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POLLUTION SONORE ( suite): SILENCE AU BRUIT!

Publié le, 09 mai 2005 par

Par Prof. Alexis BOTKINE, Ingénieur EFF-SIA, Expert-acousticien

DISCO – DISCOTHEQUES

Que la mode suive son cours, c’est tout à fait normal et humain. Que le spectacle et son monde suivent la mode, c’est normal aussi. Que la mode impose de temps à autre des extravagances, que celle-ci heurte ou choque des gens non avertis ou « éduqués différemment », cela a existé de tout temps et il serait malvenu de protester contre ces variantes de la vie, même si telle ou telle forme nous plait ou ne nous plait pas, chacun ses goûts.

Par contre si ladite mode se permet d’agresser, libre à chacun de l’accepter mais rigoureusement dans la mesure où cette agression n’est pas imposée au corps défendant de celui qui ne la désire pas , que cela perturbe et qui contribue à démolir sa santé.

Que certains textes ou certaines « musiques » actuelles soient des monuments d’ineptie, et de stupidité , ce n’est pas cela qui va provoquer des nuisances sur l’organisme de chacun, ne serait-ce éventuellement que sur son bon goût artistique, dans la mesure où celui-ci existe. Malheureusement, les manifestations de spectacles de variétés actuels sont enrobées dans un vacarme inadmissible et que le corps humain n’est pas en mesure d’assimiler sans conséquences très fâcheuses.

Dans le temps , la présentation des artistes et les musiciens des music- halls ou des dancings était impeccable. Jamais des chanteurs tels que Charles Trenet, Frank Sinatra, Judy Garlan, Toquinho ou Dick Farney n’ont assourdi leur public. On allait au bal pour s’amuser sainement , les contacts et les conversations étaient possibles. Les orchestres tels que Duke Ellington, Glenn Miller avaient une classe superbe.

Après la guerre, un beau pays du sud de l’Europe, berceau du bel canto, est passé maître dans la construction des amplificateurs d’orchestre. En se mettant au service de l’économie, surtout pour les proches de certains, ces industriels ont proposé aux dancings des petites formations de musiciens qui, « bien amplifiées » étaient aussi sonores, et plus tard beaucoup plus sonores (!), que des grandes formations, ce qui faisait que 3 à 6 musiciens coûtaient bien moins cher que 20 à 25 musiciens. C’est à cette même époque qu’est né le rock’n-roll ne nécessitant plus que quelques guitares électriques et une batterie. C’est là aussi que certains « chanteurs » se sont mis à hurler car, paraît-il, cela donnait une ambiance beaucoup plus « super ».

Ce qui a sonné le glas de grands et beaux orchestres de jazz, de danse, de variétés, à part quelques rares exceptions. Ce qui a été aussi le départ de la bataille du décibel.

Les amplificateurs sont devenus de plus en plus puissants. Cette énorme puissance sonore, naguère réservée à de grandes manifestations en plein air, politiques, sportives ou autres, a pris place dans les établissements publics, généralement dansants, mais de volumes nettement plus restreints que ceux de la place du Rossio ou des arènes du Campo Pequeño.

C’est alors la naissance d’une nouvelle formule nettement plus économique pour de nombreux propriétaires de boîtes de nuits : les discothèques où l’orchestre, même très restreint, est remplacé par des disques. On investit dans un matériel technique sophistiqué de diffusion musicale, on paie un responsable, le disc-jockey dont le rôle consiste à passer les disques. Et pour donner une impression « joyeuse » on utilise des moyens purement artificiels consistant d’une part en la pollution sonore d’intensité normalement insupportable et dont la spécificité primordiale est le vacarme, d’autre part et de surcroît, en une très nuisible pollution visuelle, lumineuse et très violente, d’intensité dépassant de loin les possibilités rétiniennes et nerveuses humaines et qui est dite former avec la musique, une ambiance psychédélique.

A l’heure actuelle, la musique à la mode et prédominant dans les discothèques est le disco, joué principalement au moyen d’instruments électroniques : synthétiseurs, guitares électriques, contrebasses électriques, orgues électriques, batteries et percussions électriques. Ces dernières outrageusement amplifiées, sont le fondement « culturel » de cette forme musicale vraiment dégénérée, leur figure rythmique est indigente : « pum-tak, pum-tak, pum-tak… ». alors qu’une mélodie structurée ou de bon goût est le plus souvent inexistante. De même que l’universalité des blue-jeans, la maladie du disco est internationale.

