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LES DESSOUS DE L’ACTIVISME DE LA CHINE EN AFRIQUE

Publié le, 12 décembre 2005 par

Par Dr Abdou FALL*, Correspondant permanent à Toulouse
abdoufall@hotmail.fr


Avec la récente reconnaissance de la Chine populaire par le Sénégal et sa rupture simultanée avec Taiwan, il ne reste plus que six pays africains à entretenir des relations diplomatiques avec Taipeh : Le Burkina Faso, la Gambie, le Malawi, le Swaziland, Sao Tomé et Principe et le Tchad. Il semblerait tout de même que certains d’entre eux entretiennent des « contacts » avancés avec la grande Chine.

Nonobstant ce qu’on a appelé la « diplomatie du carnet de chèques » qui a consisté pour Taiwan au financement de nombreux projets et autres infrastructures sociales dans les pays en développement d’Afrique[1] , les 49 autres ont choisi de faire cavalier avec la Chine continentale, qu’il s’agisse de raisons idéologiques, économiques ou plus globalement stratégiques en terme de partenariat alternatif. Si l’on a mesuré les avantages comparatifs escomptés dans le cas du Sénégal (voir par ailleurs), il est tout aussi important de savoir ce qui, en dehors de sa volonté de discréditer sur la scène internationale les prétentions de la petite île de Formose, motive aujourd’hui l’activisme africain de la Chine, et donne au final des allures d’un partenariat aux auspices de win-win[2] .

La Chine depuis une quinzaine d’années pose les jalons de son nouveau statut de puissance globale, non plus circonscrite dans une région ou dans un domaine d’activité, mais embrassant l’ensemble des secteurs économiques et stratégiques et la totalité du globe. Le continent africain fait aujourd’hui partie d’un dispositif diplomatique bien circonscrit, même si officiellement Pékin ne reconnaît pas dans son discours politique de « zones préférentielles ». On peut toutefois, au regard des faits, constater qu’il existe aujourd’hui une véritable stratégie chinoise en Afrique.

Les autorités chinoises ont en effet élaboré au milieu des années 1990, au terme de ses rencontres inter-agences d’évaluation et de prospective, une réflexion stratégique qui faisait de l’Afrique un maillon important de sa projection sur la scène internationale. D’autant plus que dans le même temps, la plupart des pays africains étaient ou en conflit (Angola, Soudan…) et/ou stigmatisés par leurs partenaires occidentaux et les institutions internationales pour fait de mal-gouvernance. La Chine pour sa part, allait trouver un double intérêt à ce « nouveau » partenariat, en terme de débouchés économiques d’une part, en terme de projection diplomatique, d’autre part.

Le volet économique emporte un intérêt certain, en ce que l’accès aux matières premières, pétrolières essentiellement[3] , lui permettent de diversifier ses sources d’approvisionnement et de réduire sa dépendance énergétique de la Russie (on se souvient des implications douloureuses de la rupture intervenue dans les années 60) ou les effets d’un éventuel « energy containment » américain, du fait de sa main-mise sur les ressources du Moyen-Orient, région qui lui fournissait jusqu’à 56% de sa consommation. Dès lors, le pétrole africain devient un objet de convoitise. A cet effet, la société d’exploration pétrolière SINOPEC et la CNPC (Chinese National Petroleum Corporation) sont devenues les deux instruments primordiaux dans l’installation de la Chine sur le continent africain.

On peut y rajouter l’Eximbank comme outil complétant le dispositif financier chinois sur ce registre. Si la Pékin était déjà présent sur des secteurs comme la santé ou les télécoms depuis une trentaine d’années déjà, son intrusion dans le secteur pétrolier prend de plus en plus d’importance, eu égard à une demande intérieure en forte progression (8 à 10% de la consommation mondiale ; cette importance explique d’ailleurs en partie la flambée des prix du brut). Aujourd’hui, 20% des importations chinoises de pétrole proviennent d’Afrique subsaharienne -dont 11% de l’Angola qui devient son 2e fournisseur derrière l’Arabie Saoudite (13%) et devant la Russie (10%). Un pays comme la Guinée équatoriale, troisième producteur de brut d'Afrique subsaharienne, vient juste de lui ouvrir, en octobre dernier, les portes de son juteux marché pétrolier jusque-là presque exclusivement aux mains des compagnies américaines[4]. Au total, l’Afrique est devenue un vrai réceptacle économique pour la Chine, et leurs échanges économiques a triplé en quelques cinq années, pour se chiffrer à près de 30 milliards de dollars.

