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Réalisé par El hadji Gorgui Wade Ndoye, directeur de publication


Un ancien aide de Léopold Sédar Senghor, le Colonel Doua Diaby Diallo m’a confié : « Ce n’était pas un coup d’Etat … En vérité Mamadou Dia voulait faire payer certains ministres qui avaient volé de l’argent dans les caisses de l’Etat quitte à les faire envoyer en prison. Lamine Guèye lui avait demandé de laisser tomber mais Dia a répondu : S’ils ne paient pas, ils iront en prison».

Senghor l’Immortel laisse un dossier trouble avec le fameux « Coup d’Etat de décembre 1962». Le Président Wade, ancien avocat de Dia, dès son accession au pouvoir voulait réouvrir le procès. Mamadou Dia, le « Maodo » comme on l’appelle au Sénégal, y a senti un coup politique et a dit niet. Au demeurant, Il demande que les historiens fassent leur boulot. A quand la réhabiliatation de Mamadou Dia ?.

Mamadou Dia et Senghor malgré leur complicité n’avaient pas la même lecture surtout en ce qui concerne la souveraineté nationale du Sénégal. Dia prônait le socialisme autogestionnaire de Tito. Ce qui n’a pas reçu l’agrément de Senghor, beaucoup plus tourné vers la France et le « père de Gaulle ». Léopold ne voulait plus dès lors du bicéphalisme.

Refusant la vassalisation du Sénégal qu’imposaient les relations entretenues avec l’ancienne puissance colonisatrice, Mamadou Dia fit des voyages d’abord en juillet 1961 dans les pays Scandinaves et en Yougoslavie mais aussi à Washington, Londres et Bruxelles et une année plus tard en juin 1962 en Union Soviétique. Ces voyages dans les pays de l’Est n’étaient pas du goût de Senghor Chef d’Etat qui y voyait une manière bien particulière de son Premier ministre de s’allier au communisme international dont on sait qu’il est profondément opposé.

Le Sénégal venait par cette ouverture aux autres pays de passer du stade de l’euphorie né du sentimentalisme entretenu avec la France à une phase de désillusion guidée par le réalisme politique en rupture de l’idéalisme politico - sentimental entretenu par les « Accords de Communauté ».


Lors de la visite en Union Soviétique de Mamadou Dia, Khrouchtchev disait dans son discours:

« Nous comprenons les difficultés que vous avez surmontées et que le peuple du Sénégal doit encore surmonter dans le chemin de l’essor, de l’économie et de la culture nationale, du renforcement de l’indépendance et de la souveraineté du pays. Vous - même, Monsieur le Président, avez dit dans votre discours à votre arrivée à Moscou que si la structure héritée du régime colonial est maintenue dans votre pays, le Sénégal ne sera pas indépendant..» 1

A son retour de voyage le Président du Conseil n’a pas fait escale à Paris pour rendre compte de ses entretiens au Président de Gaulle. A un journaliste français qui lui avait posé la question, il répondait :

« Je n’ai pas à rendre compte au Général de Gaulle. Président dans un pays qui tient à sa souveraineté, je réserve, comme il se doit, la primeur de mes déclarations à mon gouvernement et à mon pays.» 2

Ainsi le Sénégal montre son ancrage dans le camp des Non alignés, à équidistance des deux blocs qui s’affrontent en Algérie et ailleurs. La France de même que ses alliés au niveau interne comme externe ne voyaient pas du bon œil ces agitations du premier ministre qui devenait insupportable surtout avec son projet de socialisme s’ancrant dans ce que Mamadou Dia appelle un « Islam éclairé, moteur de notre développement .»

Amadou Mactar Mbow m’a confirmé lors d’un entretien à Genève que « le référendum de 1958 et les voyages de Dia dans les Pays de l’Est alors qu’on sait que Senghor est un grand anti - communiste, constituaient les deux grandes difficultés entre les deux hommes»

« Il y avait également dit Dia, que j’avais remarqué chez Senghor un certain malaise, une indisposition grandissante qu’il ne parvenait pas à réprimer, comme à l’occasion de mes voyages à l’extérieur qui, pourtant n’étaient pas du tout des voyages que je provoquais moi - même. Le fait que ce n’était pas lui, Chef de l’Etat, qu’on invitait le gênait terriblement. C’était visible particulièrement lors des réunions, des conférences entre Chefs de gouvernement ou d’Etat du fameux Groupe de Brazzaville. Puisque c’est moi qui étais le Président du Conseil, avec tous les pouvoirs, évidemment, c’est moi qui étais l’Autorité. Quand il s’agissait du Conseil des Ministres sénégalais, il n’y avait pas de problèmes. Mais quand c’était une réunion entre Etats, avec des régimes présidentiels, comme partout ailleurs, je sentais qu’il était un peu ennuyé, mais il ne me le disait pas»3.

