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Marcel Mikala - ONU-CHA

Au cours des dix dernières années, la République Centrafricaine (RCA) a été secouée par une série de crises politico-militaires récurrentes. Des mutineries et des tentatives de coups d'Etat se sont multipliées. Les dernières qui ont eu lieu le 25 octobre 2002, et qui se sont prolongées jusqu'au 15 mars 2003, ont été particulièrement meurtrières et dramatiques, tant par le nombre de victimes que par l'ampleur et l'étendue des dégâts. Plus du tiers du pays a été touché et plus des deux tiers de la population, soit 2 millions de personnes, ont été affectées.

Dans notre étude sur "l'autopsie de la crise centrafricaine", nous analyserons successivement les fondements historiques de la RCA, la période post-indépendance, les implications humanitaires, sécuritaires et socio-économiques de la crise qui affecte le pays depuis plusieurs années.

Les fondements historiques de la République Centrafricaine: 1946-1960

L'évolution politique et historique de la RCA est identique à celle des autres territoires africains placés sous la tutelle française. Cette évolution commence à se dessiner, de manière significative, vers la fin de la deuxième guerre mondiale lorsque le Général de Gaulle ouvre en janvier 1944 la conférence de Brazzaville chargée de réfléchir sur l'avenir de l'empire colonial français en Afrique.

Le 16 octobre 1946, la métropole définit une nouvelle organisation de l'Afrique Equatoriale Française (AEF) en quatre territoires, notamment le Moyen-Congo, le Gabon, le Tchad et l'Oubangui-Chari (la future République Centrafricaine). Le 10 novembre, Barthélemy Boganda est élu député de l'Oubangui-Chari à l'Assemblée nationale française, et entre mars et décembre 1947, l'Assemblée territoriale de l'Oubangui-Chari et le Grand Conseil de l'AEF sont mis en place.
Le 28 septembre 1949 Barthélémy Boganda fonde le Mouvement pour l'Evolution Sociale en Afrique Noire (MESAN).

Le 23 juin 1956, la "Loi-cadre" ou "Loi-Deffère" ouvre la voie à l'autonomie interne dans les territoires d'outre-mer. Le 28 septembre 1958, l'Oubangui-Chari vote massivement (98,1%) en faveur de la continuité des relations avec la métropole dans le cadre de la Communauté franco-africaine. Monsieur Boganda recommande ensuite la création d'une entité fédérale composée des territoires de l'AEF, dénommée l'Union des Républiques d'Afrique Centrale (URAC).
A l'issue du référendum, Monsieur Boganda réitère son vœu relatif à la création d'une République qui regrouperait les quatre territoires de l'AEF, auxquels devrait s'ajouter le Cameroun. Ce projet ne verra pas le jour puisque chaque territoire va privilégier ses intérêts nationaux.

Le 29 mars 1959, Monsieur Boganda est tué dans un accident d'avion. Le docteur Abel Goumba devient le président par intérim avant de céder le fauteuil à Monsieur David Dacko le 5 mai. L'indépendance est proclamée le 13 août 1960.

Les implications politiques lointaines et immédiates de la crise: 1960-2003

Les années Dacko I: 1960-1965

La période qui suit l'accession de la jeune République à l'indépendance est caractérisée par une vie publique mouvementée, illustrée notamment par un bras de fer entre le président Dacko et le docteur Goumba, chef de l'opposition.
Obsédé par le drame congolais, Monsieur Dacko pensait pouvoir préserver l'unité du pays en faisant du MESAN un parti unique. Il entendait fortifier son pouvoir en instaurant un régime autoritaire. L'action de Monsieur Dacko devait en fin de compte, sous la couverture d'une sorte de culte du père fondateur disparu, instaurer un Etat fragile qui ne permettait aucune amélioration des conditions de vie des populations.

Monsieur Dacko entendait en tout premier lieu "purger le pays de son opposition", pour reprendre ses propres termes. Le départ en exil, en France, du docteur Goumba, consacrait l'élimination des forces politiques hostiles à son régime.

