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«SENGHOR NE MOURA JAMAIS»

Publié le, 23 avril 2004 par

Par Jean Ziegler, Ecrivain, professeur de sociologie, intellectuel très engagé
Rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation

Léopold Sédar Senghor est resté dans ma mémoire telle une lumière puissante. J'ai eu la chance et le très évident honneur de le connaître et de discuter avec lui dans des circonstances et les lieux les plus divers. Dans sa bibliothèque personnelle d'abord, tout en haut du palais présidentiel à Dakar. A presque chacun de mes livres il demandait à me voir. A discuter avec moi des thèses que je développais. Et très souvent il me dit avec franchise, intelligence et souvent beaucoup d'humour chaleureux son désaccord. « Main basse sur l’Afrique » en particulier mais aussi « Les rebelles » ne lui plaisaient pas du tout. Il n’avait aucune connaissance réelle des mouvements armés de libération du Tiers monde. Leurs méthodes n’appartenaient pas à son monde.

Senghor était tout en subtilité. C’était l’analyseur, le négociateur né. Ses victoires politiques, au sens large du terme, étaient presque toujours dues à sa haute intelligence, sa patience, son talent infini de diplomate et aussi : son regard de visionnaire et d’homme familier du lent et compliqué cheminement des peuples.

Je l’ai aussi entendu, combattu au sein du Bureau de l’Internationale socialiste, du temps où sous la présidence de Willy Brandt les débats y avaient encore un niveau intellectuel certain. J’ai souvent été en désaccord bruyant avec ses positions trop indulgentes face aux stratégies néo-coloniales de certains de nos camarades européens. Il ne m’en a jamais voulu.

Senghor le poète somptueux ! L’Africain à la voix qui fait écho aux souffrances, aux rêves, aux luttes millénaires de l’homme. Quel poète ! Quelle force ! Césaire, lui et quelques autres ne mouront jamais.

Enfin, cette dernière évocation peut étonner le lecteur : là où je rencontre périodiquement Senghor c’est dans le regard de ses disciples. Un exemple récent : je suis Rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation. En cette qualité (modeste) je rencontre périodiquement le Directeur général de la FAO, Jacques Diouf.

Dans ses hautes et difficiles fonctions Jacques Diouf fait constamment preuve d’un courage, d’une lucidité tout à fait inhabituelles pour un prince des Nations Unies. Après un commun débat collectif à TV-5 où il avait avec énergie réfuté les arguments d’un représentant d’une puissante société multinationale de l’agroalimentaire, je lui demandais : « Mais d’où prenez-vous toute cette force, tout ce courage ? »

Jacques Diouf me regarda un instant, puis il dit : « Vous savez, j’ai été formé par Senghor ».