On peut accepter, dans un dancing normal, une intensité sonore côtoyant les 80 à 90 dB. Or, dans certaines discothèques de Paris ou de Genève, on a mesuré des intensités sonores atteignant les 140 à 150 décibels( !!!), ce qui est affolant car c’est bien supérieur au bruit émis par des compresseurs, par des perforatrices pneumatiques, par des bancs d’essai de réacteurs d’avions, tous ces vacarmes dont les professionnels astreints à travailler dans leur ambiance se protègent obligatoirement les oreilles par des casques isolants.

Il y a quelques années, une expérience significative a été effectuée aux U.S.A. : un lapin a été placé devant une colonne ( baffles) des haut-parleurs d’un groupe musical « pop ». L’animal est mort au bout de 20 minutes d’une fissuration de la boîte crânienne.

Autrement dit, subir le bruit de telles discothèques ou subir le bruit voisin d’un réacteur de gros jumbo-jet est tout à fait équivalent ! Tout montre qu’il n’y a aucune raison qu’il n’en soit pas de même dans certaines discothèques de Lisbonne où une certaine jeunesse, mais aussi certains patrons de ces établissements, croient de bon aloi, commercial et « in » de copier ce qui se fait de mal ailleurs (on n’est jamais prophètes dans son pays !), ce qui est bien regrettable.

Certains détracteurs, ou sceptiques peuvent rétorquer qu’au-dessus du seuil de douleur de 120 dB, les tympans devraient être automatiquement crevés, ce qui pourtant ne se produit pas dans les discothèques. L’explication fort simple réside dans le fait que l’énergie totale émise n’est pas intégralement absorbée par les oreilles, mais aussi par les parois, par les tentures, par les meubles, même par les vêtements, etc. donc par tout ce qui est absorbant. L’effet désastreux sur l’homme est dépendant de la durée d’émission. Signalons, au passage le danger des radios portatives dites « walk-men » : l’auditeur enfile les écouteurs dans ses oreilles et y injecte souvent une intensité sonore très grande…que l’ouïe absorbe alors intégralement, ce qui entraîne le risque réel de perforation des tympans dans un temps relativement court.

Il y a donc une sorte de complexe formé par les instruments artificiels électriques ou électroniques, par l’excès de décibels et par l’excès de scintillement lumineux.

Tout cela jouant sur l’inconscience d’une grande catégorie de jeunes et aussi sur celle avide de certains patrons de la part desquels il n’est pas très correct d’imposer ce tapage et cette ambiance éblouissante quasi infernale à leurs jeunes clients. Cet ensemble de véritables et concrètes nuisances est devenu une drogue très dangereuse contre laquelle les gens sensés et respectueux de la santé publique se doivent de lutter avec la plus grande et la plus efficace des énergies.

Il apparaît donc indécent de la part de journalistes, mal renseignés, de critiquer fallacieusement les actions d’assainissement, enfin consenties par les autorités responsables. Alors qu’ils prétendent se scandaliser et protéger ces « pauvres petits » (coitadinhos) contre le « méchant » Secrétaire d’Etat qui les empêche de s’amuser, ces écrivaillons contribuent, au contraire, à détruire leur santé et leur équilibre psychique.

Personne, et certainement surtout pas le Secrétaire d’Etat à l’Ambiance ne veulent empêcher les jeunes et les moins jeunes, de s’amuser durant leurs heures de loisirs. Quant à ceux qui, malgré les rappels au bon sens , désirent se doper dans ces atmosphères ultra-bruyantes, c’est leur problème, ils sont libres. Même la radio, la télévision et le cinéma se sont volontairement laissés atteindre par cette plaie : une grande partie des indicatifs sont enrobés de tonitruants discos, la majorité de la publicité télévisée est « ornée » de vacarmes, des musiques d’atmosphère de films sont agressives et bruyantes !

Par contre et conformément au vieil adage qui , très pertinemment, affirme que « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres, il est absolument inacceptable d’imposer un tel dopage à ceux qui ne le désirent pas, par exemple de nuit, en troublant le sommeil légitime des voisins habitant le même immeuble ou les maisons du quartier, par l’émission du bruit qu’une isolation phonique défectueuse ou carrément inexistante, de la discothèque ou de la boîte de nuit, ne retient pas.

Et c’est là que doit précisément intervenir le Secrétaire d’Etat responsable. Chargé de l’ambiance, c’est son travail, et non quelconques chicaneries.

REGLEMENTATION

Le problème des nuisances de toute nature, en particulier celui de la pollution sonore, est international. Déjà plusieurs pays se sont dotés d’une réglementation rigoureuse. Celle qui a été promulguée en Suisse par le Département de l’Economie Publique ( Office Fédéral de l’Inspection et des Relations du Travail), ainsi que par la Caisse Nationale Suisse d’Assurance en cas d’accident ( C.N.A), en accord avec la société Suisse de Médecine, d’Hygiène et de Sécurité du Travail, fait actuellement et désormais force de loi. Signalons-en quelques dispositions :

Le niveau sonore continu équivalent L eq , calculé pour une journée de travail de 8 heures, ne peut dépasser 87 décibels sans protection de l’ouïe.

