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Propos recueillis par El Hadji Gorgui Wade Ndoye

GENEVE- 856 millions de personnes sont gravement et en permanence sous-alimentées. La FAO indique que l’agriculture mondiale, dans son développement actuel, pourrait nourrir sans problème 12 milliards d’êtres humains. Il n'y a donc aucune fatalité. Celui qui meurt de faim meurt assassiné, insiste le sociologue suisse.

Menacé de représailles par les USA, Ziegler a gardé sa fonction grâce, nous dit – il, à l’AG de l’ONU, l’Union africaine, et des personnalités comme Kofi Annan, le Président Wade et ses ministres Landing Savané, Mame Bassine Niang et de l’intellectuel Samir Amine….

Dans cet entretien passionnant, il nous parle de son combat contre la faim mais aussi de son dernier livre « L’Empire de la Honte » publié chez Fayard. Ce livre veut contribuer à l’éveil de la conscience collective qui évolue lentement mais sûrement en Occident.

M. Ziegler, pourquoi « l’Empire de la Honte » ?

« L’histoire contemporaine, s’est accélérée formidablement. Nous vivons la reféodalisation du monde par les sociétés transcontinentales privées qui ont un pouvoir qu’aucun empereur, aucun pape, n’a jamais eu dans l’histoire des hommes. De cette reféodalisation sont surtout victimes les pays du Sud, où vivent 4,8 milliards des 6,2 milliards de personnes que nous sommes. Un chiffre : les 500 plus grandes sociétés transcontinentales privées de la planète ont contrôlé l’année dernière 52% du produit mondial brut, c’est-à-dire de toutes les richesses (marchandises, services, brevets …) produites en une année sur la planète »

Comment expliquez-vous ce titre si provocateur : « L’Empire de la honte » ?

« Parce que, avec l’utopie, la honte est la force révolutionnaire de l’Histoire la plus forte. Mon livre contient des citations des insurgés de 1789. Ceux-ci ont dressé sur l’horizon l’utopie de la recherche du bonheur commun. Mais ils n’avaient pas matériellement les moyens de réaliser leur rêve. Deux cents ans après, une succession de révolutions scientifiques et technologiques ont potentialisé infiniment les forces de production du monde. Aujourd’hui, les moyens sont là. Mais l’ordre mondial est toujours aussi meurtrier. Et c’est absurde ! Parce qu’il tue sans nécessité. 100 000 personnes meurent de faim tous les jours ou de ses suites immédiates. Toutes les 7 secondes, un enfant au dessous de 5 ans est mort de faim l’année dernière. Et 856 millions de personnes sont gravement et en permanence sous-alimentées. La FAO indique que l’agriculture mondiale, dans son développement actuel, pourrait nourrir sans problème 12 milliards d’êtres humains. C’est-à-dire le double de l’humanité actuelle. Il n'y a donc aucune fatalité. Celui qui meurt de faim meurt assassiné»

Avec toute cette virulence contre la mondialisation libérale, n’avez-vous pas peur des représailles des Etats-Unis d’Amérique, temple et gardien du libéralisme, contre vous ?

« Les USA ont par deux fois fait ce qu’ils pouvaient pour me faire révoquer de mon poste de Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à alimentation. Ils ont en premier saisi le Secrétaire général des Nations Unies, M. Kofi Anan. Mais chaque fois, notamment grâce au soutien africain, sénégalais en particulier, j’ai eu mon mandat sauf. J’ai eu le soutien nécessaire à la Commission des droits de l’homme mais aussi au sein de l’Assemblée générale des Nations Unies. Cette solidarité s’est manifestée, entre autres, à travers le Président Abdoulaye Wade avec qui je discute et qui me fait l’honneur de me recevoir.
Mais également de Jacques Diouf, directeur général de la FAO, un homme extraordinaire et qui fait un travail solitaire et courageux. Il lutte pour une agriculture humaine dans le Tiers monde. Je citerai aussi d’autres personnalités comme le ministre Landing Savané, Samir Amine et Maître Mame Bassine Niang. Ensemble, et avec beaucoup d'autres, ils rendent mon combat possible »

On dit au Sénégal à peu près ceci : tout le monde veut se débarasser de ses cafards, mais dans le silence. Mais M. Ziegler, nous avons été frappé à la lecture de votre livre par le surplus de détails, qui décrivent minute après minute la misère des populations visitées. Ne risquez-vous pas de les frustrer davantage?

