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Hamidou Dia, philosophe, écrivain
Président du club des 121
www.manifestedes121.com

Par El Hadji Gorgui Wade NDOYE

Ils ont décidé de se réunir en ce mois de novembre 2005 autour du thème : « les élites sénégalaises face à leur responsabilité». Jean Paul Sartre, le compaganon de Simone de Beauvoir, avait regroupé en son temps des intellectuels de renom pour dire « Non à notre nom » face à la France des Lumières, qui avait dangereusement sombré dans les ténèbres en menant une politique génocidaire en Algérie.

On était en pleine guerre d’Algérie. Aujourd’hui, le Sénégal, vitrine de la démocratie ouest - africine, inquiète plus d’uns. Le pouvoir d’Abdoulaye Wade ne semble plus répondre aux aspirations de la plupart des Sénégalais qui rêvaient d’un avenir meilleur après la chute inespérée d’Abdou Diouf. Le pouvoir a emprisoné un ex- premier ministre sans jugement, l’accusant de fraudes et d’atteinte à la sûreté de l’Etat, ordonné la fermeture de la première station - radio privée du pays ( Sud – Fm), emprisonné un journaliste, avant de revenir sur ces décisions. De même le Fils du Président menace des journalistes qu’il accuse de diffamation. Youssou Ndour dont le Groupe de presse est aussi visé, en appelle à l’arbitrage du Chef de l’Etat. Mais Karim, le fils de Maître Wade, veut un procès pour laver son honneur.

Des confrèries religieuses dénoncent le parti pris de l’Etat qui ne respecterait plus un certain équilibre. En tous les cas, à chaque fois que quelqu’un est agressé, les regards sont tournés vers le pouvoir. Inédit. La presse sort des éditoriaux en commun pour dénoncer le « Monstre ». La société civile, veut jouer pour sa part un rôle de médiation car si la pirogue « Sunugal » chavire, le peuple croule en entier. Dans une interview exclusive, Le manifeste des 121, se dévoile et donne son regard sur le Sénégal d’aujourd’hui.

M. Dia, comment est né le manifeste des 121 et pour quels objectifs?

« Le manifeste est né d’un double constat a) le rétrécissement de l’espace public dominé par le face à face presse/classe politique b) un affaissement sans précédent de la pensée, de la réflexion prospective au profit d’une rhétorique inane sur fond d’anathèmes, d’insultes et d’exclusion et d’une herméneutique (interprétation) malsaine de l’arrière pensée. Le tout sur fond de crise de la pensée et des valeurs, de logiques obliques de salut individuel.
Son but est de restaurer en le réhabilitant le débat d’idées ; de participer à l’édification et à la construction nationale ; de promouvoir les idéaux de la République et de la Démocratie ; de contribuer à la paix et à la stabilité du pays en imaginant des mécanismes efficaces de médiation. Et surtout, de réconcilier nos élites, souvent extraverties, avec elles-mêmes et avec le Peuple»

Vous parlez du rétrecissement de l'espace public dominé par un face à face Presse/classe politique. Quelles sont vos raisons, remarques, est - il possible de trouver un terrain d’"entente" entre ces deux pouvoirs?

« Il y a effectivement aujourd’hui un rétrécissement de l’espace public principalement dominé par un face à face Presse/classe politique et singulièrement le Pouvoir ; face à face caractérisé justement par le conflit. La fermeture récente du Sud est un moment culminant de ce conflit. Par parenthèse, sans se prononcer sur le fond de l’affaire, la manière dont les pouvoirs publics s’y sont pris me paraît inadmissible : chaque fois qu’on s’attaque à la presse, on blesse la démocratie de quelque manière.

Un terrain d’entente n’est possible que sur la base de la responsabilité (il n’ y a pas de liberté sans responsabilité, ni de droit sans devoir). La presse doit assumer toutes ses responsabilités, se refuser de se faire l’écho des rumeurs ; vérifier et recouper ses informations ; ne pas attenter de manière inconsidérée à la vie des gens ; privilégier l’information par rapport au commentaire ; participer à l’édification d’une citoyenneté éclairée ; se refuser à des commentaires tendancieux ou « encadrés » ; ne rien dire que puisse mettre l’huile au feu et menacer les fragiles équilibres de la société. Il faut qu’elle accepte qu’elle n’est pas sans tâches et se remettre en cause, sans corporatisme, sur des pratiques dont elle estime qu’elles peuvent menacer sa crédibilité et sa mission ; accepter qu’elle n’est pas au dessus de la loi commune. Pratiques qui ne sont généralisables à toute la presse. Heureusement.

Par ailleurs les pouvoirs publics doivent prendre conscience que la presse joue un rôle essentiel dans la démocratie ; qu’elle participe à son édification puisqu’il n’y a pas de démocratie sans pluralisme, notamment de la presse. Une presse aux ordres serait un recul. Une presse libre parce que responsable et un pouvoir respectueux de la liberté de la presse pourrait, avec des hommes et des femmes de bonne volonté, constituer les bases d’un consensus». Et dans tous les cas respecter l’Etat de droit dans lesquels l’Etat est lui-même soumis aux règles communes.

Quel est votre regard sur la situation actuelle du Sénégal ?

