Ont collaboré à ce numéro

 Amb. Coly SECK
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 FIFDH
 Jean-Pelé FOMETE
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« C’est sur ces mots de Evdokiya Romanova que s’ouvre cette édition. Cette jeune militante féministe vit à Samara, en Russie, où elle a été condamnée pour propagande homosexuelle. Contre vents et marées, elle fait actuellement appel de cette décision. Malgré les menaces, malgré les intimidations, elle continue son combat, avec un courage qui donne le frisson, et cette édition lui est dédiée. 

Avec Evdokyia Romanova, avec ce frisson, le FIFDH rend hommage à des milliers de femmes qui deviennent actrices de leur destin : femmes cinéastes, activistes, journalistes, entrepreneuses, des femmes engagées à tous les niveaux pour faire changer l’intolérable. 

Cette année, c’est la première fois qu’autant de films sont portés par une femme protagoniste, une femme qui prend en main son destin. A travers ces femmes, c’est la société toute entière que nous interrogeons. Ces femmes, elles nous montrent la voie. 

Now is not the time to give up – Nous ne renoncerons pas. 

Le FIFDH se marque de plus en plus comme un Festival qui interroge les résistances. La question à se poser ce soir, c’est : qu’est-ce qui déclenche cette résistance ? Qu’est-ce qui rend une situation intolérable ? Qu’est-ce qui nous pousse à agir ? Qu’est-ce qui vous a amené ce soir dans cette salle ?    

 

Ce que raconte cette édition, c’est que le monde a profondément changé et face à cette forme de renversement, nous devons réinvestir la vie politique, réinvestir la littérature et le cinéma, réinvestir la manière dont on raconte le monde. Il faut moins de mots et plus d’actes. Il faut plus de sincérité et plus de courage. La classe politique ne peut plus se reposer sur des promesses qui n’ont pas de sens. Nous ne pouvons plus entendre l’éternel discours : je ne peux pas changer les choses, parce que l’économie mondiale, parce que les chiffres, parce que la pression populaire. Et si vous ne changez rien, qui le fera ? Plus on a de pouvoir, plus on est responsable. Et lorsque la classe politique se déresponsabilise, alors la jeunesse se soulève, elle se soulève ici pour le climat, elle se soulève en République démocratique du Congo, elle se soulève en Russie, en Chine et au Guatemala.

En 2019, on ne peut plus penser la société et ses soubresauts séparément. L’immense réussite du FIFDH, c’est d’aborder les crises qui traversent le monde non pas par strates, mais ensemble. Notre force, c’est de penser les migrations, les sexualités, la violence sociale et les misères, la sécurité informatique, la corruption économique et la liberté d’expression en les croisant les unes avec les autres. Mais quelles concessions sommes nous prêts à faire pour un monde plus juste ? Sommes nous prêts à donner plus que des mots ? Sommes nous prêts à sacrifier combien de ressources personnelles, de confort ? 

C’est là où ce Festival trouve un sens, depuis Genève. Il est temps d’interroger nos valeurs et notre territoire, ici aussi, en Suisse et ce qui fait de nous une nation. Le monde change mais nous, nous n’avons pas changé. L’humain sera toujours l’humain, fait de bête et de génie, de brutalité et de tendresse, d’ombre et de lumière. 

 

Ce qui a changé, c’est que nous avons accès à toutes les connaissances, grâce aux nouveaux modes de communication, nous pouvons confronter, interroger et réagir à toute vitesse. A toute vitesse. Pour le pire et pour le meilleur. Le cinéma et la littérature peuvent-il changer le monde ? Ils peuvent en tout cas le raconter, et le transformer. Cette question sera au cœur de cette édition, en donnant la voix à Leila Slimani, Laurent Gaudé, Rithy Panh, Ai Weiwei, Roberto Saviano, Amos Gitai, ou encore à l’écrivain Edouard Louis, qui clôturera une édition historique.  

Rendre le monde lisible, c’est également étendre nos ailes vers la littérature, la bande dessinée, la musique, la performance, le théâtre, la photographie, en brisant les frontières.  

Nous proposons cette année 200 évènements dans 62 lieux du Grand Genève, après avoir parcouru à travers une tournée internationale 45 pays, du Zimbabwe au Pakistan, de l’Egypte au Japon. De l’Egypte au Japon, le monde semble de plus en plus fragile, mais de cette fragilité, nous faisons notre force.  

Ce Festival propose de transformer les espaces de discours et donne des moyens concrets de le faire, avec un Impact Day qui réunira pour la première fois les acteurs de la Genève internationale avec des cinéastes pour imaginer des films puissants et travailler sur leur impact mondial.  

Pour la première fois, nous vous proposerons également une expérience, une forme de laboratoire. Nous avons proposé à l’ancien rédacteur en chef de Libération François Sergent et à la jeune Youtubeuse et activiste la Carologie, de parcourir le Festival, la plume et la caméra à la main. Nous les retrouverons dimanche, pour échanger avec eux, et entendre également vos idées et vos envies pour la prochaine édition. 

Appropriez-vous ce Festival.  

Il a été crée par une équipe soudée et magnifique, et un président et un conseil de Fondation qui nous portent toujours plus loin, et je vous demande de les applaudir. Ce festival est porté par une équipe magnifique, mais c’est vous toutes et tous qui le faites vivre, en l’aimant vous aussi avec folie et avec passion, en y apportant votre soutien, votre énergie et votre ambition d’un monde plus juste. Nous allons nous recroiser au cours de ces 10 jours de vibration et je m’en réjouis.  

A ce soir, à demain, à dimanche prochain ! Merci beaucoup.  

On her Shoulders ON her shoulders dAlexandria Bombach, a une portée particulière pour nous. Bien sûr, il a été réalisé par une femme, et sa protagoniste principale est une femme. Mais aussi parce que c’est le tout premier film que nous avons sélectionné cette année. Daphné, James et moi avons eu un coup de foudre pour ce film, qui nous a profondément émus, et qui raconte aussi ce que vivent les centaines d’activistes qui nous rendent visite au Festival chaque année. Nous avons donc immédiatement décidé de le sélectionner et de le placer comme notre film d’ouverture. Une semaine plus tard, nous apprenions que Nadia Murad, la protagoniste du film, venait d’obtenir le Prix Nobel de la Paix ». 

NB: Discours prononcé le 8 mars, Journée mondiale des droits humains des Femmes, marquant cette année l’ouverture de la 17ème Edition du FIFDH (Festival international du film sur les droits humains). En présence notamment de la Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l’Homme, d’une secrétaire d’Etat de la Confédération suisse, d’un Conseiller d’Etat du Canton de Genève, du Maire, de la grande artiste et marraine du festival, Barbara Hendricks, de l’Ambassadeur de la Francophonie, de nombreux partenaires, et un public nombreux et divers réunis dans la Salle communale de Plainpalais qui refusait du monde. 

El Hadji Gorgui Wade Ndoye -