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Par Kofi ANNAN, Secrétaire général des Nations – Unies

Après Londres le 10 février où Annan a réitéré dans la nouvelle configuration d’un monde plus vulnérable et plus interdépendant, son appel pour qu’une réforme de l’ONU adaptée au 21ème siècle, serve de forum et d’instrument d’action collectif pour faire face au terrorisme, à la pauvreté et à la mauvaise gouvernance, le premier Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies à s’adresser à la « Conférence sur la sécurité de Munich », M. Kofi Annan a décliné le 13 février sa vision sur « Un monde plus sûr : Le rôle de l’organisation des Nations – Unies ».

Quiconque observe la situation de la sécurité mondiale aujourd’hui peut constater que les problèmes qui se posent sont redoutables. Mais il y a aussi des signes d’espoir dans la quête incessante des hommes pour la paix.

Les ennemis d’hier ont accepté de partager le pouvoir au Soudan. Israéliens et Palestiniens se sont engagés à respecter un cessez-le-feu. Le peuple afghan a pris son destin en main. Et le peuple iraquien, meurtri mais la tête haute, a commencé sa longue marche vers l’autodétermination.

Un Iraq stable et démocratique, en paix avec lui-même et avec ses voisins, est crucial – pour les Iraquiens bien sûr, mais aussi pour la région et pour l’ensemble de la communauté internationale. L’Organisation des Nations Unies doit jouer pleinement son rôle pour l’aider à atteindre cet objectif. Nous sommes fiers d’avoir pu aider les Iraquiens à organiser l’élection qui s’est tenue récemment. Et nous sommes déterminés à les aider à franchir les prochaines étapes de la transition, qui seront décisives.

La clef du succès sera d’assurer la participation sans exclusive de tous les groupes de population. L’Organisation a déjà entamé un dialogue avec les groupes – principalement les Arabes sunnites – qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas participé aux élections, mais sont prêts à poursuivre leurs objectifs de façon pacifique.

Nous sommes également prêts, si les Iraquiens nous le demandent, à leur fournir toute l’assistance technique que nous pourrons – qu’il s’agisse de leur donner des conseils pour rédiger la Constitution ou de les aider à organiser le référendum par lequel ils l’approuveront et les élections parlementaires qui suivront. Pendant ce temps, 23 organismes, fonds et programmes des Nations Unies s’efforcent de coordonner l’aide internationale et d’aider à la reconstruction du pays.
Je me réjouis des efforts que font des alliés de longue date pour consolider, ensemble, la paix fragile qui se dessine en Iraq. Mais je voudrais aujourd’hui demander à l’Europe et à l’Amérique de faire quelque chose de plus cette année : penser à l’avenir et aider à jeter les bases d’un système de sécurité collective durable dans le monde.

Le mois prochain, je présenterai aux États Membres de l’Organisation des Nations Unies le programme de réforme du système de sécurité internationale le plus ambitieux qui ait jamais été proposé depuis la création de l’Organisation en 1945. Mon rapport s’inspirera largement des recommandations faites par les 16 femmes et hommes éminents qui composaient le Groupe de personnalités de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement. J’ai le grand plaisir de saluer et de remercier une fois de plus mon cher ami Brent Scowcroft, une des personnalités éminentes de ce Groupe, qui est ici aujourd’hui.

Leur message est simple: l’environnement mondial en matière de sécurité s’est transformé et notre système international de sécurité collective, y compris l’Organisation des Nations Unies, doit aussi changer.

Nous savons tous que les menaces peuvent aujourd’hui franchir les frontières à la vitesse de l’éclair et surgir au moment où on s’y attend le moins. Mais ce que nous réalisons moins bien, c’est à quel point nous sommes mutuellement vulnérables:

– Ainsi, un attentat terroriste à l’arme nucléaire qui frapperait New York, Londres, Paris ou Berlin ferait immédiatement des centaines de milliers de morts. Mais l’économie mondiale s’en trouverait aussi dévastée, et des millions de personnes dans les pays en développement sombreraient dans la misère;
– Une nouvelle maladie mortelle apparaissant dans un pays pourrait être propagée en quelques heures aux quatre coins du globe par des voyageurs aériens qui ne s’en rendraient même pas compte;
– Un pays en proie à la guerre civile peut déstabiliser des régions entières, enflammer les populations, servir de refuge aux terroristes et aux membres de réseaux criminels et hâter la propagation des maladies; et
– Le fait de laisser impunis les auteurs de crimes abominables ne fait qu’encourager la perpétration d’autres atrocités.