Le 20 novembre 1964 une loi constitutionnelle, bouleversant de fond en comble la constitution élaborée par Monsieur Boganda en 1959, érigeait le MESAN en "mouvement national unique" et officialisait son rôle "d'instance suprême de la République". En fait Monsieur Dacko s'était hissé à la tête d'un Etat quelque peu factice, persuadé que sa seule qualité de successeur de Monsieur Boganda le mettrait à l'abri des rancœurs et des ambitions.

A la fin de l'année 1965 tous les ingrédients étaient réunis pour favoriser un changement de régime: tribalisation fonctionnelle de l'appareil de l'Etat, misère quotidienne des populations, détérioration de la situation économique.

Le 31 décembre, dans la nuit de la Saint -Sylvestre, un groupe d'officiers dirigé par le colonel Jean-Bedel Bokassa et le commandant Alexandre Banza détruisit, avec beaucoup de facilité, le régime Dacko.

Les années Bokassa: 1966-1979

Le régime de la Saint-Sylvestre durera près de quatorze longues années. Dès sa prise de pouvoir, Monsieur Bokassa s'était empressé d'abolir la constitution, de dissoudre l'Assemblée nationale, en un mot de s'attribuer la totalité du pouvoir. Au fil des années, la folie de Monsieur Bokassa allait s'aggraver. Quiconque osait contredire le dictateur était arrêté, torturé, mis à mort avec ou sans parodie de jugement. En avril 1969, il faisait arrêter Alexandre Banza qui avait permis sa prise de pouvoir dans la nuit de la Saint-Sylvestre. Supplicié atrocement jusque dans la salle du Conseil des Ministres, il fut passé ensuite par les armes.

Durant les années qui vont suivre Monsieur Bokassa élimina tous ceux qu'il soupçonnait être ses rivaux (le commandant Kolégnako, le colonel Mandaba, le général Auguste Mbongo, etc...). Mégalomane, il se nommait tour à tour maréchal, président à vie. L'aide extérieure, notamment celle de la France et de l'Union européenne, ne devait jamais lui manquer. Selon des sources dignes de foi, celle-ci était systématiquement détournée par le chef de l'Etat en personne qui réalisait, avec une rapidité surprenante, la confusion entre les caisses publiques et sa caissette personnelle.

La position stratégique de la RCA, le souci d'assurer coûte que coûte une stabilité politique dans un Etat aussi fragile, la peur d'être soupçonnée d'ingérence dans les affaires d'un Etat souverain devaient, à longueur d'années, constituer une extraordinaire chaîne de complaisance de la communauté internationale pour le singulier régime installé par Monsieur Bokassa. Ni les insultes aux représentants de la France, ni les manifestations organisées contre son ambassade, ni la scène publique d'exécution et de mutilation d'auteurs de larcins, ni l'expulsion brutale de techniciens de la coopération, ni la confiscation d'entreprises ou de plantations ne devaient entraîner le ralentissement d'une aide, détournée au vu et au su de tous aussitôt qu'elle était accordée.

Alors que le pays restait plongé dans une misère indescriptible, Monsieur Bokassa proclama l'empire le 4 décembre 1976 et organisa un an plus tard, le 4 décembre 1977, la grotesque et coûteuse cérémonie du couronnement. L'empire allait durer près de trois années.
Entre janvier et avril 1979 des manifestations de jeunes élèves, excédés par la misère dans laquelle se débattaient leurs familles, furent violemment réprimées. Les protestations internationales (singulièrement celles d'Amnesty International) conduisirent les chefs d'Etat africains réunis à Kigali en mai autour du président français, Monsieur Valéry Giscard d'Estaing, à constituer une commission de juristes africains chargée d'enquêter sur les morts d'enfants.
Les Etats Unis et la France suspendirent ensuite leur coopération après que les conclusions de la mission eurent démontré l'implication des autorités centrafricaines.

Dans la nuit du 20 au 21 septembre Monsieur Bokassa, en voyage en Libye, était renversé avec le concours actif de l'armée française. L'ancien président, Monsieur David Dacko, fut rétabli au pouvoir.

