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Par Abibou Diallo, correspondant à Londres

Le Premier Ministre britannique est décidément un homme difficile à saisir.

Après avoir endossé le costume d’un va-t’en guerre sans états d’âme sur la guerre en Irak, le voici endossant cette fois-ci les traits d’un ange candide, en étant à la base de l’initiative du G8 de l’annulation de la dette multilatérale des 18 pays les plus pauvres de la planète, dont nombre d’africains.
Après sa fameuse Commission pour l’Afrique qui vient de rendre un rapport ambitieux où Londres veut apparaître comme le champion de l'aide au développement et de la lutte conte le SIDA, Blair se repositionne comme le dirigeant du monde occidental prenant le plus à cœur les problèmes africains.

L’Afrique serait-elle la bonne conscience de Monsieur Blair ? La dose de « bonne action quotidienne » d’un homme profondément croyant ? Ou simplement un engagement opportuniste et ponctuel avec une stratégie politico diplomatique bien définie ? …

Un homme ambigu…

Il faut le dire, Blair est un homme ambigu, difficilement saisissable, mais très pragmatique. Il serait impossible, d’avoir une idée de « ses politiques » sans une compréhension et une connaissance de son parcours personnel. C’est là que se trouve la clé de l’énigme Blair !
Né le 6 mai 1953 dans une famille chrétienne et bourgeoise où le travail est une valeur fondamentale, le jeune Tony Charles Linton Blair fréquente Fettes College, une «public school» très privée d'Edimbourg, avant d'être étudiant à Oxford. A 30 ans, avocat spécialisé dans le droit syndical, il entre à Westminster sous les couleurs du Parti travailliste « Labour » pour représenter une circonscription minière du Nord - Est de l'Angleterre. Très vite, il gravit tous les échelons et devient le porte-parole du Labour chargé des Finances, puis de l'Emploi, et enfin de l'Intérieur.
En mai 1994, le décès de John Smith, son prédécesseur à la tête du Labour, va précipiter sa carrière. Jeune, tribun talentueux et «communicateur» de première classe, le «Bill Clinton anglais» est élu deux mois plus tard leader du Parti travailliste. Trois ans plus tard, après 18 années dans l’opposition, le parti travailliste gagne les élections générales. A 43 ans, «Sunny Tony» (« Tony le chaleureux»), devient le plus jeune Premier Ministre en Grande Bretagne depuis Lord Liverpool en 1812.

Mais cet « animal » politique a surtout la faculté étonnante de n’avoir pour idéologie que le pragmatisme. Entre la Gauche et la Droite, il s’engouffre dans la « Troisième voie » ; leader d’un parti social-démocrate, il n’utilise jamais le mot « socialisme» Il se dit à la fois proche des Etats-Unis et aussi européen convaincu. Il braconne sans état d'âme les thèmes conservateurs : immigration, sécurité, discipline dans les écoles, etc. et fait du « spin » (marketing politique) un mode de gouvernement. Il affirme vouloir moderniser le pays, en faire « un phare pour l’humanité », et souhaite imprimer sa marque au gouvernement « pour mille ans »

Du 10 Downing Street (résidence officielle du Premier Ministre britannique), il continue de faire des enfants (il en a quatre actuellement) et se rend très régulièrement à l’église. Homme pieux et profondément chrétien dans une Grande-Bretagne qui a du mal à remplir les églises, Blair serait proche de Bush de par cette qualité.

…aux desseins inavoués

Selon beaucoup d’analystes politiques, les sympathies de Blair pour le continent africain viendraient de sa fibre chrétienne et humaniste, et d’une vision manichéenne du monde, plus soft que celle de Bush quand même, où le Bien doit combattre le Mal, la démocratie face à la tyrannie, la solidarité et l’entraide face à la famine, le SIDA, le Développement face au Mal-développement. D’autres analystes, plus cyniques et très cartésiens, inscrivent l’action de Mister Blair dans la pure tradition opportuniste de l’homme politique. Le Premier Ministre britannique n’interviendrait en faveur du continent africain, que pour calmer la frange gauche de son parti et polir son image après son impopulaire guerre en Irak aux côtés des américains. Du Caniche de Bush en Irak, Blair voudrait accéder au statut de Maître en Afrique !

De ces deux visions, la vérité semble bien être au milieu. Nul ne conteste l’influence des croyances personnelles d’un dirigeant politique sur ses actions, encore moins le recours à des stratégies cartésiennes enrobées de cynisme pour atteindre des objectifs définis. Mais une chose reste sûre : la forte mobilisation de la société civile anglaise, avec notamment l’engagement des chanteurs Bono et Bob Gedolf, les pressions de M. Nelson Mandela et des différentes ONG dont OXFAM ont été décisives dans l’annulation de la dette des 18 pays les plus pauvres par le G8.

Une chance pour l’Afrique ?

Qu’importe que Blair s’intéresse à l’Afrique pour telle ou telle raison, l’essentiel est que les dirigeants africains doivent saisir l’opportunité pour tirer le maximum d’avantages possibles d’une telle situation. Et le contexte est plutôt favorable : pour les six prochains mois la Grande-Bretagne sera à la fois à la tête de l’Union Européenne et celle du G8. Après la dette (dont le combat continue d’ailleurs) il faudra mettre sur le tapis la question des subventions européennes à l’exportation, qui asphyxient les campagnes africaines, en prélude au sommet de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Hong Kong, en décembre 2005. Le Premier Ministre Britannique pourrait être un allié de poids, dans la mesure où il est l’un des dirigeants européens les plus sceptiques face à la Politique Agricole Commune (PAC) de l’Union. Le temps des mascarades et des alignements dociles des chefs d’Etats africains sur les positions françaises, belges ou anglaises en contre partie de quelques prébendes est révolu ! Les dirigeants du continent Noir ne doivent avoir en tête que l’intérêt propre de leur peuple, se serrer en bloc et mettre sur pied des stratégies politico-diplomatiques cohérentes capables de faire plier des interlocuteurs aux moyens plus importants. Le temps des réseaux paternalistes (principalement France-Afrique francophone) doit céder le pas au temps de la stratégie solidaire et cohérente.