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Une crise politico-militaire secoue la Casamance depuis 1982. Notre collaborateur apporte des éléments d'analyse pour éclairer la lanterne de nos lecteurs sur les causes réelles du conflit de basse intensité qui se déroule dans cette partie méridionale du Sénégal.

Par Dr Lamine Diédhiou, écrivain sociologue - dingassli@yahoo.fr

Québec , Canada - Cela fait près vingt six ans que la Casamance, la région la plus humide et la plus touristique du Sénégal, est agitée par un conflit sécessionniste dirigé par le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC). À l'origine de ce conflit, il y a plusieurs causes dont la distribution des parcelles viabilisées à des Sénégalais venus du Nord au détriment des autochtones lors du lotissement de la ville de Ziguinchor au milieu des années 1970. Il y a aussi le "choc des cultures" entre les populations autochtones fortement attachés à la religion animiste malgré leur conversion au catholicisme ou à l'islam et la frange halogène, notamment les Wolofs, qui ont massivement émigré en Casamance pour fuir les sécheresses récurrentes qui ont frappé les régions du Nord au début des années 1970.

Débarquées en Casamance comme sur un Hinterland, les "Nordistes" ont défriché les forêts et cultivé l'arachide à la place du riz et du fonio. Ils ont monopolisé également les secteurs clefs de l'économie, notamment le commerce et le tourisme, en même temps qu'ils imposaient leur langue, leur religion et leurs valeurs mercantiles à des populations longtemps réticentes à entrer dans les logiques formelles de l'économie monétaire. Le sentiment de domination et d'exclusion qui naquit de ce choc des cultures a débouché sur un mouvement d'humeur des Casamançais. À la fin des années 1970, ce mouvement avait déjà gagné les jeunes lycéens, les clubs de sports, les organisations de quartiers et les associations de villages dont les agitations fébriles mêlaient besoin d'affirmation et revendications identitaires.

En 1982, le MFDC organise une grande manifestation en occupant la gouvernance de Ziguinchor, la capitale régionale de la Casamance. Sous la direction de l'abbé Augustin Diamacoune Senghor, il réclame bruyamment le droit pour les Casamançais de former un pays séparé du Sénégal. La réaction du gouvernement sénégalais a été brutale. L'armée réprime violemment les indépendantistes et procède à de nombreuses arrestations. Un an plus tard, quand de nouveaux troubles éclatent et que la répression est à nouveau à son comble, les indépendantistes se retirent dans le maquis et déclenchent la lutte armée. L'abbé Diamacoune est arrêté une première fois et traduit en justice pour atteinte à la sûreté de l'Etat avant d'être libéré, lui et plusieurs de ses codétenus, par une loi d'amnistie générale décidée par le président socialiste de l'époque, monsieur Abdou Diouf.

Contre les indépendantistes, Diouf alterne répression et négociations, sans grand succès. En mars 2000, il quitte le pouvoir, battu par une alternance politique dirigée par le libéral maître Abdoulaye Wade. Dans l'euphorie de sa marche triomphale vers le palais présidentiel, Wade promet de régler le dossier casamançais en cent jours. Dès qu'il s'installe à la tête du pays, il rompt avec la "Méthode Diouf" en exerçant un contrôle plus systématique sur l'armée dont il réprime la brutalité excessive et démembre la structure organique en nommant, à la fois, un général qui répond directement à ses ordres et un ministre issu de l'ethnie diola, la principale ethnie de la Casamance.

Wade réduit également le nombre d'intermédiaires dans le dossier casamançais dont il contrôle la gestion. Il noue des contacts directs avec l'aile modérée du mouvement indépendantiste basée au Sud-Ouest. Il coupe les vivres à l'aile radicale basée au Nord et à l'extrême sud de la région. Dans sa gestion de ce dossier, il écarte la Gambie et la Guinée-Bissau, deux pays qu'il accuse de servir de base arrière aux indépendantistes. Plus tard, il collabore avec la société civile en permettant à la Rencontre africaine des droits de l'homme, au Collectif des cadres casamançais, au Groupe de réflexion et d'action pour la paix en Casamance et aux femmes féticheurs de s'impliquer activement dans la recherche de la paix. En décembre 2004, il se déplace lui-même jusqu'à Ziguinchor pour observer la signature de l'accord de paix - le cinquième du genre depuis l'éclatement du conflit - que les rebelles du MFDC ont signé avec son gouvernement.