Les années Dacko II: 1979-1981

Monsieur Dacko, replacé à la tête d'un pays ruiné, avait à mener la tâche impossible de restaurer une vie démocratique à laquelle il avait lui-même, du reste, porté atteinte dès 1960. La constitution autoritaire de 1964 ne pouvait être remise en vigueur. Monsieur Dacko devait tenir compte de l'existence des partis constitués à la chute de l'empire. Il soumettait au référendum, le 1er février 1980, un projet de constitution plus démocratique. Celle-ci était adoptée par
837 410 voix sur 859 447 votants. Des élections présidentielles pluralistes furent organisées en mars 1981. Elu à une courte majorité, Monsieur Dacko ne parvenait pas à se maintenir au pouvoir. Le 14 juillet 1981, l'explosion d'un engin dans un cinéma de la capitale l'amenait à proclamer l'état d'urgence et à lancer un mandat d'arrêt international contre son vieil ennemi, Abel Goumba, alors en voyage en France.
Le 1er septembre 1981, Monsieur Dacko remettait tous ses pouvoirs à son chef d'état-major, le général André Kolingba.
Comme Monsieur Bokassa en 1966, le général Kolingba suspendait la constitution, s'octroyait tous les pouvoirs et constituait avec des officiers, dont certains avaient fait tirer sur les enfants en 1979, un Comité militaire de redressement national (CMRN).

Les années Kolingba: 1981-1993

Le général Kolingba devait conserver le pouvoir pendant plus de douze ans. Reprenant les méthodes de chantage de Monsieur Bokassa, la guerre du Tchad aidant, il parvenait à se maintenir à la tête de l'Etat. Comme jadis, les détournements et le pillage des fonds publics allaient bon train. Le docteur Goumba et des centaines de prisonniers politiques étaient incarcérés à Ngaragba, la maison d'arrêt de Bangui.
Le 3 mars 1982, le régime dénonça une tentative de coup d'Etat qui aurait été fomentée par des officiers généraux et supérieurs. Des observateurs avisés mirent en doute la véracité de cette tentative de putsch qui relevait plutôt d'une volonté du nouveau pouvoir de se débarrasser de personnalités militaires et civiles qui lui faisaient de l'ombre.
Le 19 septembre 1993, à la faveur de la vague démocratique qui commençait à secouer le continent africain depuis le début de la décennie, des élections présidentielles pluralistes furent organisées et remportées par Monsieur Ange-Félix Patassé, ancien Premier ministre de Monsieur Bokassa.

Les années Patassé: 1993-2003

L'avènement de Monsieur Patassé va plonger le pays dans une période de fortes convulsions caractérisées notamment par des mutineries et des actes de violence politiques. En mai 2001 et en novembre 2002 le régime fut sérieusement ébranlé par des tentatives de coup d'Etat fomentées par des membres de la hiérarchie militaire (dont le général François Bozizé) avec la complicité de quelques cadres civils.

Le 15 mars 2003 l'ancien Chef d'état-major des forces armées, le général Bozizé entré en rébellion depuis octobre 2002, renverse le président Patassé.

Les années Bozizé: 2003......

Après une période de flottement consécutive à la réprobation internationale ayant suivi le "renversement d'un chef d'Etat légitimement élu" le général François Bozizé a réussi à consolider son pouvoir et à se faire accepter par la communauté internationale.

L'une des premières mesures prises par le nouvel homme fort du pays fut la constitution d'un gouvernement de consensus national dirigé par le docteur Goumba, la proclamation d'une période de transition associant toutes les forces vives de la nation et la définition d'un calendrier électoral à l'issue duquel la Centrafrique sera dotée d'institutions stables. A cet effet, des élections présidentielles et générales sont prévues au début de l'année 2005.

Les implications humanitaires, sécuritaires et socio-économiques de la crise

Les implications humanitaires et sécuritaires

La situation humanitaire d'une grande partie de la population reste préoccupante. Les systèmes de production, de santé et d'éducation en particulier ont été profondément perturbés voir anéantis dans certaines zones. Une partie de la population est encore déplacée aujourd'hui tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des frontières nationales: 42000 centrafricains sont actuellement réfugiés au sud du Tchad voisin, et il y a environ 200,000 déplacés internes.
Le système des Nations Unies a lancé en novembre 2003 un "Appel Consolidé" pour plus de 16 millions de dollars destinés à couvrir les besoins urgents des personnes affectées par la crise.