« Violence économique, violence du contrôle social, tentations de repli communautaire, velléités ethnicistes, tensions sociales de toute sorte, exacerbations religieuses, justice chétive, viol réitéré de la vie privée, haine de soi, recherche frénétique de l’argent facile - celui –là qui corrompt et pourrit les consciences - , mauvaises passions, agressions verbales répétées, incivilités renouvelées, impudentes et banalisées sur nos routes et dans nos comportements, monologues croisés et terroristes sur fond d’anathèmes et d’excommunication qui font litière de tout dialogue, logiques obliques de salut individuel recouvertes d’aphorismes frauduleux, bruyants et vains sont en passe de devenir notre pain quotidien.

Et la résurgence de la violence politique n’en est que l’écume. Dans cette mauvaise écume baveuse et glaireuse, la responsabilité du PDS devant le peuple et devant l’histoire est très grande parce que parti au pouvoir dans un pays en construction, son rôle est aussi de participer à la cohésion et la paix – d’abord en son sein - sans lesquelles rien n’est possible. La responsabilité de l’Etat est permanente lui dont la fonction essentielle est de garantir la liberté et la sécurité des citoyens. L’Etat et le PDS s’honoreraient de prendre l’exacte mesure de leur responsabilité, sans rhétorique dilatoire et/ou superfétatoire pour envisager les nécessaires mesures d’apaisement. Le souvenir des événements de 1989 devrait nous empêcher de dormir et la situation de la sous région nous rendre vigiles. La lucidité nous commande de comprendre que ce pays qui est le nôtre, que nous aimons tous comme je le suppose, n’est à l’abri de rien. La moindre étincelle…
Il ne s’agit pas, non plus, de faire du catastrophisme : nous ne sommes pas au bord du chaos ; il s’agit seulement de ne pas se voiler la face : nous traversons une zone de turbulence qui, si elle venait à se catalyser, risquerait de plonger le pays dans une situation dangereusement inédite. Et chacun de nous, dans son intime conscience, en serait personnellement responsable ».

Vous parlez des événements de 1989, je sais que vous faites référence à la crise Sénégalo – mauritanienne, sous Abdou Diouf et Ould Taya (ce que nos lecteurs occidentaux n'allaient pas forcément saisir). Mais, pourquoi ce rappel, est - ce à dire que malgré son apparent pacivisme, le Sénégalais, serait un violent?

« 1989 fait effectivement allusion aux événements de la Mauritanie. Je ne suis pas de ceux qui pensent que les Sénégalais sont par nature pacifiques : les violences politiques séculaires et les événements de 1989 (il est curieux de noter qu’ils n’ont laissé aucune trace dans notre mémoire collective) sont là pour en attester. Quand une foule ne veut pas se faire peuple, elle est capable des pires turpitudes et des violences extrêmes : ce qui faisait dire à Zola qu’il hait la populace. Nous avons une population, pas encore de Nation et de peuple qui sont des constructions. Donc le Sénégal n’est à l’abri de rien et la moindre étincelle…
Rien n’est possible sans la paix. On ne peut rien construire dans le culte des différences qu’on considère, souvent à tort, comme irréductibles. A. Hampaté Bâ disait qu’on ne construit rien sur la différence. Pour éviter des situations inédites que personne ne souhaite, il faut des soupapes de sûreté, des forces de médiation dont le rôle, en temps de crise notamment, est de maintenir le dialogue, amener les gens à se parler puisque le Sénégal appartenant à tous, n’appartient à personne en particulier. Pour cela, il faut travailler à être crédibile ; renoncer à l’invective et à l’injure ; renoncer à cette malsaine herméneutique de l’arrière-pensée (il dit ceci mais qui est derrière) reléguant la pensée vivante et constructive à l’arrière-plan, à la loi des suspects (suspicion généralisée) ; renoncer aux rhétoriques flamboyantes au profit d’une pensée laborieuse. Il est incontestable qu’il y a aujourd’hui une crise du discours que nul oripeau rhétorique ne saurait masquer. La médiation passe par la restauration de la pensée articulée et par le fait de se dire que comme nul n’a le monopole du patriotisme, nous devrions pouvoir nous parler. Frantz Fanon nous recommandait de ne point étirer la caravane, car les hommes qui ne se rencontrent plus, se parlent de moins en moins, s’aiment de moins en moins».

Vous faites référence aussi à des médiateurs. Qui devront- ils être, comment voyez vous leur rôle?

« La médiation consiste à unir et non à diviser, à souder, non à effriter, dans le respect de la conviction des uns et des autres et surtout dans la volonté irréductible de servir la cause et la querelle du peuple en se résolvant à habiter définitivement sa plaie.
Les médiateurs doivent être irréprochables sur ses aspects. Or en signant le manifeste des 121 et allant jusqu’au bout de ce qu’il affirme, ces signataires pourraient effectivement être des médiateurs s’ils appliquent résolument son mot d’ordre : le manifeste, rien que le manifeste, mais tout le manifeste».

M. Dia, on sait que le Sénégal regorge d’une société civile très dynamique. Quelle sera l’originalité de votre association ?

« Le manifeste ne prétend pas à l’originalité à tout prix par rapport aux autres organisations de la société civile. Cependant, nous nous voulons plus généreux, ouvert à tous ceux qui sont d’accord avec le manifeste et sont prêts à traduire en actes son contenu, sans tenir compte des parcours et destins singuliers des signataires.

Il est significatif de voir la diversité des signataires ; de voir aussi que notre première conférence portera le 12 novembre 2005 sur : « les élites sénégalaises face à leur responsabilité».