Ce jour là, le puissant maire socialiste de Ziguinchor, Robert Ragna, qui connaît bien sa région pour avoir plusieurs fois supervisé le dossier casamançais en tant que ministre de Diouf, n'a pas remué sept fois sa langue avant de qualifier ces accords d'"accords de plus". Devant le président Wade qui ne pouvait souffrir que son adversaire politique dans la région en vienne à ternir le cadeau qu'il voulait offrir au monde à la veille du nouvel an, Wade tance ouvertement le maire en lui rappelant qu'entre "son" accord à lui et les accords de son prédécesseur socialiste, il y a bien une différence qui réside à la fois dans la souplesse et la vigueur des gestes qu'il pose au profit de la réconciliation nationale. Wade avait-il raison ? Seule l'évolution de la crise permettra plus tard de répondre à cette question lancinante.
Il faut dire que depuis son arrivée au pouvoir en 2000, les armes ne se sont pas tues en Casamance même si, il faut le reconnaître, les affrontements directs entre militaires et rebelles maquisards ont baissé d'intensité. Encore que sur ce point, il est difficile d'affirmer, hors de tout doute raisonnable, que l'accalmie constatée sur le front militaire soit directement attribuable à la stratégie du gouvernement libéral. Le conflit casamançais est en réalité un conflit qui alterne des épisodes d'accalmie et de violence qu'il faut toujours se garder de considérer comme irréversibles.

Le 30 décembre dernier par exemple, après qu'on ait retiré l'armée sénégalaise des points sensibles, le sous-préfet de l'arrondissement de Diouloulou, monsieur Gorgui Séne, meurt à l'hôpital régional de Ziguinchor des suites de blessures par balles infligées au cours d'une embuscade tendues par des éléments supposées appartenir au MFDC à environ 50 kilomètres au nord-ouest de Ziguinchor. Aussitôt, des voix s'élèvent dans la presse et l'opinion publique nationale pour réclamer la remilitarisation de la Casamance et le redéploiement des troupes dans les endroits que l'armée avait quitté sous le mirage d'une paix rêvée. Braquages de véhicules sur les principaux axes routiers de la région, attaques de civiles constamment dépouillés de leurs biens, détournement de la taxe rurale par l'aile armée du MFDC, marche des gardiennes des bois sacrés pour réclamer la paix, grèves scolaires sur fonds de revendications identitaires, kidnappings et assassinat d'autorités de l'État, toute cette kyrielle d'actes macabres qui se répètent d'année en année témoignent que la "Méthode Wade" de résolution des conflits bute au même tendon d'Achille que celui du gouvernement Diouf.

Les signes avant coureurs de ce regain de tensions étaient pourtant très perceptibles au moment de la signature des derniers accords de paix à Ziguinchor. Outre l'absence remarquée de l'aile radicale du maquis, les combattants des fronts "nord" et "sud" ont fait savoir à qui voulait les entendre que ces "prétendus accords" ne les concernaient pas et que non seulement ils ne désarmeront pas mais qu'ils ne cantonneront pas leurs combattants. César Atoute Badiate, le chef du Front sud de Kassolol, a réaffirmé au peuple casamançais, que "l'option indépendantiste est un droit réel, absolu, imprescriptible, non négligeable" et qu'il appelle, jusqu'à la "libération nationale" de leur "pays", tous les casamançais à "continuer à endurer les souffrances que leur inflige l'Armée d'occupation" sénégalaise. Cette libération, Badiate l'avait prédit comme "longue" et difficile mais inéluctable compte tenu de la justesse des revendications des Casamançais et des "erreurs" historique que le président Wade a commis en maintenant, comme son prédécesseur, l'abbé Augustin Diamacoune Senghor "prisonnier à Ziguinchor de l'État du Sénégal". Salif Sadio le chef d'Atika, la branche armée du MFDC, a enfoncé le clou lors d'une entrevue choque qu'il a faite à Sud-FM le 17 octobre 2004 en se déclarant : "Je reviendrai à la maison après avoir chassé le Sénégal de la Casamance".

Faut-il mettre au compte de la division du MFDC ces "reniements" spectaculaires du "Chef" Diamacoune par des troupes qui lui clament pourtant leur fidélité ? Il est vrai qu'au fil du temps, le MFDC est déchiré par des querelles de leadership aux revendications parfois très confuses et très mal articulées. Organisé en "ailes intérieures" et en "ailes extérieures" mais aussi en "ailes civiles" et en "ailes combattantes" elles-mêmes subdivisées en "Front Nord" et en "Front Sud" qui se battent parfois au gré de leurs humeurs, il reste quand même une structure globale dont l'éclatement de l'autorité coïncide parfaitement bien avec l'anarchie du pouvoir dans la société traditionnelle diola.