Senghor et Dia se brouillent, mais un arrangement ( remaniement ministériel) fut trouvé qui mit fin mais seulement pour quelques temps à la crise institutionnelle qui couvait et qui secoua le Sénégal en 1962. Senghor Président de la République n’avait presque pas de pouvoir.

Senghor ne voulait plus d’un régime bicéphale.

Sur d’autres cieux, le régime présidentiel était à la mode et le Président- Poète n’avait pas manqué de faire connaître ses désirs à son ex - Premier ministre qui concentrait entre ses mains tous les pouvoirs. Il n'est pas aussi à exclure que Dia, a calculé en un moment les forces en présence. Il s’était toujours appuyé sur un principe: la clause de la primauté du Parti, qui n’est pas inscrite dans la Constitution sénégalaise.

Pour se débarrasser du PM encombrant, le Président Senghor fit de Dia le bouc émissaire du Plan de déportation des marabouts à Kédougou ( ville montagnarde au Sud - est du Sénégal). Ainsi tous les marabouts du pays, qui représentent la véritable société civile à l’époque, étaient contre le président du Conseil à l’exception des regrettés Serigne Abdoul Aziz Sy ( Dabakh) de Tivaoune et Serigne Cheikh Mbacké de Touba.

Les deux sont issus des deux confréries les plus importantes du pays, mais ils n’étaient pas Califes, les véritables détenteurs de tout le pouvoir spirituel.

Mamadou Dia écarté et accusé de perpétrer un coup d’Etat, laisse la place à un Senghor qui règne de manière royale tout seul sans partage jusqu’en 1974, année à laquelle, il consacre l’ouverture démocratique par un multipartisme limité. ( voir par ailleurs). Dia est hors de course, détenu avec ses ministres Valdiodio Ndiaye, Ibrahima Sarr.

Ces premiers prisonniers politiques du Sénégal d’après indépendance, resteront incarcérés sans la possibilité de se voir, ni même de recevoir la visite de leur famille.

Détenus dans l’atrocité

Dia fait état dans son livre, l’Afrique le prix de la liberté, de l’atrocité de leur détention, les tentatives de meurtre dont il a été l’objet :

« Derrière ma cellule une tombe était creusée… »

Maître Badinter, l’ex Garde des Sceaux de la France et ancien avocat des prévenus ne s’est pas empêché de se poser la question :

« Dans quelle révolution, dans quel coup d’Etat, a –t- on vu les organisateurs d’un complot envoyer des troupes à l’adversaire lorsqu’on sait que l’ordre de réquisition des troupes a été signé par M. Senghor lui – même? L’avocat français n’avait pas manqué de dénoncer ce qu’il appelle « une justice politique », une comédie où les cabotins réinventent Shakespeare". Il regrettera aussi sur « Antenne 2 » la perte d’hommes à la dimension de Valdiodio Ndiaye qui meurt dans l’anonymat le 5 mai 1984 pour des jeunes Nations comme le Sénégal. Pour Alain Foccart, comme il l’écrit dans ses mémoires, la France avait peur de Valdiodio.

En réponse à leur incarcération beaucoup d’intellectuels français dont Jean Paul Sartre, et le Pape XXIII avaient demandé la libération des détenus de Kédougoudou. Senghor restera sourd face à leur appel jusqu’en 1974, période à laquelle il décida de les gracier.

Après la crise, le Sénégal change sa Constitution et entre dans la deuxième République avec un régime présidentiel fort. La crise de 1962, loin d’être un coup d’État peut être assimilé à une lutte politique et politicienne au plus haut sommet de l’État.

La thèse officielle du « coup – d’Etat » mérite réflexion. Pierre Messmer l’ex - Haut commissaire français en AOF, reconnaît qu’on ne peut réussir un coup d’Etat au Sénégal que si les soldats français laissaient faire. Qui avait bien intérêt à laisser faire dans cette situation?

