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Par DIENG Moda, Centre Morris Morris Janowitz, IEP Toulouse



TOULOUSE – ( France) - Au cours de la seule année 2007, 16 pays d’Afrique subsaharienne auront organisé des élections présidentielles ou législatives, ou les deux à la fois, si tous les calendriers sont respectés et les conditions de paix réunies. D’ailleurs, en l’absence d’une situation stable, des élections ont été reportées en Côte d’Ivoire, au Tchad, au Zimbabwe, et risquent de l’être en Guinée. Mais la tenue d’élections, aussi consubstantielle qu’elle soit à l’État de droit, est-elle un passage suffisant pour permettre à un régime politique d’acquérir un caractère démocratique ? Autrement dit, la démocratie, est-elle exclusivement électorale ? L’Afrique noire compte 48 États, dont peu d’entre eux connaissent des évolutions importantes en matière d’ouverture politique. Comment se fait-il qu’il y ait autant de pays, autant de consultations électorales et si peu de démocraties ? Ne pourrait-on pas avancer l’idée d’une résistance africaine contre la démocratie ? Si résistance il y a, est-elle celle des sociétés ou celle des régimes politiques, leurs réticences à s’engager dans des processus de libéralisation politique au cours desquels ils seront des perdants potentiels ?


Autant de questions qui, à les considérer de plus près et contrairement à ce que l’on peut penser, témoignent de l’existence de mutations sur le continent. Ces changements ne sont pas tout à fait linéaires, mais peuvent être chaotiques en divers endroits notamment dans les pays en conflits, progressifs dans les États ayant prouvé leur maturité en matière de démocratie, tantôt régressifs tantôt progressifs donc particulièrement difficiles à qualifier dans d’autres.

Le dynamisme sociétal s’accompagne souvent d’une active mouvance théorique rythmée par des concepts et régie par des principes dans des cadres d’explication précis. Et lorsque le protocole méthodologique habituel s’avère inapproprié pour rendre compte des transformations, alors on voit proliférer au niveau de la communauté de chercheurs en sciences sociales en général et en science politique en particulier, de nouveaux concepts, de nouveaux principes, au cas échéant, une nouvelle grille d’analyse. Cette dernière sera pourvue d’énoncés nouvellement définis, de concepts recouverts de sens qui leur donnent du poids dont la charge se mesure en fonction de leur rapprochement avec la réalité ou les phénomènes qu’ils tentent d’élucider.

À l’égard du continent africain – depuis les indépendances – il s’est posé – imposé des réajustements de notions et de paradigmes visant à mieux définir ou à mieux comprendre la nature, le fonctionnement et les mutations des systèmes politiques. Pourtant, en dépit de l’usage de ces moyens de construction théorique qui rappelle l’attitude du mineur qui a besoin de lumière pour mieux avancer, nonobstant les réajustements permanents indispensables à l’équilibriste, des faits sociopolitiques surgissent de temps à autre et semblent s’inscrire dans une logique autre que celle envisagée dans le ou les domaine (s) d’étude préétabli (s) ou réalisé (s) sur l’observation des phénomènes.

I – Les systèmes politiques africains : grandes lignes de partage

À en dégager les tendances lourdes des régimes politiques africains des indépendances à nos jours, trois cadres d’explication peuvent être retenus.