Aussi, dans cette époque d’interdépendance, nous devons cesser de penser que certaines menaces ne concernent que certains d’entre nous. Nous sommes tous responsables de la sécurité de chacun et nous devons œuvrer tous ensemble à bâtir un monde plus sûr. En fait, en renforçant la sécurité des autres, nous assurons notre propre protection.
Pour réaliser cet objectif, je pense que nous devons agir dans quatre domaines.

Tout d’abord, nous devons renforcer nos systèmes de défense collective, afin de faire en sorte que les menaces lointaines ne deviennent pas imminentes et que les menaces imminentes ne se concrétisent pas.

Prenons la menace de prolifération nucléaire. Pendant des décennies, le Traité de non-prolifération nucléaire a empêché une prolifération nucléaire en chaîne. Mais si nous ne prenons pas de nouvelles mesures maintenant, nous risquons d’avoir à faire face à une telle prolifération en chaîne d’ici peu.

Le Groupe de personnalités de haut niveau a formulé de nombreuses recommandations à cet effet, dont:

– Des règles d’inspection plus strictes;
– Des mesures d’incitation aux États qui renonceraient à leurs installations d’enrichissement et de retraitement de l’uranium;
– Un traité de limitation de la production de matières fissiles;
– Un délai plus court de mise en œuvre de l’Initiative mondiale de réduction de la menace nucléaire;
– Une plus large participation à l’initiative de sécurité et de lutte contre la prolifération;
– Une coopération plus étroite entre l’AIEA et le Conseil de sécurité; et
– Des mesures concrètes de désarmement.

Les États Membres doivent trouver la volonté politique d’agir pour renforcer le régime de non-prolifération.

L’Organisation des Nations Unies doit utiliser au mieux sa capacité de rassembler, sa compétence normative et sa dimension universelle pour lutter contre le terrorisme. Le mois prochain, à Madrid, j’ai l’intention de présenter une stratégie de lutte antiterroriste pour l’Organisation. Le Groupe de personnalités recommande qu’un fonds d’affectation spéciale soit créé pour aider les États Membres à remplir les obligations qui leur sont imposées par le Conseil de sécurité en matière de lutte antiterroriste, et que l’ONU leur apporte une plus grande assistance en la matière.

L’Organisation des Nations Unies ne doit tolérer aucun acte de terrorisme, quel qu’il soit, et quelles que soient les raisons invoquées. Le Groupe a pu se mettre d’accord sur une définition du terrorisme – ce que les États Membres n’avaient pas réussi à faire jusqu’à présent.

Les États doivent maintenant utiliser cette définition pour achever de mettre au point et adopter une convention globale contre le terrorisme, dans laquelle il sera clairement affirmé qu’il est totalement inacceptable de prendre pour cible des civils ou des non-combattants.

Nous devons aussi prendre beaucoup plus au sérieux la question de la sécurité biologique. Comme le rapport du Groupe le montre, des terroristes pourraient assez facilement tuer des milliers de gens à l’aide d’agents comme l’anthrax ou le virus de la variole. Nous avons vu avec le SRAS à quelle vitesse une maladie infectieuse pouvait se propager. N’attendons pas que le pire se produise pour prendre ensemble des mesures préventives. J’encourage le Conseil de sécurité à commencer à travailler dès maintenant, en liaison avec l’Organisation mondiale de la santé, pour renforcer les mécanismes mondiaux de santé publique.

En deuxième lieu, lorsque la prévention échoue et que les moyens pacifiques s’épuisent, nous pouvons être amenés à envisager le recours à la force.

La décision de recourir à la force n’est jamais aisée. C’est l’une des décisions les plus graves qui puissent être prises. Le Groupe a proposé une démarche qui devrait aider tous les États et le Conseil de sécurité à étudier ces décisions et leurs conséquences et à parvenir à un consensus.

