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ÊTRE FEMME et NOIRE AFRICAINE AU QUÉBEC

Publié le, 30 mars 2007 par

PAR Aoua Bocar LY, Ph.D. Sociologue et chercheure associée à l’Institut d’Études des Femmes de l’Université d’Ottawa, Présidente-fondatrice du Réseau FEMMES AFRICAINES, Horizon 2015 (FAH2015)

OTTAWA – ( CANADA) - ( …) - Etre femme Noire Africaine au Québec, c’est porter sur ses épaules tout le poids de son continent, l’Afrique. Oui, cette Afrique combattue et conquise, cette Afrique exploitée, cette Afrique dénigrée pour justifier le pillage de ses immenses ressources minières et matérielles, et surtout, la déportation de ses ressources humaines les meilleures à travers la «Traite des Noirs ». Mais pour pratiquer cet acte barbare que fut l’esclavage humain, il fallut à l’esclavagiste, – tout comme d’ailleurs au Nazi par rapport à l’holocauste – de développer toute une idéologie justificatrice de son acte, une idéologie de classification raciale. Ainsi naquit le racisme.

LA COMMUNAUTÉ NOIRE AFRICAINE AU QUÉBEC

Dernier courant migratoire au Québec et au Canada (dans les années 1980), la Communauté noire africaine cherche encore sa voie pour s’adapter et s’intégrer au Québec. Cependant, elle est venue avec d’importants atouts que requiert l’intégration en Amérique du Nord. En effet, c’est une population jeune (plus de 50% ont moins de 45 ans), éduquée et possédant de l’expérience professionnelle. Étant une immigration intellectuelle , elle est devenue numériquement une composante non négligeable de la société québécoise . En plus, ces potentialités ne cessent de s’accroître grâce, entre autres, à une dynamique démographique et une professionnalisation poussée.

Non négligeable, cette communauté est pourtant négligée. En effet, l’observation empirique et certaines données des études sur les immigrants au Québec montrent que la communauté noire africaine est la plus discriminée au Québec. Car, malgré, tous ses atouts pour s’intégrer (instruction, expérience professionnelle, sérieux, volonté de travailler et désir de vivre et de travailler en français, donc de rester au Québec), ses membres éprouvent au Québec, plus que partout ailleurs en Amérique du Nord, de la difficulté à accéder à l’emploi, tel que le démontre l’AEC après que diverses études l’eurent montré au Québec et au Canada.
En effet, «Le Québec un des pires endroits en Amérique du Nord pour se trouver un emploi quand on est Noir ou Latino-américain, s’il faut en croire les données de l’année 2001 sur le chômage dans les 56 États et provinces. Selon la recherche menée par le directeur général de l’Association d’Études Canadiennes (AEC), Jack Jedwab, l’écart de 9,3% entre le taux de chômage des Noirs et celui des Blancs plaçait le Québec au 53e rang sur 56 en 2001. Il n’était dépassé que par les États américains de Virginie de l’Ouest, d’Oregon et du Wisconsin. »
Elle souffre donc, plus que toute autre communauté, de la pauvreté et de ses incidences néfastes sur la vie humaine.
Ces discriminations frappent encore davantage les femmes de la Communauté noire africaine. On peut affirmer que les Africaines constituent la minorité des minorités à savoir celle qui vit le plus l’exclusion de la vie socio-économique, culturelle et politique au Québec.

ETRE FEMME et NOIRE AFRICAINE AU QUÉBEC

Etre femme Noire Africaine au Québec, c’est porter sur ses épaules tout le poids de son continent, l’Afrique. Oui, cette Afrique combattue et conquise, cette Afrique exploitée, cette Afrique dénigrée pour justifier le pillage de ses immenses ressources minières et matérielles, et surtout, la déportation de ses ressources humaines les meilleures à travers la «Traite des Noirs ». Mais pour pratiquer cet acte barbare que fut l’esclavage humain, il fallut à l’esclavagiste, – tout comme d’ailleurs au Nazi par rapport à l’holocauste – de développer toute une idéologie justificatrice de son acte, une idéologie de classification raciale. Ainsi naquit le racisme. L´ idéologie de la classification des races plaça la Race Noire au bas de l’échelle (Michel Ndoh : 19) . Considérée comme inférieure, presque «bestialisée », on fit subir à cette race les pires traitements : Près de 100 Millions de fils et filles de l´Afrique furent déportés dont ¼ trouva la mort en cours de route vers le Nouveau Monde, l’Amérique qu’ils mirent en valeur et développèrent. Malheureusement, aujourd’hui encore, c’est la même idéologie esclavagiste qui porte tort aux Africain-e-s d’origine et d’ascendance. Tel un cancer qui s’en prend au cerveau, celle-ci a envahi les mentalités et détermine les attitudes et les comportements vis-à-vis des communautés noires. C’est fort de l’idée que ce sont des êtres inférieurs que beaucoup de citoyen-e-s de race blanche, exerce sur eux de façon consciente ou inconsciente des discriminations, de l’exclusion, si ce ne sont des traitements inhumains et dégradants tels que le profilage racial qui va des interpellations abusives par la police, à la torture et même aux meurtres. Ce sont ces mêmes préjugés qui font qu’un employeur préférera un québécois de souche ayant décroché au secondaire à un africain possédant une maîtrise.

