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« Faut-il aider l’Afrique ? Et comment ?»

Publié le, 30 juin 2005 par

Par Mme Ndioro NDIAYE, Directeur général adjoint de l’organisation internationale pour les migrations (OIM)

Bientôt un demi-siècle depuis que les pays d’Afrique sont devenus formellement indépendants des anciennes puissances coloniales. Bientôt un demi-siècle aussi que l’aide publique, sous des formes diverses, est supposée soutenir le développement du continent : les indicateurs du PNUD et de la Banque Mondiale confirment cependant que plus des deux tiers des pays les moins avancés de la planète se trouvent en Afrique et que, tant sur le plan de l’espérance de vie que sur celui de la pauvreté, la situation s’aggrave dans de nombreux pays.

Faut-il dès lors conclure à l’inefficacité de l’aide publique au développement ou à l’incapacité des Gouvernements africains lorsqu’il s’agit du décollage économique et social du continent ? Une littérature abondante existe autour de ce questionnement, mais je vais m’efforcer de vous donner brièvement mon sentiment personnel de femme africaine, impliquée dans les processus et les politiques de développement depuis de nombreuses années.

Les premières décennies des Indépendances ont été marquées par des coopérations de substitution, où des bataillons de coopérants venus de l’ancienne métropole assumaient des tâches qui auraient pu être dévolues aux nationaux, à condition qu’un programme de formation des cadres adéquat et concerté soit mis en place. Les modèles sociaux issus de la période coloniale ont ainsi été pérennisés, souvent jusqu’à la fin des années 1980.

Dans le but de favoriser les investissements et de soutenir leur politique de développement, les pays africains ont par ailleurs été encouragés à emprunter auprès des institutions de Bretton Woods et des partenaires bilatéraux ( qu’on appelait d’ailleurs plutôt « bailleurs de fonds » à l’époque). Le poids du remboursement de la dette extérieure est devenu tel qu’il empêche paradoxalement les Gouvernements d’agir, puisque la quasi-totalité des budgets sont préemptés par les charges récurrentes de l’action de l’Etat et par le remboursement de la dette extérieure.

Enfin, lorsque la coopération par projets a été instaurée, force est de constater que l’une des conditions fréquentes des attributions de crédits était que les achats de matériel comme les missions d’expertise externe soient dévolus à des entreprises ou des cabinets du pays ou du groupe donateur : une part importante du financement repartait ainsi vers les pays développés, sous forme de contrats commerciaux ou de masse salariale de l’assistance technique internationale.

Pour ces trois raisons, entre autres, le degré de dépendance économique des pays africains est resté important, influant aussi pendant longtemps sur la capacité politique à définir des choix autonomes.

Cette époque est aujourd’hui révolue, et les Chefs d’Etat africains n’entendent plus se laisser dicter leur conduite ou leur approche du développement, qu’ils souhaitent durable et aussi endogène que possible, compte tenu des ressources dont ils peuvent disposer.

Les régimes politiques africains ont certes été largement corrompus et le sont parfois encore. La mauvaise gouvernance est un des maux majeurs dont a souffert le continent. Voilà des faits.

Mais c’est un fait aussi que cette corruption et la prévarication résultent en grande partie des luttes économiques entre pays développés qui ont vu dans ces pratiques le moyen de favoriser les attributions de marché d’une part et de maintenir leur mainmise en filigrane des politiques nationales.

C’était le temps des réseaux et des travaux d’infrastructure sur lesquels se sont construits les équipements collectifs, mais aussi les fortunes d’une oligarchie liée aux pouvoirs en place, en Afrique comme en Europe ou aux Etats-Unis. Le passé, très largement.

La nouvelle Constitution de l’Union africaine, le processus du NEPAD, les positions prises par les Chefs d’Etat et par les Communautés économiques régionales lors des crises récentes, tout cela montre une Afrique adulte, responsable, et qui entend gérer les problèmes en concevant et en appliquant elle-même des solutions adaptées aux situations auxquelles elle est confrontée.

Tout l’enjeu de la réussite de ces initiatives réside dans la capacité des Gouvernements à les expliquer et à les faire endosser par les peuples, en travaillant sur le long terme, sur l’évolution des mentalités, sur la prise en compte du rôle spécifique des femmes, sur l’implication des diasporas et sur bien d’autres facteurs encore. Vaste programme !
Encore faut-il pouvoir mobiliser des ressources pour accomplir ces tâches et c’est pourquoi, avec certains pays développés, je pense qu’un effacement de la dette internationale de l’Afrique est une des conditions de son renouveau : après tout, l’exploitation, à tous les sens du terme, dont a été victime le continent dans son ensemble justifie qu’on lui permette désormais de mener ses politiques et d’affecter ses ressources à des programmes de grande ampleur, comme ceux qui sont définis dans les différents secteurs du NEPAD.

