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L'ETHIQUE AUJOURD’HUI

Publié le, 13 février 2007 par

Par Kéba Mbaye , *Ancien Président de la Cour suprême Ancien Président du Conseil constitutionnel Ancien Président de la commission d'éthique du CIO

‘Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle’, avait dit Amadou Hampathé Bâ. Le regretté Kéba Mbaye, est de ces illustres qui emportent, toujours, dans leur tombe une partie de ce que l'Humanité aurait souhaité qu'ils lui léguassent. Heureusement, par la magie des archives, Wal Fadjri a pu se procurer la copie d'une allocution, la dernière, peut-être, que Kéba Mbaye a eu à prononcer en public. C'était à l'occasion de la rentrée académique 2005-2006. L'Université avait porté son choix sur l'ancien Président de la Cour suprême pour prononcer le cours inaugural. ‘L'éthique, aujourd'hui’, était le thème de ce cours. " Tout à l'heure en entrant dans la salle, j'ai cru déceler un certain regard, une interrogation. Pourquoi cette mise ? J'emprunte le mot ‘mise’ au vocabulaire d'un humoriste congolais, Joe Ballard.

Un jour, il est venu à Dakar et un journaliste lui a posé la question suivante : ‘Pourquoi vous vous faites appeler Docteur alors que vous n'avez jamais fait d'études ?’ Il a répondu : ‘c'est parce que je soigne ma mise’. Monsieur le Recteur, Monsieur le Doyen, j'ai soigné ma mise pour répondre à l'honneur que vous me faites. Et dont vous venez de donner, Monsieur le doyen, un témoignage exceptionnel. Monsieur le ministre de l'Education nationale, une nouvelle fois, nos chemins se croisent en moins de deux ans, dans une cérémonie que vous présidez.

J'ai toujours plaisir à vous rencontrer. Parce que vous êtes un homme intelligent et bien élevé. J'ai déjà dit et je répète que j'ai toujours suivi, avec beaucoup d'intérêt votre cursus-alors que vous étiez jeune étudiant - et vos efforts, pour devenir ce que vous êtes, pour parler comme Nietzsche, un professeur éminent et un homme d'Etat de qualité. Vous avez parlé de moi avec une gentillesse et une bonté que l'on réserve généralement aux morts.

Si je ne connaissais l'affection que vous me portez, j'aurais été tenté de bomber le torse et de tomber dans un narcissisme qui m'a jusqu'alors épargné. Je vais me venger en disant, oh, non pas tout le bien, mais, une partie du bien que je pense de vous. Vous êtes parmi les cadres sénégalais qui ne se contentent pas de liquider les affaires courantes ou qui se servent au lieu de servir.

Vous êtes plutôt de ceux, rares hélas, qui s'évertuent à inventer des voies et moyens susceptibles d'améliorer les biens et les services de l'Etat qui leur sont confiés et d'ouvrir les clos, pour parler comme Bergson. Connaissant vos capacités intellectuelles et votre détermination, je suis rassuré et persuadé que vous réussirez, avec l'aide de Dieu, M. le Doyen de la faculté des sciences juridiques et politiques, vice-président de l'assemblée de l'Ucad.

Vous avez gagné le prix de l'applaudimètre. Pendant un moment, en vous écoutant, j'ai cru que vous parliez d'une autre personne que moi. Tellement vous avez su apporter, par un langage d'une rare élégance, par beaucoup d'éloquence, tant de dorures aux modestes mérites que Dieu a placés sur mon chemin et que je me suis contenté de me baisser pour ramasser. Merci, M. le doyen pour autant de gentillesse et de générosité.

Vous formez avec d'autres professeurs et membres du corps administratif de l'Ucad, autour de M le Recteur, le mur de soutien intellectuel et moral qui protège ses efforts et fortifie ses succès. Je voudrais que vous me permettiez de remercier deux personnes, indisciplinées du reste. Ce sont deux de mes collaborateurs qui sont venus de Lausanne pour assister à cette leçon alors que je leur avais dit de ne pas le faire.
Il s'agit d'une part de notre compatriote Ousmane Kane, magistrat de son état, premier conseiller du tribunal arbitral du sport et de M. Schabach Benam, iranien de nationalité, diplomate de formation, secrétaire permanent de la commission d'éthique.
M. le Président du Conseil de la République pour les affaires économiques et sociales (Craes), Messieurs les Ministres d'Etat, Messieurs les Ministres (...), l'année dernière l'université avait demandé à un professeur, l'historien Boubacar Barry de prononcer la leçon inaugurale.