A - Le monolithisme ou la période des autoritarismes

De l’indépendance à la fin des années 1980 : pendant cette période, le continent africain ne comptait quasiment que des régimes autoritaires basés sur des systèmes de parti unique. Accordant à l’époque une grande importance aux composantes de la face extérieure de l’Ėtat (gouvernement, hymne national, drapeau national, alignement idéologique, souveraineté, indépendance, reconnaissance internationale par l’intégration au concert des nations, etc.), ces régimes capitalisèrent sur la centralisation, un mode de gestion quasi-exclusif identifiant tout acteur refusant de s’aligner sur leur logique au niveau national à un ennemi intérieur. Rares furent les systèmes politiques réceptifs à l’esprit critique, à la contestation ou au pluralisme. Durant ces trente ans de monolithisme, 5 pays seulement ont eu à connaître le multipartisme, somme toute limité mais déterminant si on prend le contexte général de l’Afrique d’alors. Il s’agissait du Botswana, de la Gambie, de l’Île Maurice, du Sénégal et du Zimbabwe. Même pour ces exceptions, l’évolution ne fut pas continue. Le Sénégal et le Zimbabwe ont rompu avec le multipartisme avant de renouer avec dans les années 1970 et 1980. Il n’y a de véritables changements dans ce sens qu’au début des années 1990.

B - La « transitologie », de la fin des années 1980 à la fin des années 1990

Le début de cette époque à coïncidé avec la fin de la bipolarisation, suivie d’une décrue progressive de l’aide publique au développement, d’un déclin de la tutelle géopolitique et d’une réduction de la souveraineté de beaucoup de pays dans le long cycle de l’endettement et de la conditionnalité démocratique des institutions financières internationales. C’est aussi la période de la « transitologie », ou de la « troisième vague de démocratisation » qui a emporté dans sa dynamique 38 pays africains. Mais au final, le bilan s’est révélé piètre au regard des espoirs préalablement suscités. Parmi ces 38 cas de transitions, 4 ont avorté avant les élections , 20 régimes ont réussi à se maintenir au pouvoir malgré l’organisation d’élections, 14 alternances ont vu le jour , dont 4 cas de restaurations autoritaires , 2 retours d’anciens dictateurs , 3 transitions partielles et 5 démocraties consolidées .

Comme on peut le constater, la tendance lourde est la persévérance de régimes au pouvoir. Outre cette résistance par le haut contre la démocratie, la vulgarisation de celle-ci reste confrontée presque partout en Afrique à des difficultés structurelles dont la pauvreté, l’analphabétisme, la faiblesse des Ėtats, des partis d’opposition, des mouvements civiques et des médias. Ces obstacles et ces insuffisances font que l’usage du terme « démocratie » y demeure problématique, et des doutes très vite exprimés quant à la possibilité d’une évolution en profondeur en matière de libéralisation politique . C’est dans ce contexte de difficultés économiques combiné avec les manipulations de la conditionnalité démocratique par des régimes politiques qu’est annoncé l’inactualité même de la « transitologie ».

C - Vers une perte de vitesse de la « transitologie » ?

Le début du troisième millénaire marque, selon Thomas Carothers la « fin du paradigme de la transition » , du moins son recul , à en croire Patrick Quantin. Les lignes de différenciation entre démocratie et autoritarisme ont tendance à devenir des frontières qui bougent. C’est toute la difficulté de classer les régimes africains sur la base de la distinction entre ces deux formes de régimes . Dans la littérature, on voit apparaître une profusion de termes et de qualificatifs associés aux notions de ‘‘régime’’, de ‘‘démocratie’’ et d’‘‘autoritarisme’’ pour mieux désigner les systèmes qui adoptent des modes de comportements tantôt démocratiques (reconnaissent le multipartisme, la liberté de presse, d’association, organisent des élections comme les démocraties libérales), tantôt autoritaires. Parmi ces appellations, on peut retenir : « semi-démocraties » , « régimes de survie » , « régimes hybrides » , « démocratie électorale », « autoritarisme électoral » . N’étant ni entièrement démocratiques ni parfaitement autoritaires, ces systèmes politiques se structurent sans cesse à l’aide de stratégies de survie et d’adaptation pour faire face aux contestations internes et ainsi respecter, de façon apparente, les exigences édictées par les institutions financières internationales en matière de démocratisation. En réalité, la démocratie s’avère plus d’apparence que de réelle et les processus de décompression politique trop limités pour permettre des alternances au pouvoir.