Le Groupe ne voit pas la nécessité d’amender l’Article 51 de la Charte des Nations Unies, qui affirme le droit de légitime défense de tous les États contre une agression armée. La plupart des juristes admettent qu’au sens de cet article les États ont aussi le droit d’agir par anticipation en cas de menace imminente.

Toutefois, comme le Groupe le fait observer, certaines menaces qui, aujourd’hui, ne sont pas imminentes, peuvent se matérialiser pratiquement du jour au lendemain et se transformer en scénarios catastrophes si les mesures nécessaires ne sont pas prises. Le Conseil de sécurité, qui est pleinement habilité par la Charte à faire face à ces menaces, doit être prêt à s’acquitter de cette mission.

Nous devons aussi nous rappeler que la souveraineté des États comporte à la fois des responsabilités et des droits – dont la responsabilité de protéger les citoyens contre le génocide ou d’autres atrocités commises à grande échelle. Lorsque les États n’assument pas leurs responsabilités, le Conseil de sécurité doit être disposé à se substituer à eux, y compris, si nécessaire, en autorisant le recours à la force pour sauver des vies innocentes. Je me félicite donc du fait que le rapport mette l’accent sur la responsabilité en matière de protection.

Je crois que les États Membres devraient adhérer à ce principe soigneusement formulé et que le Conseil de sécurité devrait prendre les dispositions nécessaires.

Troisièmement, nous devons nous doter des outils collectifs dont nous avons besoin pour instaurer une paix durable dans les zones ravagées par la guerre – tâche à laquelle s’attellent aujourd’hui l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales dans nombre de pays. Les résultats que nous obtenons en matière d’instauration de la paix sont de fait mitigés. La moitié des guerres civiles qui semblent avoir trouvé leur règlement dans des accords de paix refont tragiquement surface au bout de cinq ans. Afin d’aider la communauté internationale à mener à bien cette mission vitale, le Groupe recommande la création d’un nouvel organe intergouvernemental au sein des Nations Unies – la Commission de consolidation de la paix. La Commission offrira aux États Membres, aux institutions financières internationales, aux organisations régionales, aux pays donateurs, aux États fournissant des contingents et aux pays qui bénéficient d’une assistance une tribune de concertation et d’action permettant d’arrêter une stratégie, de définir des orientations, de mobiliser des ressources et de coordonner l’action de toutes les parties concernées.

D’autre part, il convient de renforcer la capacité opérationnelle de l’Organisation des Nations Unies pour lui permettre de suppléer la défaillance des États. Aujourd’hui, l’Organisation a déployé plus de 75 000 personnes sur quatre continents, dans le cadre de 18 opérations de paix, tandis qu’une dix-neuvième opération est en préparation pour le Soudan.

Nos ressources sont sollicitées à l’extrême. De fait, dans un avenir prévisible, la demande mondiale dépassera la capacité d’intervention des Nations Unies, étant donné, notamment, que seulement un cinquième de nos effectifs en uniforme provient des pays développés.

Pour corriger cette situation, le Groupe préconise ce qui suit :
– Les pays développés devraient s’employer davantage à transformer leurs forces actuelles en contingents adaptés à des opérations de paix;
– Il conviendrait de renforcer les stocks stratégiques pour déploiement rapide, les arrangements relatifs aux forces en attente, les fonds d’affectation spéciale et la capacité de police civile de l’ONU;
– L’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales devraient coopérer plus étroitement en vue de se répartir les tâches et de se renforcer mutuellement.

Il ne s’agit pas là de questions abstraites ou purement intellectuelles. Voyez la situation qui règne aujourd’hui au Soudan. Pendant des années, des millions de personnes y ont perdu la vie en raison du conflit entre le nord et le sud du pays. Dans des conditions particulièrement difficiles, l’ONU s’apprête à déployer une opération de maintien de la paix dans le sud, afin d’appuyer l’accord de paix récemment conclu.

Au Darfour, une commission d’enquête des Nations Unies a établi, le mois dernier, que la population civile avait été victime de crimes de guerre, qui pourraient bien constituer des crimes contre l’humanité. Le Conseil de sécurité étudie à présent les dispositions à prendre pour veiller à ce que les auteurs de ces actes répondent de leurs crimes. Je rends hommage à l’Union africaine pour avoir pris l’initiative de déployer des forces de maintien de la paix au Darfour.

