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Par Papa Diadji Guèye

L’histoire se répète à contresens. Elle dément tous les appels à la gratitude et à la reconnaissance minimale. « La thématique traditionnelle s’étiole », note Frankétienne dans son Journal d’un paria. Le sud s’effondre sous le couperet implacable et affûté de l’ouragan du « libéralisme internationalisé, du libre échangisme, du plan néo-libéral, de la mondialisation, du nouvel ordre mondial » dessinant un enfermement bipolaire et binaire où s’opposent fatidiquement riches et pauvres, forts et faibles, présents et absents, alignés et non-alignés…

L’Europe se villagifie. Mieux encore, elle se maisonnifie et s’élargit dans un contexte « d’universalisation et de systématisation de la pensée unique », princesse héritière des accords de Bretton-Woods de 1944. Mais quelle place laisse-t-elle à l’Afrique, sa collaboratrice forcée d’hier ? Celle dont la force physique et la résistance face à tous les aléas climatiques et temporels portaient rédemption aux « maîtres » d’alors? Aujourd’hui, toutes les portes se ferment à l’approche des ces anciens salvateurs. Ils sont devenus les rebus et les parias. Intérêts et actions, vous êtes donc suspects !

La philosophe, Marie-Claire Caloz-Tschopp de l’université de Genève en Suisse affirmait devant le micro tendu par nos confrères du Courrier le mois d’Août dernier que « l’Europe se barricade, se protège d’un ennemi inoffensif. Elle nie sa richesse multiculturelle… ». Elle adopte la voix qui tend à la négation de l’autre. L’histoire est si tragique. Elle l’est davantage lorsque les impairs du passé passent à la trappe, échappent à la considération et à l’attention des générations modernes.

Pourtant, l’occurrence quotidienne des événements semble nous confirmer le gommage de toute empreinte historique concernant ces pays qui n’arrivent pas à « s’aligner ». Les politiques contre les étrangers dans l’univers européen constituent les lignes de conduite des dirigeants de ces nations industrialisées. Elles semblent même devenir les préoccupations majeures des décideurs.
Il y a tout juste quelques jours l’Espagne se dressait de façon musclée contre les immigrants clandestins qui tentaient de s’établir dans les enclaves de Ceuta et Melilla. Elle se déchargea sur le gouvernement marocain afin que se fît sous sa responsabilité l’expulsion rapide et massive de ces candidats à l’immigration pour l’Occident. Mais le traitement et les moyens utilisés par les forces de l’ordre marocaines effleurent polémique et grogne. Amnistie Internationale déplore un mauvais traitement exercé sur les innocents ressortissants de l’Afrique subsaharienne. Et la Fédération Internationale de la ligue des droits de l’homme, de déplorer de tels actes en exprimant sa « profonde indignation ». Abandonnés à leur triste sort, ces centaines de citoyens qui partaient à la recherche des moyens de leur survie, demeurent ballottés de l’espoir d’une affirmation identitaire à la négation de leur être dans le meilleur des cas. Et les forces marocaines d’avoir raison de l’histoire en leur infligeant un traitement atroce, créant ainsi certaines victimes en les soumettant au bagne de la misère et de l’humiliation. Serait-on retourné à l’âge du commerce transsaharien qui, lui-même, a précédé la période de l’esclavage ? Serait-on en train de déterrer des habitudes traditionnelles de traitement par les maures de l’homme noir sacré esclave de fait ? Oui, l’esclavage n’a pas été que l’apanage des européens sur les noirs africains. Y porte témoignage la Mauritanie qui n’a aboli cette pratique que bien récemment...

Les bus transportent en direction des camps des hommes menottés, groggy et déçus par un « échec social prématuré ». Aujourd’hui, on les lie au poignet les uns contre les autres pour les ramener à la maison, et ce, bon gré mal gré avec des menottes de malfrats ou de brigands alors qu’ils allaient à la recherche du pain. On les oblige à croupir de faim à côté de papa et de maman dont les ressources sont épuisées. Hier, on les arrachait de la tendresse et de l’affection de papa et de maman dans des cellules différentes pour alimenter allégrement le commerce triangulaire, instrument de mesure du développement de l’Occident. Libérés une fois par jour pour aller faire les besoins naturels, ils étaient enchaînés à la cheville, une boule de 20 kilogrammes enserrée par les deux mains pour éviter toute chance d’évasion. Les récalcitrants, pendus à l’abdomen afin que fût longue l’agonie, ou jetés dans l’océan pour servir de proie aux requins, c’est le spectre de la prise en charge de l’homme noir dans sa terre natale dépouillée de son florilège, de ces hommes les plus valides de ces femmes le plus belles et des spécialistes de la reproduction : image effroyable qui frôle le répertoire de l’impensable et de l’indicible. Gorée, Banjul, Zanzibar… sont des noms qui flirtent avec la science-fiction, tellement les atrocités à quoi ces centres de transit des esclaves renvoient dépassent l’entendement.

