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Par El hadji Gorgui Wade NDOYE

  • Nous sommes très frustrés par la Commission des droits de l’Homme
  • Défis : le Darfour et les tortures pratiquées par les USA au nom du terrorisme.
  • Les Etats – Unis sont en djihad contre la Cour Pénale Internationale.
  • Signes positifs en Afrique : NEPAD et la Cour des droits de l’Homme.
  • Pour une coalition internationale en faveur des droits de l’Homme.

A la Cafétéria "Le Serpent" du Palais des Nations – Unies. La première semaine des joutes diplomatiques à la Commission des droits de l’Homme, décriée pour son inefficacité et menacée par les réformes de l’ONU, l’homme assis, sac en bandoulière, portable accroché à l’oreille, jette un regard tendre, comme un enfant qui cherche protection. Lui, Reed Brody, dénommé « le traqueur des dictateurs » était ce jour là très groggy. Un regard sur l’avenir des Droits de l’Homme, pourtant il reste combatif car des luttes âpres ont été remportées. Mais le chemin droit du bonheur universel est parsemé d’incertitudes malgré la ferme croyance à la nouvelle religion séculaire des temps modernes : les droits de l’Homme, dont il est question ici. ( lire l’Interview exclusive).

Quelles sont aujourd’hui les plus grosses violations des droits de l’Homme selon Human Right Watch ?

Pour nous en ce moment, il y a deux défis. C’est le Darfour et les tortures pratiquées par les Etats – Unis. Certes, ils ne sont pas comparables ni par leur nature ni de par leur ampleur. Evidemment, le Darfour est bien plus dramatique mais les deux mettent en défi la Communauté internationale.

Le Darfour parce que c’est parce qu’on a dit « Plus jamais ça » apres le genocide et on voit que depuis que le regard est tourné vers ce pays, rien n’est fait pour arrêter les violations des droits de l’Homme. D’ailleurs il a fallu près d’un an pour que les médias et la Communauté internationale, s’intéressent à cette situation dramatique. Et malgré cette attention, les violations continuent.

Il y a 8 mois, il y avait 1.200.000 déplacés aujourd’hui, il y en a 2 millions.

La Communauté internationale ne génère pas la volonté politique pour agir. Aujourd’hui même les violations continuent, de même que les viols, les bombardements. Il y a un rapport accablant fait par la Commission d’enquête qui appelait à la saisine de la Cour pénale internationale ( CPI), il y a tout juste deux mois de cela. La proposition de la Commission de saisir la CPI pourrait permettre de freiner une partie de ces atrocités.

Le Gouvernement de Khartoum de même que leurs alliés Djandjawids ont peur de se voir traduire en justice à la Haye.

Pour la saisine ?

Les Etats – Unis, devraient voir ce qu’ils détestent le plus le génocide ou la CPI. Je félicite l’agressivité et le sérieux avec lesquels les Etats – Unis abordent la question du Darfour. C’est peut être le premier d’entre les pays à identifier le problème et à vouloir que la Communauté internationale intervienne.

En même temps, ils sont tellement allergiques à la CPI qu’ils ne veulent pas que cette solution soit adoptée pour le Darfour. Ils ne veulent pas la saisine de la CPI parce qu’ils sont en djihad contre la CPI.

Ils détestent le génocide au Darfour, mais ils détestent aussi la CPI. Il faudrait qu’ils définissent ce qu’ils détestent le plus.

L’autre défi, ce sont les tortures commises par les Etats - Unis dans le contexte de la guerre contre le terrorisme. Evidemment, comme j’ai dit cela n’a pas la même ampleur que les violations commises au Darfour, mais cela met quand même en défi le droit international.

Quand un pays, comme le Soudan ou la Syrie torturent, ils commettent une violation mais quand les Etats – Unis commettent aussi ouvertement la torture, ce sont les normes qui sortent vulnérables et questionnées.

