pour le droit à l’information : quelles limites ? » à l’occasion du 5e Rassemblement pour les droits humains organisé par Laurent Moutinot, vice-président du Conseil d’Etat de la République et canton de Genève. Dans cette interview exclusive, notre collègue dit avoir pardonné à ses ravisseurs. Elle critique par ailleurs Reporters Sans Frontières (RSF) et définit pour nous la grande question « qu’est – ce que le journalisme ? ».

Vous avez été enlevée en Irak, pourtant vous dites aujourd’hui qu’il faut y aller. Pourquoi ?

Je pense que quand on est journaliste, on ne peut pas se permettre de dire à des pays, à des populations, face à des situations : « voilà ce qui se passe est très grave, mais c’est trop dangereux pour moi ! », « C’est aussi dangereux pour vous mais cela ne m’intéresse pas. Je reviendrai quand le terrain sera moins dangereux pour moi ». « S’il reste un survivant, je l’interviewerai ».Un journaliste n’a pas le droit de dire ça. C’est pour ça que je pense qu’il faut continuer à aller dans des pays dangereux, dans des zones dangereuses, et je continuerai d’y aller parce que si des gens y vivent, si des gens y meurent, c’est l’endroit où l’on doit être nous les journalistes.

Comment définiriez-vous le journalisme ?

C’est difficile ! Je ne sais pas trop quoi vous répondre, c’est tellement vaste comme question…. Je dirais que notre travail, notre matière première, c’est d’informer et raconter la vie des gens, c’est de raconter, de témoigner de ce que l’on voit ; c’est ça notre premier travail. Je vois le journalisme comme quelque chose qui s’apparente à se déplacer Je me vois mal comme journaliste au téléphone ; je sais qu’il y en a qui le font, pour moi c’est aller vers les gens, les rencontrer, essayer de comprendre ce qu’ils vivent, aller au-delà d’une situation, par exemple quand vous voyez comment on rend compte de la Birmanie aujourd’hui, c’est une grande frustration : il vous arrive des images très violentes, des images où des gens sont fusillés sur une place, vous avez peu d’explications, il n’y a pas assez de gens pour être là pour vous raconter les dessous de cette situation

Que faut-il faire face la liberté de la presse menacée partout ?

Je crois qu’il faut continuer à être journaliste. Je trouve que le journalisme aujourd’hui est plus que jamais une profession d’engagement, ce n’est pas simplement un travail salarié, on mène une vie différente, orientée vers autre chose. C’est un métier d’engagement qui vous projette où vous n’étiez pas destiné à aller. C’est continuer à être dérouté par des situations, c’est refuser de dire « je sais tout », « je connais cette situation, je vais vous expliquer », toutes ces formules qui font que les journalistes sont quelquefois compliqués. Aujourd’hui, un journaliste honnête est un journaliste qui accepte de dire « je ne sais pas », de poser une question et ne pas trouver de réponse. Je crois qu’il faut vraiment rester dans ces limites-là et ne pas arriver avec des convictions toutes faites et avec des chars d’assaut

Pourquoi critiquez-vous « Reporters sans frontières » ?

Je couvre aussi bien la France que l’étranger. Je suis allée en Irak, en Afghanistan, dans des pays très différents. C’est difficile physiquement, qu’on part longtemps, on prend des risques, il faut se projeter dans une situation, mais à l’étranger c’est facile. C’est facile de dire « je vais vous expliquer, l’Irak, l’Afghanistan, l’Afrique », peu de gens vont contester vos analyses, quand vous dites la Chine « ça se passe mal », la Birmanie « on tue sur les places » et en revanche, travailler sur la France, cela vous remet en question. On peut critiquer Bush, mais on ne peut pas critiquer son voisin de palier et je crois que c’est un peu de ça dont souffre Reporters sans frontières qui se disent si je commence à critiquer la presse en France et les lecteurs, qui va publier mes reportages, quels journaux ? Il y a une sorte de statut quo entre la presse et Reporters sans frontières qui ne critique aucun des médias français, en échange de quoi ? C’est un raccourci mais en vertu de quoi les journalistes sont de toutes les conférences de Reporters sans frontières ? Il y a une espèce de gentlemen agreement entre RSF et les journalistes français. C’est la même chose avec qui aide financièrement RSF ? Ce sont les mêmes gens qui payent la presse ! Il y a là quelque chose à critiquer. RSF fait un travail formidable et je crois que « qui aime bien châtie bien » RSF joue sur la transparence et la vérité, je pense aussi qu’il faut le faire pour cette organisation. Je la critique fraternellement, je veux les aider à aller vers le mieux possible mais je crois qu’à un moment, il faut savoir où l’on est et eux-mêmes dans leur classement sur la liberté de la presse, ils ont fait reculer la France de 10 points. Il leur faut tirer par conséquent les conclusions, c’est leur devoir aussi.

Est-ce que vous êtes remise de tout ce qui vous est arrivé en Irak et de la médiatisation qui l’a entouré ?

C’est à vous qu’il faut poser cette question ! Je pense qu’on peut tout à fait s’en remettre. Je ne voudrais donner de leçon à personne et chacun fait comme il peut dans des situations difficiles, chacun essaye de trouver ses marques. Les gens se disent il faut tourner la page, il faut oublier, je crois qu’il faut faire l’inverse : il faut se souvenir de ce que l’on a vécu, il faut enregistrer son expérience pour la digérer, et c’est ce que j’ai fait. Je ne tiens pas du tout à tourner la page, à oublier quoi que ce soit, ça fait partie de ma vie. Vous avez eu des coups durs j’en suis sûre, et vous n’avez pas essayé de les oublier. Il faut aller au-delà. Ça fait partie de ce qui vous construit, qui vous fait avancer. J’estime que dans ma vie de journaliste, c’est quelque chose d’important que j’ai vécu, il y en a eu d’autres, des bonnes, des mauvaises et ça fait partie des accidents de parcours, de ce qu’on vit quand on a des métiers comme ça.

Avez-vous pardonné à vos ravisseurs ?

Oui, j’ai pardonné, mais je ne pense pas que cela se pose en ces termes-là. Quand on choisit soi-même d’aller dans une situation de conflit, il n’y a ni pardon ni excuses, ce n’est pas en ces termes-là que ça se pose parce que eux, ils ont fait ce qu’ils croyaient devoir faire dans une situation pareille. Pour ma part, j’ai fait ce que je croyais devoir faire. Pardonner voudrait dire que moi j’étais du côté du bien et eux du côté du mal. Moi je n’estime pas leur devoir un pardon. Si cela pouvait se faire, peut-être ce serait dire pourquoi ne pas faire une enquête sur ce qui s’est passé, mais c’est hors de propos et ce serait ridicule dans un pays où il y a des gens qui meurent tous les matins. Ce serait indécent. Ça fait partie de l’histoire de l’Irak, comme d’autres choses et ma petite personne ne mérite pas tout ça.

Par El Hadji Gorgui Wade NDOYE