Selon Andreas Schedler, ¾ de pays africains fonctionnent encore selon le modèle de « régime hybride » . En faisant exception de la Somalie, pays en lambeaux depuis des plus d’une décennie, seulement moins d’¼ de pays africains ont réussi à consolider leur démocratie parmi les 48 Etats que compte l’Afrique subsaharienne. Ce sont les pays ayant connu l’alternance politique ou fait preuve d’une longue expérience en matière d’ouverture politique (Afrique du Sud, Botswana, Cap-vert, Ghana, Île Maurice, Kenya, Malawi, Mali, Sénégal, Tanzanie, Zambie). Mais, entre 2000 et 2006, l’Afrique n’a pas connu une avancée importante en matière de démocratisation. Pour preuve, en 2006, l’effectif de pays où un changement de majorité au pouvoir était possible était légèrement plus important qu’en 2000. Par contre, durant cet intervalle, d’autres phénomènes de résistance démocratique sont apparus, réapparus et rendent difficile leur intégration dans un paradigme d’explication clair.

II – Des changements difficiles à incorporer dans un cadre de réflexion

Les trajectoires des systèmes politiques africains sont difficiles à prédéterminer. Une partie de ce qui rend ardu ce travail est, en général, inhérente à la complexité des phénomènes sociaux qui obéissent à des logiques différentes de celles des faits naturels. En Afrique, en raison de la jeunesse des États, du rapport particulier que l’on y a avec le pouvoir, de l’exacerbation des tensions, de l’agitation et de la passion que suscite la politique ; de la politisation de l’ensemble des secteurs d’activités, du désir de changement nourri presque partout mais qui tarde à être effectif ; les systèmes sociopolitiques prennent souvent des revirements soudains, en tout cas, plus aléatoires que dans beaucoup d’autres sociétés. Des pratiques que l’on croyait révolues comme les putschs, les modifications constitutionnelles en vue d’une monopolisation du pouvoir, les tendances autoritaires dans les pays ayant une longue expérience en matière d’ouverture politique, les révoltes populaires dans les États à tradition autoritaire, peuvent être sous l’effet d’une activation ou d’une réactivation aux issues incertaines.

Certes, il est plus difficile aujourd’hui de perpétrer un coup d’État sur le continent et de s’installer ensuite aisément au pouvoir. Pendant longtemps, l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA/UA depuis 2000) a véhiculé une conception personnalisée de la stabilité (sans lui le chaos) réduite à l’absence d’implosion. Ce qui la conduisait à être peu regardante sur la nature et le fonctionnement des régimes politiques. Depuis quelques années, les conséquences des putschs sur la sécurité humaine, nationale et régionale, les méfaits liés au phénomène des réfugiés et le rôle nocif de l’insécurité sur le développement, ont acculé l’UA et les organisations sous-régionales africaines à adopter des positions plus fermes à l’encontre des coups de force. Cependant, en dépit de l’aversion manifestée contre « tout changement anticonstitutionnel de gouvernement » , des coups d’État ont pourtant eu lieu en République centrafricaine, à Sao Tome e Principe en 2003, en Mauritanie en 2005. La tentative avortée de coup d’État de 2002 en Côte d’Ivoire débouchera sur un conflit qui dure encore, tandis que celui perpétré en Mauritanie en 2005 semble suivre la voie des rares putschs africains ayant favorisé une transition et l’amorce d’un réel processus de démocratisation.

Beaucoup de régimes, au Burkina Faso, au Cameroun, au Gabon, en Guinée, au Tchad, sont toujours hostiles à l’alternance politique dans le respect des règles constitutionnelles, dont celle portant sur la limitation du nombre de mandats présidentiels modifiée dans une logique de conservation ad vitam du pouvoir. En rhabillant la constitution à leur avantage, Paul Biya (Cameroun), Omar Bongo (Gabon), Blaise Comparoré (Burkina Faso), Lansana Conté (Guinée), feu Gnassingbé Eyadema (Togo), Ould Taya (Mauritanie), ect., ont été réélus continuellement, faisant de l’élection une simple formalité. Mais la liste se rétrécit : Eyadema est mort au pouvoir, Taya victime d’un coup de force et Conté en proie à une vive contestation populaire. À qui le tour ?
Par contre, si des modifications constitutionnelles ont été opérées dans plusieurs pays, dans d’autres, le président a pu céder à la tentation, faisant à cet effet signe de maturité politique : Mathieu Kérékou (Bénin), Olusegun Obasanjo (Nigeria).