Le verdict de la Cour Suprême de Dakar

Lors du procès, un dossier manquait, il s’agit de la lettre de réquisition des para - commandos du capitaine Pereira dont la première compagnie était basée à Rufisque. Senghor avant même le début de la discussion sur la motion de censure avait signé l’ordre de réquisition dès le 17 décembre. Ce dossier précité manquait au procès. Badinter en parle, Mamadou Dia le rappelle dans son livre.

On se demande bien comment et pourquoi ?

“Une justice politique”

Parmi les juges, trois faisaient partie des députés ayant présenté la motion de censure dont Théophile James et Abass Guèye. Ce dernier était élu député sénégalais en 1951 au Palais Bourbon en lieu et place de Mamadou Dia alors Secrétaire général du Bloc démocratique qui avait remporté les élections de l’assemblée territoriale du 17 juin 1951 face au SFIO de Lamine Guèye. Senghor est parti en couple avec lui.

En effet, il a été décidé de la déportation perpétuelle pour Mamadou Dia dans une enceinte fortifiée, Ibrahima Sarr, Joseph Mbaye et Valdiodio Ndiaye : vingt ans de détention criminelle ; Alioune Tall : cinq ans d’emprisonnement et dix ans d’interdiction de droit civil.

Le verdict fut sans appel, Mamadou Dia est envoyé en prison à perpétuité et ses ministres ont écopé des peines allant de 20 ans à 5 ans. Avant d’être graciés à la suite de 10 ans de prison, certains de ses amis tomberont gravement malades et mouront des séquelles de leur maladie après leur élargissement. Le premier président du Conseil lui est toujours vivant, mais il a perdu l’usage de ses yeux.

Primauté du parti sur l'Etat.

Mamadou Dia était pour une primauté du Parti sur l’Etat. Ce qui est une violation manifeste de la Constitution.

Cependant comme l’avait souligné l’actuel Président de la République du Sénégal alors avocat de Dia lors de son fameux procès :

« Il est des principes écrits et d’autres non, dans une Constitution ».

Maître Wade avait donné comme exemple la «Common Law» britannique et s’appuyant sur sa thèse, il démontra des occasions où le Parti a agi dans des domaines qui n’étaient pas les siens comme la désignation des différents postes à l’Assemblée.

Senghor, le grammairien connu pour sa grande maîtrise de la langue française, avait aussi la réputation d’être le Maître - ès Constitution du Palais Bourbon. N’a –t- il pas utilisé son juridisme pour piéger le loyalisme partisan de son ami, le téméraire Mamadou Dia, instituteur et grand économiste. Avec, la complicité de la France ?

Un ancien garde de Léopold Sédar Senghor, le Colonel Doua Diaby Diallo m’a confié : « Ce n’était pas un coup d’Etat … En vérité Mamadou Dia voulait faire payer certains ministres qui avaient volé de l’argent dans les caisses de l’Etat quitte à les faire envoyer en prison. Lamine Guèye lui avait demandé de laisser tomber mais Dia a répondu : S’ils ne paient pas, ils iront en prison».
On sait que certains ministres étaient accusés de gestion déloyale. Amadou Cissé Dia ancien président de l’Assemblée nationale a déclaré lors d’une interview accordée au journal « Sud quotidien » que certaines personnalités s’étaient enrichies en puisant dans les caisses de l’Etat.

Cet aspect montre que le Gouvernement Senghor a fonctionné sous un système clientéliste. Le népotisme aidant, Senghor le bien - aimé, a duré à la tête de l’Etat de 1960 à 1980 avant de se retirer, dit – on de son propre gré.

On sait que ce départ a été organisé depuis Paris avec la complicité de Jean Collin sénégalais de souche française, qui avait épousé une nièce de Senghor.

Collin, au demeurant, ministre de l’Intérieur était le véritable détenteur du pouvoir sous le magistère du Président Abdou Diouf.

Le plus hallucinant, c’est que le départ de Senghor a été annoncé aux Sénégalais par le journal « Le Monde ». Le poète ne pouvait que constater les dégâts.

On sait aussi que c’est Dia qui avait écrit au Gouvernement français pour demander le retrait des militaires sénégalais d’Algérie. Il a insisté très longuement auprès de Pierre Messmer avant d’avoir gain de cause. Pourtant Léopold était sur la même ligne que Mamadou sur ce plan là. Pour sa prise de position sur l’Algérie, Houphouët fut préféré à Senghor qui n’a pas été ministre de Degaulle en 1958.