« Comme vous le savez, un livre doit être à la fois précis, scientifique et dire le monde tel qu’il est et en même temps il doit contenir plein d’anecdotes et de récits. Autrement, il n’atteindra pas les consciences. Mon livre « L’empire de la honte», tente d’obéir à ces exigences. Je le répète, un livre doit être lisible. Il est bon, quand il est socialement utile. Si le livre ne touche pas la conscience du lecteur, n’est pas socialement utile, il ne devient pas une force sociale. Dans ce cas, il ne sert à rien. Il peut être stylistiquement bien écrit, logiquement bien argumenté mais c’est l’efficacité sociale qui décide de la qualité d’un livre. Ce livre est donc plein d’analyses, d’anecdotes et de récits. Je dis qui sont les ennemis de l’Humanité. Je tente de les traquer. « L’Empire de la honte" va peut être me rapporter de nouveaux procès. Mais le combat en vaut la peine. Kafka a dit : « Le livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous». L’indifférence de tant d’Occidentaux qui, pourtant, disposent d'une information totale sur le monde me révolte. Ni à Genève, ni à Paris, on ne peut dire : « Je ne sais rien de la situation des enfants au Bengladesh. Je ne connais pas la souffrance des femmes au Niger….». Tout le monde connaît tout. Ce qui empêche l’insurrecton des consciences, c’est l’indolence. C’est l’indifférence. C’est l’acceptation complice des privilèges qui sont les nôtres. Ici, je veux parler des pays du Nord dominateurs, riches et arrogants ».

M. Ziegler, reparlons de la faim dans le monde. Vous revenez d’une visite dans des pays menacés de famine. Que vous disent les populations que vous rencontrez ?

« Au cours de mes missions de Rapporteur spécial des Nations Unies, j’insiste toujours pour passer la majeure partie de mon temps en contact direct avec les populations, être en dehors des capitales et des palais présidentiels. Vous arrivez au Guatémala, où les enfants maya ont des jambes semblables à des allumettes à 3.000 mètres d’altitude, parce qu'ils sont sous-alimentés et où des jeunes femmes de 30 ans ont l’air d’en avoir 80. Ma simple arrivée, les questions que je pose sur leur situation, éveillent en eux un espoir incroyable. Je leur dis que je vais faire un rapport à l’Assemblée générale des Nations Unies sur leur situation alimentaire… J’ai fait récemment la même chose en Ethiopie où il y a encore 7,2 millions de personnes totalement dépendantes de l’aide alimentaire internationale. Vous arrivez dans ces régions, parmi tant d’hommes, de femmes et d’enfants affamés, l’espoir naît dans leurs yeux. Mais je me sens mal parce que je sais que je vais décevoir leur attente »

Pensez – vous malgré tout que vos dénonciations changeront leur dur quotidien ?

« Je sais parfaitement que mon rapport ne va rien changer. Peut-être aboutira-t-il à une résolution de condamnation, ou à une proposition de l’Assemblée générale de l’ONU, mais directement, immédiatement, il ne sauvera pas ces êtres martyrisés. Cela ne veut pas dire pour autant que mon travail n’a pas de sens, car dans les pays dominateurs, lentement la conscience collective évolue»

Que dites-vous de cette conscience des les pays dominés ?

« En réalité, dans les pays dominés, la conscience n’a pas besoin d’évoluer car si vous avez faim, vous avez besoin de manger et vous le savez avec toute la clarté nécessaire. Vous avez la conscience immédiate et spontanée de l’injustice qui vous est faite et de la souffrance qui vous est infligée. Là, l’insurrection des consciences est immédiate. Contre l’injustice, l’être humain se dresse. La lutte pour l’insurrection des consciences doit avoir lieu dans les pays du Nord, car, je le répète, l’ordre du capitalisme globalisé n’est pas seulement meurtrier, mais il est aussi absurde. Il tue, mais il tue sans nécessité. Un enfant qui meurt de faim est assassiné. Il faut donc renverser cet ordre du monde le plus démocratiquement possible. Mon livre veut y contribuer»