Par ailleurs, on a remarqué que la réalisation de l’alternance politique – un des terreaux de la démocratie – ne suffit pas à épargner les acteurs dynamiques de la société de dérives autoritaires. Dans la plupart des cas, le régime porté au pouvoir par une coalition avec l’aide de la presse privée et de la société civile, supporte mal les critiques formulées par ces acteurs à son égard dans une période post-alternance. Face à la reconduction des mêmes pratiques politiques malgré le changement de majorité, certains acteurs politiques et médias ayant contribué à la réalisation de l’alternance politique prennent du recul par rapport au régime nouvellement installé, une attitude que celui-ci a tendance à considérer comme une ‘‘trahison’’. D’où son entêtement à vouloir les brimer. Aussi, dans des pays assimilés à des « puissances symboliques ou démocratiques comme le Botswana et le Sénégal, les pressions exercées par le pouvoir politique à l’égard des partis d’opposition, de la presse privée et des mouvements civiques entre 2000 et 2006 ont comporté, de temps à autre, des pratiques qui rappellent celles des dictatures civiles ou militaires.

La révolte populaire que l’on pensait avoir étouffée à jamais lors des transitions démocratiques des années 1990, est réapparue en Guinée, pays dirigé depuis 1984 par un ancien chef militaire ayant substitué l’uniforme au boubou africain, et dont la gestion politique s’appuie exclusivement sur la distribution permanente de ressources et de « primes de savons » aux officiers, la répression ainsi que le contrôle de l’administration. Personne ne pouvait prévoir l’ampleur de la contestation de janvier/février 2007 qui a débuté sur une simple grève de syndicats munis de revendications corporatistes pour prendre ensuite l’allure d’un soulèvement populaire d’une exigence politique rare : le départ du président de la République. Pourtant, le régime guinéen semblait être plus exposé à une subversion, un coup d’État suite à plusieures tentatives manquées. On peut voir dans cette révolte, la première forme de concrétisation de la célèbre phrase de mise en garde adressée aux chefs d’État ayant rempilé au pouvoir par la représentante de la jeunesse africaine lors du sommet France-Afrique de Bamako de 2005 : « si les politiques ne s’occupent pas de la jeunesse, le vent du changement conduira à s’occuper des politiques » . Le vent du changement a soufflé contre le régime de Conté qui a plié mais n’a pas encore rompu. Il continue de tenir dans un climat toujours délétère. Mais pour combien de temps ? Contre quel autre régime africain le vent va-t-il souffler demain ?

Toute interprétation axée sur des tendances dominantes exclut du champ de réflexion, minimise délibérément des cas particuliers, offusque une parcelle de ce que l’on devrait savoir sur le tout. En voulant toujours généraliser, l’idée que l’on se fait de l’Afrique risquerait d’être en décalage avec les réalités particulières qui font l’Afrique qui est un tout pluriel abritant le plus grand nombre d’États, de systèmes politiques hétérogènes. Ces derniers ne marchent pas toujours au même pas encore moins dans la même direction. Dans l’effort d’intelligibilité de leur fonctionnement et de leurs orientations, la prudence et le relativisme s’y imposent comme exigences bien que ces deux critères ne soient pas suffisants pour être à l’abri du risque de passer sous silence certains faits en apparence insignifiants mais pourtant fondamentaux parce que participant des réalités sociopolitiques que l’on tente d’éclairer.