L'erreur que le président Diouf a commis tout au long de son mandat est de penser que le Sénégal peut tirer un bénéfice quelconque en instrumentalisant les sous-clivages ethniques et religieux qui caractérisent la galaxie rebelle. Cette stratégie a eu comme effet d'accentuer le démembrement du mouvement séparatiste et l'éclatement des pôles de décisions qui minent aujourd'hui tout dialogue constructif à la paix. Si le Sénégal peine à se réconcilier avec le maquis casamançais, si les négociations qui devraient logiquement se poursuivre à Foudiougne après avoir commencé en mars 2004 ont été plusieurs fois ajournées, si objectivement on continue de se chercher dans l'ombre de ce conflit, c'est parce que les interlocuteurs du maquis croient que l'abbé Diamacoune, de sa résidence surveillée à la place Jean-Paul II, est soumis à la pression des autorités gouvernementales sénégalaises et n'agit pas de son plein gré.

Vrai ou faux, on ne le saura jamais assez. Tout ce qu'on sait par contre avec certitude c'est que lors de la signature des accords passés, les longues conciliabules et les atermoiements des acteurs ont vite dégénéré en querelles frontales entre d'une part le maire Robert Sagna et le président Abdoulaye Wade et, d'autre part, le général Abdoulaye Fall, chef de l'État major particulier du président de la république et Mame Birame Sarr, le gouverneur de la région de Ziguinchor. Accusant Diamacoune d'être de connivence avec le gouverneur, la rumeur avait laissé entendre que le retard de la cérémonie de signature du protocole d'accords était dû au fait que le vieux prélat avait préparé un "contre-accord" secret assorti d'un discours souverainiste en seize points dans lequel il reprenait point par point les revendications séparatistes des maquisards. Quelques mois après ces incidents, le gouverneur Sarr fut relevé de ses fonctions pour des raisons non encore élucidées.

À cela est venu s'ajouter le fait que le gouvernement de Wade ne tolère plus aucune remise en cause de sa feuille de route dans ce dossier. En août 2000 et novembre 2004, Mamadou Diallo et Alioune Cissé, deux correspondants sénégalais des journaux Le Matin et Le Quotidien, avaient failli subir la foudre du régime en transgressant les normes fixés par l'État. Après avoir publié, le premier, un article dans lequel il évoquait un possible trafic d'armes entre la Russie et le maquis casamançais via la Guinée-Bissau et, le second, la liberté de mouvement accordée par le gouvernement aux indépendantistes casamançais à Ziguinchor, ils furent entendus par les autorités policières et judiciaires sénégalaises. En octobre 2003, la correspondante de Radio France International (RFI), Sophie Malibeaux, fut expulsée du Sénégal après avoir diffusé une entrevue d'un membre dissident du mouvement indépendantiste qui dénonçait les accords de paix signés à Ziguinchor. Le 17 octobre 2005, le gouvernement sénégalais perquisitionne les locaux de la station de radio Sud-FM de Ziguinchor et ordonne derechef l'interdiction du journal du groupe. Quelques jours plus tard, il ferme tout le réseau au Sénégal et en Gambie voisine.

Il est difficile de dire si ces incidents s'expliquent par le divorce consommé entre le gouvernement de Wade et la presse ou par la volonté manifeste du président lui-même de vouloir interdire aux journalistes d'interférer dans les "dossiers chauds" qui agitent le landerneau politique au Sénégal. Tout ce qu'on peut dire avec certitude pour le moment, c'est que le dossier casamançais fait du surplace depuis les années 1990. Et s'il fait du surplace, c'est parce qu'en partie les méthodes de gestion de ce dossier, même si dans leurs formes globales elles diffèrent d'un gouvernement à l'autre, ont un dénominateur commun qui est l'obsession des faucons du régime à vouloir coûte que coûte enterrer la rébellion. Que leur reste-t-il d'autres à faire pour arriver à leurs fins ? En attendant que l'avenir nous le dise de manière un peu plus claire, la Casamance - un peu comme Sisyphe - demeure toujours condamnée à pousser le rocher de la paix jusqu'au sommet de la montagne avant de le regarder, impuissante, retomber tranquillement sous ses pieds.