En outre Dia, avait préparé un plan de renvoi des troupes françaises stationnées à Dakar. Toutes ces mesures, n’étaient pas du goût ni de de Gaulle ni de Senghor et de certains sénégalais même, qui voyaient en Mamadou Dia un dictateur. Senghor ne disait – il pas que « Dia est un grain de dictateur ».

Pierre Messmer, l’ex – Haut commissaire français en AOF, reconnaît qu’on ne peut réussir un coup d’Etat au Sénégal que si les soldats français laissaient faire.

Qui avait bien intérêt à laisser faire ? Celui qui incarnait le pouvoir ou celui qui le possédait ?

Ainsi Léopold Senghor, dans un « plan » élaboré avec la complicité des députés qui lui étaient favorables, et du neveu du marabout Cheikh Tidiane SY, qui lui – même, dit – on était informé, a réussi à isoler son tandem Mamadou Dia.

La complicité de la France aidant avec une justice républicaine naissante, le coup était bien senti. Il n’est par ailleurs pas à exclure que Mamadou Dia ait calculé en un moment les forces en présence.

Convié à une réunion au Palais, il aurait déclaré selon Magatte Lô, ancien ministre et ami de Senghor : « Qu’on ne me dérange pas ». Dia, ne parle pas de cette réunion dans son livre. Est – ce encore là, l’une des pièces manquantes du puzzle.

Dia qui croyait à son audience auprès de ses camarades n’avait - il pas fait un calcul?

En effet, il savait bien qu’il le remporterait si les bases de son parti étaient consultées car Senghor était minoritaire. Il écrit dans son livre:

« Ce qui se serait passé ? De deux choses, l’une :

  • ou bien j’aurais été mis en minorité au Conseil national, et alors j’aurais démissionné comme je m’y étais engagé ;
  • ou bien les comploteurs auraient été mis en minorité, alors ils auraient été contraints par le parti de démissionner, leur Chef Senghor y compris »4

Dans le deuxième cas, des élections législatives et présidentielles auraient été organisées et Dia dit qu’il les aurait remportées.

Un conflit entre la morale et la politique

Les propos tenus par le Procureur général de l’époque M. Ousmane Camara à l’endroit de Mamadou sont limpides:

«Vous vous êtes placé sur le terrain de la morale et Senghor, votre adversaire, sur le terrain de l’efficacité politique»

Cette phrase recèle en puissance toute la complexité de l’affaire.

En réponse au procureur, Mamadou Dia déclarait :

«S’il y a conflit entre la morale et la politique, je préfère être du côté de la morale».

M. Ousmane Camara, brillant juriste occupera plusieurs fonctions au sein du Gouvernement comme ministre, ambassadeur, médiateur de la République et enfin occupera le poste de président du Conseil d’Etat. J'ai essayé de rencontrer à Dakar M. Camara, mais ses fonctions lui imposaient, disait sa secrétaire, «un droit de réserve».

Senghor dénigre DIA

Son rival écarté, le calme revenu car Dia n’a pas pu soulevé la population en sa faveur, Léopold Senghor disposant de la radio profite de l’occasion pour dénigrer le Président du Conseil qu’il accuse d’avoir perpétré sans cesse des violations contre la Constitution sénégalaise. De son compagnon de route de 17 ans, Senghor dit s’adressant à la nation sénégalaise depuis le Palais présidentiel, l’ancienne résidence de Pierre Messmer qu’il a quittée le 22 décembre 1959 :

« La Constitution, qui est notre Loi fondamentale a été violée plusieurs fois par le Président du Conseil. Mon devoir d’arbitre et de Gardien de la Constitution était de la faire respecter.
Tout est rentré dans l’ordre.
Sénégalaises, Sénégalais, quelle que soit l’idéologie que l’on adopte, rien ne peut prévaloir contre le travail et l’unité. Notre socialisme, doit reposer sur le travail et l’unité nationale.
Vive la République, Vive le Sénégal »

Conséquences du Coup d’Etat au niveau politique

Conséquences de la crise qui l’oppose à Mamadou Dia, Senghor dirige en tant que chef d’État et de gouvernement de février 1962 à 1970 le Sénégal sans partage, ni vice - président ni même un premier ministre. L’ouverture démocratique au Sénégal s’annonce 13 ans après.