La C.N.A. considère le bruit comme dangereux pour l’ouïe si la moyenne du niveau sonore continu équivaut à L eq calculée sur une période de travail annuelle atteint ou dépasse 88 décibels.

Dans un environnement tranquille à bruyant, le niveau maximum de bruit perturbateur admis dans les chambres à coucher de monter de 25 à 30 décibels. ( Norme SIA 181/1988) .

En cas de plaintes justifiées, et à l’issue de mesures de contrôle effectuées au moyen d’appareillage sophistiqué de haute précision par des experts compétents qui sont généralement des ingénieurs, l’Etat enjoint aux coupables de nuisances sonores de faire procéder à des travaux d’isolation phonique des établissements incriminés, en leur accordant des délais d’exécution très raisonnables. En cas de non respect de ces légitimes obligations, l’établissement en cause est purement et simplement fermé, …et les voisins peuvent enfin jouir de leur repos nocturne. Si un éventuel litige survient, le Tribunal de Première Instance tranche, mais rarement , voire jamais au profit du pollueur.

La C.N.A explique très bien le processus des lésions de l’ouïe provoquée par le bruit, dont :
« De fortes charges sonores continues provoquent des pertes irréversibles de la faculté auditive. Les lésions dues au bruit sont des lésions de l’oreille interne. Si le métabolisme de l’oreille interne ( renouvellement de l’énergie ) est continuellement surchargé ( tels que des séjours fréquents et prolongés en discothèques actuelles !) les cellules ciblées meurent définitivement et aucune opération chirurgicale ou nul médicament ne peut les sauver.

Une surdité due à l’exposition au bruit se développe en général de la façon suivante : suite à une charge sonore, l’ouïe est momentanément assourdie (déplacement temporaire du seuil d’audition dit TTS = temporary threshold shift). Le lésé a alors l’impression que ses oreilles sont bouchées. Cet assourdissement dit hypoacousie peut être démontré par des mesures audiométriques. Si les surcharges s’accumulent, le déficit du métabolisme s’accroît et, de plus en plus de cellules ciliées dégénèrent Il s’ensuit alors une perte auditive permanente ( PTS = permanent threshold shift ).

Cette lésion est particulièrement pernicieuse car elle n’est pratiquement pas précédée de signes d’alarme. La surdité se développe sans douleur. Le lésé ne s’aperçoit pas encore des dommage qu’il a subis ou alors en sous-estime la portée, bien qu’il n’entende déjà plus si bien que précédemment les consonnes sifflantes de la parole ou la sonnerie du téléphone. Le plaisir de la musique, l’écoute des chants d’oiseaux ou de cigales sont perturbés. Puis, ce sont des bruits désagréables à l’oreille, des bourdonnements , des sifflements inguérissables… » Dernière étape avant la surdité définitive, entraînant toutes sortes d’autres conséquences citées plus haut dont avec la C.N.A. je rappelle :

  • incommodité, vertige, mots de tête, malaises
  • trouble de sommeil du repos
  • diminution d’énergie (ex : de la concentration)
  • excitation ( activation) du système nerveux central et végétatif
  • hypertension sanguine
  • accélération épuisante du système cardiaque
  • dépression psychique
  • difficulté de compréhension de la parole
  • bruits annonçant un danger ( klaxon d’automobile) pas perçus à temps
  • etc.

Il est donc bien temps de prendre conscience de l’agression sonore à laquelle tout le monde est soumis et des risques évidents qu’elle engendre pour chacun de nous. Et il n’y a pas que les discothèques ou la publicité à la télévision qui soient en cause.

Prenez, par exemple, dans les rues que l’on parcourt tous les jours, les bruits stridents des petites motocyclettes ou vélomoteurs souvent maquillés, les bruits métalliques violents de poids lourds ou autocars dont certains émettent des niveaux sonores de l’ordre de 120 dB , amplifiés par les échos se produisant obligatoirement entre les immeubles se faisant face.

Il convient donc de se défendre très efficacement de toute urgence contre ces dangereuses nuisances. C’est précisément ce à quoi s’emploie le Secrétaire d’Etat à l’Ambiance, Mr Macário Correia. Mais pour réussir dans cette tâche difficile, il a besoin non pas de critiques méchantes, acerbes et non constructives, mais de la collaboration tant de son personnel que de chacun de nous tous.

Concluons en disant bien haut : SILENCE AU BRUIT