Il reste que, même avec l’aide de l’ONU, de l’Union européenne, des États-Unis et d’autres donateurs, les capacités de l’Union africaine en matière de sécurité restent dérisoires au regard de l’ampleur du problème. Et chaque jour qui passe voit mourir des personnes dont nous n’avons pas assuré la protection.

Des mesures supplémentaires doivent être prises d’urgence. Les organisations qui disposent de capacités réelles – comme l’OTAN et l’Union européenne qui sont largement représentées dans cette conférence – doivent réfléchir sérieusement à l’aide concrète qu’elles peuvent apporter pour mettre fin à cette tragédie. Nous devons travailler ensemble, en étroite coopération, et établir une stratégie efficace pour mettre fin aux tueries et protéger les plus vulnérables. Ce serait abandonner les populations du Darfour de ne pas agir.
Je suis prêt pour ma part à jouer pleinement mon rôle dans la recherche d’une telle stratégie.

Par conséquent, lorsque je parle de notre devoir d’assurer la protection ou lorsque je dis que nous devons pouvoir nous déployer effectivement et rapidement et que nous devons adopter une démarche intégrée en matière de gestion des crises et de maintien de la paix à long terme, ayez présent à l’esprit le fait que notre insuffisance collective d’aujourd’hui s’évalue en pertes de vies humaines.

Bien entendu, il aurait été nettement préférable de s’attaquer plus tôt aux problèmes chroniques de gouvernance dont souffre le Soudan depuis longtemps. Permettez-moi donc de souligner un quatrième et dernier point relatif à la sécurité collective : notre objectif ultime doit être un monde composé d’États pacifiques et efficients, capables d’exercer leur souveraineté avec responsabilité et de faire face aux tensions internes avant qu’elles ne donnent lieu à des conflits préjudiciables à leurs citoyens et porteurs de risques pour d’autres.

Nous ne pourrons édifier un monde plus sûr que si nous accordons toute l’attention voulue à la démocratisation, au développement et aux droits de l’homme. L’Organisation des Nations Unies s’emploie chaque jour à promouvoir toutes ces causes. Par exemple, les rapports de l’ONU appellent l’attention sur les préoccupations que suscite la situation des droits de l’homme dans de nombreux pays. Nous avons contribué à promouvoir un débat trop longtemps différé sur l’état du développement humain dans le monde arabe. L’action que nous menons en vue de réduire de moitié la pauvreté mondiale d’ici à 2015 se fonde sur la nécessité d’instaurer la bonne gouvernance dans les pays en développement et de mobiliser l’assistance voulue auprès des pays développés.

Un nombre croissant de pays donateurs prennent des dispositions concrètes pour s’acquitter des engagements qu’ils ont pris lors des grandes conférences internationales. En 2005, tous les pays riches devraient s’engager dans cette voie. Une importante étude récemment réalisée par l’ONU montre que le développement peut réussir s’il bénéficie d’un dosage équilibré de politiques et de ressources. Par conséquent, dans la mesure où nous appuyons la démocratie et la bonne gouvernance, renforçons l’aide, allégeons la dette et encourageons des échanges commerciaux libres et équitables. Ces différentes démarches, qui se renforcent mutuellement, constituent les meilleurs investissements que nous puissions faire pour notre sécurité collective.

Dans un peu plus d’un mois, les États Membres seront saisis de mon programme de renouvellement et de réforme. Dans sept mois exactement, les dirigeants du monde seront invités à prendre des décisions de très grande portée.

Si les États Membres agissent maintenant, nous continuerons de faire face à de nombreux problèmes. Toutefois, nous disposerons d’un système de sécurité collective plus efficient, plus efficace et plus équitable, ainsi que d’un plan plus solide pour promouvoir le développement et d’une meilleure Organisation des Nations Unies.

Et si l’on prend en considération ceux qui meurent aujourd’hui au Soudan et ailleurs, l’action des États Membres apparaîtra comme un don précieux fait à l’humanité.