DÉCONSTRUIRE L’IDÉOLOGIE RACISTE POUR CHANGER LES MENTALITÉS

De la même façon que la seule façon de guérir le cerveau du cancer, c’est d’opérer la tête et de l’extirper de là, l’unique manière de lutter en profondeur contre le racisme et ses corollaires (discriminations, exclusion, abus de tous genres), c’est de déconstruire l’idéologie d’infériorisation de la Race Noire qui a été développée et diffusée dans les mentalités durant bientôt cinq siècles. Pourtant, bien des faits montrent que cette idéologie est sans fondements. En effet, si on fait preuve d’esprit critique, l’intelligence de l’Homme et de la Femme Noire n’est plus à démontrer. Il suffit de regarder autour de soi, de considérer les réussites des Noirs dans les études, les qualifications dans les domaines les plus complexes, les créations et les découvertes dans tous les secteurs, réalisées parfois dans de conditions très difficiles. Il faudrait considérer le monde d’aujourd’hui pour constater que parmi les êtres les plus en vue du XXé siècle, beaucoup sont issus de la Race Noire. On peut nommer Mohamed Ali, Denzel Washington, Oprah Winfrey, Halle BERRY, Miriam Makéba, l’astronaute de la NASA, le malien Cheikh Modibo DIARRA et le Monument historique, Nelson Mandéla, sans parler de Koffi Annan qui fut jusqu’à date l’unique Secrétaire générale des Nations à bénéficier de trois mandats, et ce, du fait de son intelligence et de son efficacité. Plus près de nous, on peut évoquer Michaelle JEAN, qui après avoir été une brillante journaliste de radio Canada est devenue Gouverneure générale du Canada. Aussi, même si on ne partage pas ses opinions, on se saurait passer sous silence, la puissante Gondolezza Rice, Sécrétaire d´État de la Première puissance mondiale, les États-Unis d’Amérique.

La seule façon de changer les mentalités, à mon sens, c’est l’éducation, puis l’éducation et encore l’éducation. Parmi celle-ci, l’enseignement de l’Histoire. De la même façon qu’on falsifia l’Histoire de l’Afrique en justifiant l’esclavage par le mensonge selon lequel les Peuples Noirs étaient des peuples sans âme, sans cultures, sans civilisations, il faudrait, à l’inverse, réécrire l´histoire de l´Afrique, l´enseigner et reconnaître la place qui est la sienne : la première. Il faudrait éduquer les masses conformément aux recommandations de l’UNESCO au lendemain de la Conférence du Caire qui avait mis en confrontation intellectuelle les grands savants de l’Occident et le savant africain, Cheikh Anta DIOP assisté de son disciple, Théophile Obenga. Selon ces recommandations, il fallait réécrire l’Histoire mondiale, montrer que l’Afrique est le berceau de l’Humanité et l’origine africaine de la civilisation égyptienne, la civilisation la plus brillante de l’Humanité. Les découvertes du savant DIOP permettent le « raccordement de l’histoire africaine à l’histoire de l’Égypte pharaonique et de l’Éthiopie; elles permettent aussi de comprendre ‘’que le Ghana a surgi de l’intérieur du continent au moment du déclin de l’Égypte, tout comme en Occident les Empires sont nés avec le déclin de Rome (Michel Ndoh : 21) » Cependant, ces thèses qui détruisirent les fondements de l’Histoire mondiale écrite par les savants occidentaux ne purent être acceptées et furent largement combattues. Pour les réhabiliter, il fallut attendre les années 50 durant lesquelles deux facteurs marquèrent des progrès dans le domaine de la paléoanthropologie à savoir l’Avénement des techniques de chronologie absolue et la découverte, en Afrique Orientale, de fossiles hominiens (Michel Ndoh : 39). Depuis lors, chaque découverte confirme ces thèses et démontre la contribution africaine, l’apport de l’Afrique et des Africains à la construction de la civilisation mondiale. Pour la réconciliation de l’Humanité et l’instauration de la justice sociale à travers le monde, il est important de reconnaître à chacun sa part à la Civilisation Universelle. Voilà le sens de l´éducation et de l´instruction que je suggère qu’on mette en oeuvre. Cette instruction devra commencer depuis la maternelle, ainsi, le jeune blanc perdra ses complexes de supériorité et le jeune noir ses complexes d’infériorité. Grandissant dans un environnement sain ou la seule différence sera l’intelligence de chacun et ses efforts dans le travail, soutenu bien entendu par des valeurs humaines de solidarité, de partage, de compassion, etc., ils créeront un monde de paix.

POUR UN QUÉBEC, MODÈLE MONDIAL DU PLURALISME

Dans cette entreprise de réconciliation de l’Humanité, le Québec a un grand rôle à jouer. En tant que peuple blanc ayant connu l’oppression et l’injustice, ses citoyens sont les mieux placés pour comprendre le vécu des peuples placés dans les mêmes conditions. En tant que minorité (un îlot de francophones dans une mer d’anglophones), mais résistant à l’assimilation et refusant la disparition, le Québec est le meilleur guide des peuples marginalisés vers la liberté. Si la volonté politique québécoise persiste, lentement, mais sûrement, à travers une multitude de races, de cultures et de religions, on pourra bâtir une Humanité vivant dans l’harmonie et la cohésion ; un modèle de co-existence pacifique que le Québec pourra offrir à l´échelle planétaire.