En sus de cet intérêt économique, Pékin a pris conscience de l’enjeu numérique et symbolique que constitue l’Afrique sur la scène internationale. L’appui de ces pays (49 pays concernés) au sein des organisations internationales peut contribuer en effet à impulser une plus grande dimension diplomatique à Pékin, en rapport avec son nouveau statut de grand du monde. C’est à cet effet qu’il a poussé à la création de structures de concertation, notamment le CACF (China-Africa Cooperation Forum), dont le premier sommet s’est tenu en 2000 à Pékin[5], la Chambre de commerce sino-africaine, qui en plus de son siège dans la capitale chinoise, dispose de cinq représentations sur le continent africain…

Aussi en retour, Pékin ne manque aucune occasion pour réclamer à la faveur de l’Afrique, l’instauration d’un « nouvel ordre international plus juste et démocratique » -et où la Chine aurait un rôle conséquent, ce que Drew THOMPSON appelle le « paradigme de la globalisation qui la favorise[6] »- ou encore de fustiger l’ingérence dans les affaires intérieures, toutes choses qui ont l’heur de plaire aux dirigeants du continent et d’être en phase avec la rhétorique séduisante de la Renaissance africaine. Faut-il d’ailleurs souligner à ce propos que l’Afrique du Sud, dont le Président, Thabo Mbeki est aujourd’hui le parangon de ce discours, est le premir partenaire économique de la Chine (voir par ailleurs). Aussi, en tant que « plus grand pays du Tiers-Monde », la Chine essaie de se positionner comme le principal porte-parole de cette frange de l’humanité et la tête de pont des « luttes de libération nationale » du moment. Le « Look East Policy», développé par Mugabe face aux pressions de ses partenaires classiques l’accusant de certaines dérives politiques, plus qu’un slogan, tend à devenir une réalité diplomatique alternative sur le continent africain. Un grand bond en avant qui préfigure une guerre froide économique à venir …

[1]: En considérant l’exemple du Tchad, la coopération avec Taiwan a permis, depuis huit ans, de financer de multiples infrastructures ; et de 1997 à 2005, les projets réalisés dans divers domaines sont évalués à plus de 86 milliards de FCFA.
[2]: AICARDI DE SAINT-PAUL M., « La Chine et l’Afrique, entre engagement et intérêt », Géopolitique africaine, n° 14, Paris, Printemps 2004.

[3]: D’autres ressources, également importantes, entrent en ligne de compte, qu’il s’agisse du cuivre, du fer, de la bauxite, du cobalt, du charbon, du manganèse, de l’uranium ou encore du bois dont 60% de la production africaine est acheminées vers ce pays.
[4]: Outre ExxonMobil, Marathon Oil, Chevron-Texaco, Amerada Hess Triton, Vanco Energy et Devon Energy sont présentes dans ce petit pays du golfe de Guinée. Quelques rares autres compagnies étrangères comme l’espagnole Repsol ou la malaisienne Petronas y concourent.
[5]: Il a été créé en marge de ce forum un Fonds de Développement des Ressources Humaines pour l’Afrique. C’est ainsi que quelques dix mille Africains sont actuellement en cours de formation à Pékin.
[6]: « Economic Growth and Soft Power : China’s Africa Strategy », China Brief, Vol. 4, Issue 4, University of Pensylvannia, December 2004.

* M.Abdou Fall, est Docteur en Science Politique
Chargé d’Enseignements et de Recherches
Institut d’Etudes Politiques (IEP) de Toulouse &
Ecole de Journalisme de Toulouse (EJT)