En 1973, un groupe d’intellectuels regroupés sous le Manifeste des 200, lui envoie une lettre pour réclamer le multipartisme. Parmi eux, l’actuel Président du Sénégal Maître Abdoulaye Wade.
En effet, Me Wade était un des responsables de la FEANF à Besançon et entretenait des correspondances assez particulières avec Senghor.

S’exprimant dans l’émission «Archives d’Afrique » consacrée à Senghor, il disait au présentateur Alain Foka sur Radio France internationale :

«Il y avait un dialogue encore que je ne partageais pas totalement ses idées parce que j’étais un grand militant de la FEANF donc anti - colonialiste, revendiquant l’indépendance, dénonçant les députés africains à l’époque. Quand je suis rentré au Sénégal, j’ai tenté de rentrer dans le parti de Senghor c’était au moment de l’indépendance avec Modibo Keïta. J’ai eu des levers de boucliers contre moi, chez moi à Kébémer et Senghor ne m’ayant pas soutenu pour que je milite en brousse, il m’a demandé de militer dans les villes parce qu’à l’époque, les barons de mon département disaient Maître Wade agrégé n’a rien à faire ici. Il n’a qu’à aller à Dakar. De sorte que un an, ou un an et demi, j’ai quitté la formation de Senghor, c’est vers 1962 - 1963. Dix ans après quelques amis et moi avions décidé de créer un parti politique. C’est à Mogadiscio que j’ai demandé à Senghor de créer mon parti alors que j’étais expert de l’OUA ».

En août 1974, Senghor autorise la création du Parti démocratique sénégalais de Abdoulaye Wade. En 1976, le pays en compte 3 (le Parti Socialiste du Sénégal, le Parti Démocratique Sénégalais et le Rassemblement National Démocratique de Cheikh Anta Diop). Senghor quitte le pouvoir le 31 décembre 1980.

Il fait un discours d’adieu aux sénégalais en quittant volontairement le pouvoir qu’il cède à Abdou Diouf son Premier - ministre après une modification de la Constitution.

L’heure des regrets

Le président Senghor et Mamadou Dia manifestent leurs regrets sur Antenne 2, La Sept Arte en 1997, à l’occasion de l’émission qui a été consacrée au premier. Léopold Sédar Senghor était encore Président de la République du Sénégal au moment où il faisait sa déclaration; la qualité de l’image et la couleur noire et blanc en témoignent en plus de son fils Philippe qu’il avait entre les mains.
C’est certainement une image d’archives de l’INA qui a co - produit l’émission.

Pour Mamadou Dia:

« C’est très dommage tout ça encore une fois, très dommage pour notre amitié parce que moi, je garde encore une certaine affection, de la tendresse pour lui. Et c’est ça qui est extraordinaire. Je n’arrive pas à en faire un ennemi mais par contre à voir ce qui se passe, ce que le Sénégal est devenu après, à la suite des événements de 1962, rien que pour des questions de pouvoirs personnels, régner de manière personnelle sur le Sénégal pour en arriver là et toutes les conséquences que cela a eu sur le plan de l’évolution de notre pays après que nous ayons si bien partis. Nous étions un exemple, qui aurait pu faire tache d’huile à travers toute l’Afrique et peut être que cet exemple aurait pu éviter à l’Afrique tout ce qui est arrivé aujourd’hui, nos nouvelles dépendances. Tout ça aurait pu être évité s’il n’y avait pas eu cet acte de folie et d’égoïsme de sa part de décembre 1962. Ça c’est évidemment quelque chose que je ne peux pas oublier, je ne peux pas pardonner »

Pour Léopold Senghor:

« Bien sûr, je le regrette, dit Léopold Sédar Senghor, vous savez il y a 17 ans que je suis avec Mamadou Dia. C’est moi qui l’ai découvert et qui l’ai poussé à franchir les étapes de la carrière politique l’une après l’autre. Je le regrette mais le régime de l’exécutif bicéphale, nous en avons fait l’expérience, est impossible.
Que se passent - ils autour du président du conseil et du président de la république ?, des clans rivaux se forment auprès du président du conseil et du président de la république, qui cherchent à les dresser l’un contre l’autre et vous en voyez les conséquences ».

  • 1 - Mamadou Dia Afrique le prix de la liberté, Harmattan 2001,p.167.
  • 2 - op. cit. p 167.
  • 3 - op.; cit., p 191 - 192.
  • 4 - op.; cit.: p. 208.