Outre ces ressources, il est clair que l’aide publique au développement a sa place, mais insérée dans un contexte plus large qu’elle aura décidé de soutenir, mais qui n’aura pas été élaboré par elle.
Les germes de changement sont là, nous le sentons bien, mais les efforts doivent être à la mesure des enjeux.

Tout d’abord, il faut bien avoir conscience du fait que le continent africain comptera en 2050 environ 1600 millions d’habitants, alors que l’Europe n’en comptera probablement plus que 450 millions (projections de la Division de la Population des Nations Unies). Aujourd’hui, les deux régions comptent chacune autour de 650 millions de personnes. Il s’agit donc d’un enjeu de solidarité, mais aussi d’une question de croissance économique mondiale et de soutien à la bonne gouvernance en Afrique.

Ensuite, nous savons tous que ce continent est la seule partie du monde où l’espérance de vie régresse de manière sensible depuis plus de 10 ans, en raison essentiellement du VIH SIDA, mais aussi des conditions d’extrême pauvreté dans lesquelles vivent plus des deux tiers des Africains. Ce n’est pas humainement tolérable.

Ajoutons à ce tableau que le tiers des pays du continent sont actuellement en situation de conflit armé ou de guerre civile, et il est aisé de comprendre pourquoi les candidats à la migration sont aussi nombreux, fût-ce au péril de leur vie à travers le Sahara ou en tentant de rejoindre l’Europe par la mer.

Je vois deux enjeux principaux, tant pour les Gouvernements africains que pour la Communauté internationale : l’atteinte des Objectifs du Millénaire (en particulier l’éradication de la pauvreté) et la prise en mains par les Africains de leur destin et du progrès économique et social du continent.

J’ai déjà mentionné la nécessité d’annuler la dette internationale, qui ne représente pas des montants cumulés tels que cette mesure ne puisse être absorbée par les économies des pays développés.

Je pense aussi que l’implication croissante des collectivités locales et territoriales, au sud comme au nord, est un moyen de définir des programmes au plus près des préoccupations des populations, à échelle humaine, qui feront avancer le développement par une action intégrée et par l’implication directe des acteurs aux deux bouts de cette chaîne de solidarité. Cette orientation est déjà largement amorcée, il importe de la soutenir et de l’intensifier.

Cette même logique d’intérêt partagé devrait présider aux orientations de l’aide publique au développement, programmée selon les axes prioritaires définis par l’Afrique et en fonction des points d’impact les plus immédiatement efficaces. Privilégier l’expertise africaine dans les projets, aller vers le désenclavement et l’équipement des zones rurales, alléger les contraintes administratives à l’investissement direct étranger sont autant de pistes possibles.

Cependant, force est de constater que les pays développés privilégient les formes d’action les plus visibles et les moins récurrentes en termes budgétaires. D’où l’impression de « lassitude » qu’on mentionne parfois : le soutien à des programmes de développement s’inscrit nécessairement dans la durée, et c’est là une des limites principales de l’APD, car les gouvernements du Nord doivent tenir compte aussi de leurs opinions publiques qui leur demandent d’abord de se préoccuper de la situation intérieure ou européenne.

Les migrants peuvent être un trait d’union utile, dans la mesure où leurs compétences et leurs investissements profitent à la fois à leur pays d’accueil et à leur pays d’origine. Longtemps, les relations entre les gouvernements africains et leur diaspora ont été tendues et marquées par une politisation importante. La reconnaissance par l’Union africaine de leur rôle dans le développement du continent devrait les inciter à prendre une part plus active et à être des acteurs parmi d’autres des réformes en cours.
N’oublions pas que de très nombreux Africains hautement qualifiés ont quitté leur pays, souvent recrutés par des sociétés privées ou des universités étrangères à coups de bourses d’étude ou d’incitations diverses, privant ainsi le continent des meilleurs éléments nécessaires à son développement.

Et ceux-là même qui reprochent aujourd’hui à l’Afrique de ne pas se développer sont ceux qui bénéficient de ces compétences dans différents secteurs des économies du Nord. Le cas du secteur de la santé est à cet égard particulièrement révélateur et chacun sait qu’il y a davantage de médecins béninois à Paris que dans tout le Bénin, ou encore plus d’infirmières originaires du Zimbabwe au Royaume-Uni que dans le pays.