L'année d'avant, c'est un autre professeur, doublé d'un homme d'Etat, Me Abdoulaye Wade qui avait été choisi. L'invité de cet après-midi n'est ni professeur ni homme d'Etat. Vous savez, le professeur est le serviteur de la science et l'homme d'Etat l'otage de la prudence. Ce sont des situations contraignantes pour l'un comme pour l'autre. Elles sont toutes deux réductrices. Car, elles sont filles de la fidélité. La fidélité est obligatoirement réductrice. Parce qu'elle postule au choix. Et fatalement, comme dirait André Gide, le rejet de ce que l'on ne choisit pas. Elle limite et canalise ici fidélité que l'on doit au vrai, le professeur, et là, fidélité que l'on doit à la vérité : l'homme d'Etat. En effet, le professeur est un soldat de la raison et l'homme d'Etat, le porte-parole du peuple donc de l'opinion. Le premier s'évertue à ne pas sortir du chemin de la science. Le second porte le fardeau du souvenir de ses promesses que ses électeurs conservent précieusement dans leur mémoire.

L'Etat a la chance de pouvoir ignorer à la fois la science et l'opinion. L'inviter à prononcer une leçon inaugurale dans ce sanctuaire de la pensée et de la parole, c'est courir un risque. Surtout s'il se trouve que l'invité en question a atteint un âge canonique où, selon certains Oulémas, Dieu lui-même est indulgent à son égard. Conséquence, les hommes n'ont pas d'autres choix que de fermer les yeux et les oreilles sur ses erreurs de pensée et d'expression. Mais rassurez-vous, M le Recteur, je m'arrangerai pour qu'à la fin de cette leçon, nous ne soyons pas convoqués vous et moi à la Dic (Division des investigations criminelles, Ndlr).

Mais, il me faut parler un peu du sujet que j'ai à traiter. Quand M. le Recteur m'a demandé de prononcer la leçon inaugurale, je n'ai pas accepté, je dois le confesser. Mais on ne peut rien lui refuser parce qu'il est très habile. Il a parlé tout à l'heure de Mariette Diarra et de Charles Turpin parce qu'il est passé par son épouse et mon neveu pour m'obliger à accepter. Mais, je ne le regrette pas, croyez-moi ! Après que j'ai accepté, il m'a demandé : ‘qu'est-ce que vous allez traiter comme sujet ?’.

Vous savez, quand on a exercé certaines fonctions et qu'on a pris un certain âge, on vous mêle à tout : conférence, colloque, symposium, etc. Et au bout d'une dizaine ou une vingtaine d'années, vous avez dans votre gibecière des centaines de sujets que vous pouvez sortir comme un prestidigitateur, un lapin, pour parler en public. Alors je lui ai dit, puisque je suis président de la commission d'éthique du Cio, que j'ai appartenu au comité international de bioéthique de l'Unesco et que même j'ai travaillé à la commission juridique qui a fait la déclaration internationale sur le génome humain et les Droits de l'homme, alors je lui ai dit : l'éthique. Il m'a dit : c'est très bien. Vous savez, j'ai quelque fois envie de passer un certificat de chimie, je suis sûr qu'il (le Recteur, Ndlr) m'aurait admis. Chaque fois que je lui en parle, il me dit : c'est très bien. Je me suis rendu compte que l'éthique, c'est un sujet extrêmement vaste. Alors, je lui ai dit, M le Recteur, le sujet est très vaste. Il m'a dit oui, vous avez raison. Je lui ai dit, j'ai envie de le formuler autrement.

J'ai envie de dire ‘l'éthique, aujourd'hui’. Il m'a dit : c'est parfait. Ainsi, le sujet que j'ai à traiter est au centre de la vie de notre pays, de notre continent et du monde entier. ‘L'éthique aujourd'hui’ est un sujet essentiel. C'est un sujet grave. Même si chacun se dépêche d'en parler pour éviter qu'on lui reproche de l'ignorer.
Notion inséparable de la condition humaine, elle a acquis une importance exceptionnelle pour l'humanité. Mais ne vous attendez pas à ce que je suive à la lettre la tradition des leçons inaugurales, avec un langage ésotérique, aux accents savants avec un discours devant servir aux étudiants ou aux assistants à effacer certaines difficultés de leurs examens ou de leurs concours et aux jeunes chercheurs à trouver des voies pour affiner leur découverte. Il me faut tout juste rappeler brièvement la pensée philosophique et essayer de camper la conception et le rôle moderne de l'éthique en y cherchant ce que je crois être bon pour notre nation.

Trois idées, me semble-t-il, méritent des commentaires, après que j'ai décrit la situation telle qu'elle m'apparaît au bout de ma lorgnette, peut-être, un peu déformante. Les trois idées s'expriment ainsi : Un, les anciens ont de l'éthique une conception multiforme qui nourrit encore les joutes intellectuelles savoureuses des philosophes. Deux, de nos jours, l'éthique est toujours présente avec un nouveau contenu. Malheureusement, ce contenu est davantage ignoré que respecté. Trois, l'éthique devrait être adoptée par notre pays comme la mesure de toute chose. Car, accompagnant le travail, elle est la condition sine qua none de la paix sociale, de l'harmonie nationale, de la solidarité et du développement".

« Source : Wafadjri site Internet www.walf.sn »