Malheureusement, les Etats –Unis, n’ont pas bien géré les tortures commises par leur troupe à Abu Ghraïb. Après la sortie des premières photos d’Abu Ghraïb, le Secrétaire d’Etat américain de l’époque, Colin Powell a dit à ses homologues internationaux : « Regardez l’Amérique, regardez bien comment l’Amérique va traiter cette situation, regardez bien comment l’Amérique va faire ce qu’il faut».

On aurait aime de voir que toutes ces personnes qui seraient impliquées, non pas seulement les exécutants mais ceux qui ont toléré ou approuvé la torture ou des traitements illégaux soient enquêtés et poursuivis. Malheureusement, dix mois après force est de constater que les Etats – Unis n’ont fait que rejeter la responsabilite sur des exécutants, sur de simples soldats. Il paraît qu’il y a un mur d’impunité qui protège ceux qui ont dessiné cette politique illégale et qui a terni l’image des Etats – Unis.

Je pense que si l’administration décidait de mener une vraie enquête indépendante ou même de poursuivre toutes les personnes impliquées, les Etats – Unis, sortiraient grandis de cette situation qui a terni son image. Le droit international en sortirait aussi grandi.

Cette politique consistant a couvrir ceux qui ont le plus de responsabilité dans cette affaire, c’est le pain béni des dictateurs du monde car ils ne demandent pas mieux que les Etats – Unis eux – mêmes ne respectent pas le droit. Cela leur donne carte blanche de le faire eux – mêmes. On a entendu par exemple le représentant du Yémen dire « pourquoi les Etats – Unis parlent des droits de l’Homme dans son pays, regardez ce qui se passe dans les prisons en Irak».

On voit dès lors qu’il y a un risque à travers cette pratique, qu’on assiste à une érosion globale des droits de l’Homme et du Droit international à travers le monde.

L’Afrique était justement considérée comme le mouton noir en matière de respect des droits de l’Homme, pensez – vous que la situation s’est aggravée ou s’est – elle améliorée ?

Ecoutez, il y a des signes positifs en Afrique par exemple le NEPAD, le mouvement pour une Cour africaine des droits de l’Homme, la consolidation de la démocratie.

Je pense que ce qui est en train de se passer au Togo est très porteur d’espoirs. Il y a 10 ans, on aurait pas imaginé un tel renversement de la situation dans ce pays.

Je pense qu’il faut dire que les peuples ont soif de démocratie. C’est une grosse vague en faveur de la démocratie qui s’élève à travers le monde et en Afrique aussi.

En même temps, on voit des poches noires, comme au Darfour, des enclaves comme le Zimbabwé ... Mais le grand défi pour le monde, c’est le Darfour.

Quel regard portez - vous sur l’évolution des droits de l’homme et la Commission des Droits de l`Homme (CDH) ?

Nous sommes très frustrés ici dans cette commission des droits de l’Homme car les questions ne sont pas traitées de manière sérieuse.

On est dans la première semaine, et déjà on sait qu’il n y aura pas de résolution sur la Chine. On sait qu’il n’y aura pas de résolution sur la Tchétchénie pour condamner la Russie. On sait qu’il n y aura pas de résolution sur Abu Grhaïb et Guantanamo. On ne sait même pas si la Commission aura une volonté politique pour voter une résolution sur le Darfour, qui est la situation la plus grave du monde.

C’est un phénomène assez généralisé depuis le 11 septembre que les gouvernements ont mis de côté les droits humains. Je ne pense pas que l’attachement des peuples du monde à leur droit ait diminué bien au contraire. Mais je pense que cela arrange un peu les gouvernements d’enterrer les questions gênantes des droits de l’Homme.

A défaut de la voix des Etats – Unis, il faudrait qu’on trouve d’autres champions pour faire respecter les droits de l’Homme.


Par exemple ?

Pourquoi pas les voix démocratiques africaines. Des pays comme l’Afrique du Sud, le Sénégal, les Latinos comme Lula, l’Union Européenne devraient prendre le relais.