L’ère de l’esclavage avait point au moment où ils n’avaient pas sollicité la présence étrangère. L’histoire nous enseigne qu’à la seconde moitié du XVIe siècle, les noirs africains étaient l’objet de convoitise des différentes puissances européennes. Le continent premier, découvert par le navigateur Denis Diaz en 1444, a vu passer tour à tour les portugais, les hollandais, les anglais, dans une moindre mesure, les danois. Le roi Charles Quint d’Espagne, en despote éclairé soucieux d’un redressement économique au travers de l’encouragement de l’agriculture et du commerce, pour les besoins des plantations d’Inde Occidentale, n’eut-il pas recours à la main d’œuvre africaine afin de mener à bien sa politique ?

Ce traitement de faveur inhumain sur fond de massacre et spoliation aura duré trois siècles et demi. Pourtant, il fut couronné par une autre forme de domination et d’exploitation : la colonisation. Thiaroye 44 en dit long sur la participation des anciens combattants ayant mis en péril leur vie pour la libération de la France, la mère patrie sous la menace allemande lors de la seconde guerre mondiale, après une intervention glorieuse pendant la première guerre mondiale. La récompense sanglante passe à la postérité pour les sociétés modernes qui leur accordèrent un vibrant hommage.

La mondialisation technico-économique favorisant les nations développées, ouvre la voie à une planétarisation du durcissement des conditions de vie, d’installation et d’établissement des étrangers et, particulièrement, des africains. La loi Sarkozy de novembre 2003 défend ce qu’il est convenu d’appeler « la maîtrise de l’immigration ». Elle porte le flambeau d’une sélection rigoureuse et sévère des futurs résidents étrangers de la France selon ses propres intérêts. Après les incendies survenus dans ce pays, la solution automatique pour fortifier la sécurité, est de ramener les sans-papiers chez eux où indignité, déception sociétale, humiliation, voire meurtrissure s’érigent en comité d’accueil dans une société hostile à l’échec matériel pour un émigré de retour à la terre natale. Le « laboratoire Schengen », pour reprendre Caloz-Tschopp M-C, banc d’essai d’une nouvelle politique régionale fluidifie les frontières entre nations industrialisées et barricade l’entrée sous l’œil impuissant de ressortissants du sud. Un requérant d’asile débouté à Genève nous fit part de son sentiment de désolation et de dépit devant l’obligation de quitter le territoire sous la pression de l’Etat : « I don’t understand, if we come to deposit money, they say “yes“. But if we come for asylum, they say “no“». Il semble, à la lumière du témoignage de ce citoyen en mauvaise posture que l’hospitalité n’a de sens que lorsque les intérêts émanent du sud. Pour ainsi dire, il n’y a aucune retenue ni frontière quand l’investissement du sud vers le nord est une donnée réelle. Rigides et étanches dans un sens, les frontières restent poreuses dans un autre pour laisser la place au liquide qui alimente les banques du nord.

La Suisse ne s’arrête pas en « si bon chemin » dans sa politique d’asile à l’encontre des étrangers. Les conditions n’ont de cesse, sous l’emprise de la droite, de se durcir à l’encontre de ceux-ci. Le droit d’asile tel que décrit dans les Conventions de 1951 ne serait-il pas en soumis à un processus de brimade et de torture? Les « underground jails », prisons souterraines, dans les aéroports massacrent le principe de l’hospitalité, mère de la démocratie. Les pénitenciers flottants hollandais dans la mer du nord sont remplis à ras bord des larmes de clandestins et de requérants d’asile déboutés. « Il faut qu’ils quittent notre terre ! ». Les barbelés sont affûtés, les flèches sont brandies, la grande muraille est rehaussée, les casemates abritent des gardes sur le qui-vive, les canons sont dressés en direction de l’ennemi pacifique et sans armure. La guerre semble déclarée. Elle honore Emmanuel Kant lorsqu’il déclare qu’il n’y a qu’une seule manière d’éviter la guerre, c’est l’hospitalité.

Nonobstant cela, les candidats à l’immigration ne flanchent pas, déterminés qu’ils sont à trouver le chemin du salut en Europe. Contre vents et marées, ils arpentent les routes et les pistes, réduisent le désert en un parc de promenade, remontent les océans glaciaux en bravant les vagues hautes de la mer houleuse et pétrifiante. Seule, la destination importe : l’Europe perçue à tort comme la clé du succès, l’univers sans lequel aux yeux de ces candidats aucune réalisation n’est permise. Arrivés à bon port ou arrivés à bonne mort ! Atteindre les côtes ou périr ! Plus de 12 heures sur les pirogues à la sécurité douteuse. 2700 ressortissants d’Afrique subsaharienne ont perdu la vie ces cinq dernières années dans la tentative de fouler le sol européen, sans susciter la moindre lueur de retenue ou de crainte. Pourquoi un tel acharnement ?

Quoi qu’il en soit, les responsabilités sont partagées. Elles résident à plusieurs niveaux. Devant la montée en puissance de la marée migratoire et des prises de risque au crescendo, la Communauté Internationale a pris des mesures en vue de pallier les débordements et entraver la boulimie du voyage vers l’Europe. Les dirigeants du monde travaillent d’arrache-pied à la maîtrise de la flopée humaine. L’Union Africaine prête main forte à l’Union Européenne. Des solutions sont en vue. Mais augurent-elles d’un certain contrôle de la situation dans un contexte où la « dette odieuse », l’épée de Damoclès sur le sud vient d’être annulée par les institutions internationales ?

(Voir suite dans le dossier)