Il n y a personne ici qui agit comme véritable champion des droits humains. Les Etats – Unis voulaient faire ça depuis plusieurs années. D’ailleurs, ils l’ont fait avec beaucoup d’ambiguïté et de discrimination, mais ils le faisaient quand même.

On a une très bonne Commissaire aux Droits de l’Homme, Mme Louise Arbour qui est très attachée aux droits de l’Homme et à la primauté du Droit, mais il faut en plus une volonté affirmée des Etats. Et c’est ce qui manque le plus aujourd’hui.

Il faut qu’il y ait une coalition internationale qui se forme à travers les pays en faveur des droits de l’Homme.

Ce serait beau de voir par exemple l’Afrique du Sud, le Sénégal, l’Argentine, le Brésil, le Canada, la Norvège, les pays européens former une coalition en faveur des droits humains. Les défenseurs des droits de l’Homme sont aujourd’hui solitaires et recherchent des partenaires.

Pouvez – vous nous définir le travail de Human rights watch ?

Le travail de HRW consiste à jeter la lumière sur des violations et de travailler pour que cesse ces violations. En fait ce sont deux volets complémentaires. Je pense que nous sommes respectés pour le sérieux et la rigueur de notre documentation. C’est justement sur cela que repose notre crédibilité.

Il n’est pas suffisant de dénoncer ou de crier sur telle ou telle violation des droits de l’Homme. Il faudrait faire en sorte que ces violations cessent. Notre force réside dans notre force de lobbying et d’advocacy (Ndlr plaidoyer).

Nous avons des bureaux au niveau des Nations – Unies, auprès des gouvernements les plus puissants du monde, auprès de l’Union Européenne, ici à Genève et qui travaillent en concert pour essayer d’instaurer des politiques plus favorables aux Droits Humains.

Quels sont vos succès ou vos échecs?

C’est grâce à Human Rights Watch et à des organisations similaires que la question de l’impunité n’est plus ce qu’elle était. Nous mettons à notre actif la création de la Cour pénale internationale dont le Sénégal est le premier pays signataire. Par ailleurs c’est grâce à nos actions qu’aujourd’hui Milosevic est devant la Cour internationale de la Haye. Il y a aussi Pinochet. L’Affaire Hissène Habré est toujours vivante mais on garde toujours espoir que la Belgique va demander au Sénégal son extradition. Il faudrait aussi que Charles Taylor soit envoyé à la justice. Nous essayons de travailler auprès du Gouvernement du Nigeria pour que Charles Taylor qui est inculpé par le Tribunal de Sierra Leone soit jugé.

La construction encore fragile et très jeune de la justice internationale est un grand succès des ONGs des droits de l’Homme et de Human Right Watch, peut être, en particulier.

Notre plus grande déception c’est en ce moment le Darfour où nous sommes présents presque de manière permanente. Nous consacrons beaucoup de notre énergie pour cette région et pourtant les massacres continuent.

Cette idée que l’impunité ne soit plus une norme, est à mon avis un de nos plus grands succès. On disait avant si vous tuez un homme, vous allez en prison, si vous tuez 10 personnes, vous allez dans un asile psychiatrique, mais si vous tuez 10.000 personnes, vous êtes invité en conférence de paix. Je crois que cette logique a changé et que maintenant la norme est que quelqu’un qui commet des violations ou des atrocités ne va plus trouver un exil doré et ne va plus être amnistié. Ca, je pense que c’est un grand acquis des organisations des droits de l’Homme, comme Human Right Watch.

Je pense que quand je vois à travers le monde l’attachement des populations à la Déclaration Universelle des droits de l’Homme et l’étendard, non seulement des européens, mais des moines tibétains, des pêcheurs philippins, je me dis que les droits sont la religion séculaire de nos temps et c’est une chose qui unit des peuples et des mouvements très divers. L’idéal des droits de l’Homme est devenu aujourd’hui la religion séculaire de nos temps.