Les conflits au Congo-Kinshasa, au Soudan, au Tchad et au Congo-Brazzaville ont eu un impact sur la sécurité intérieure de la RCA. Ce contexte de conflit régional a conduit à une circulation massive d'armes qui a entraîné une détérioration sensible de la sécurité publique. A cela s'ajoute la perméabilité des frontières et l'utilisation des zones frontalières comme base arrière pour des opérations à finalité délictueuse par des groupes armés.

La crise centrafricaine, opérant sur fond d'instabilité régionale, a grandement accéléré la dégradation de la situation sécuritaire et profondément affecté les forces de défense et de sécurité tant sur le plan humain que sur le plan des équipements et des infrastructures. Les effectifs de l'armée ont ainsi été profondément perturbés et désorganisés non seulement par la désertion de nombreux éléments mais aussi par le recrutement de miliciens et hommes d'armes de tout ordre par les différents protagonistes.

Au-delà des forces régulières, on identifie aujourd'hui diverses forces para-militaires ou informelles (milices, coupeurs de routes) qui constituent un facteur majeur d'insécurité. Les multiples visages et réalités de l'insécurité se traduisent par des braquages, des vols à main armée, des viols, des pillages et des rançonnements.

Les implications socio-économiques

Avec une population de 3,8 millions d'habitants en majorité jeune (50% de la population a moins de 18 ans) et malgré la présence de ressources naturelles significatives (diamant, or, bois précieux, uranium, coton, café, etc...) la RCA traverse une situation de crise économique chronique depuis plus d'une décennie.

Classée 154ème sur 174 pays en 1995, puis au 165ème rang entre 1996 et 2003, la RCA est au 169 ème rang en 2004 en matière de Développement Humain Durable. Pour la période 1990-2002 le taux de croissance de l'économie était de -0,2%. Des taux de croissance négatifs de l'économie sont intervenus en 1992 (taux de croissance de -6%), en 1996 (-2,8%) et en 2001 (-0,4%), années correspondant aux grèves et mouvements de villes mortes en 1992, mutineries successives en 1996 et coups d'Etat manqués en 2001.

La gestion des finances publiques constitue probablement l'une des principales causes des troubles sociaux et politico-militaires qu'a connus le pays.
La pression fiscale moyenne (recettes fiscales rapportées au PIB) en RCA ne dépasse pas 9% et est sans doute le plus faible taux de la sous-région. Ce faible taux se trouve dans la structure même du PIB qui accorde un poids important au secteur primaire (agriculture vivrière et élevage) alors que celui-ci est peu fiscalisé. Au cours de la période 1996-2001, l'Etat a mobilisé en moyenne annuelle 50 milliards de F CFA de recettes totales pour des dépenses minimales d'environ 150 milliards. Il doit, en outre, 740 milliards au titre de la dette extérieure et intérieure en plus des arriérés de paiement qui varient entre 40 et 60 milliards selon les années. Durant la même période la part des ressources extérieures dans le financement des investissements publics a varié entre 85% et 90%, illustrant ainsi la forte dépendance vis-à-vis de l'aide extérieure.

L'impact de ce contexte socio-économique sur les conditions de vie des populations est désastreux. Selon le Rapport Mondial sur le Développement Humain de l'année 2000, ce sont 67% de centrafricains qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. En utilisant les données disponibles pour les années 1995-2000, on estime à 45,2% la proportion de centrafricains qui vivent dans des conditions de dénuement total. Le fait que les 20% les plus riches de la population centrafricaine se partagent 65% des revenus du pays, contre seulement 2% pour les 20% les plus pauvres, témoigne de la structure très inégalitaire de la distribution des revenus en RCA.

La faillite chronique du système de gouvernance a eu de graves conséquences sur les systèmes éducatifs et de santé qui sont constamment paralysés par des mouvements de grèves pour cause de paiement irrégulier ou interrompu des salaires. En outre, les équipements scolaires et sanitaires ont continué à se dégrader en raison des faibles niveaux d'allocation budgétaire pour ces secteurs.

L'espérance de vie à la naissance qui était de 43 ans au milieu des années soixante dix, et qui avait atteint 49 ans en 1988, a chuté à 44,3 ans en 2000.

Cette dégradation de la situation sanitaire provient de la poussée du taux de prévalence du VIH/SIDA. La cartographie du VIH chez la femme enceinte publiée en décembre 2002 a montré que le taux de prévalence dans cette population est de 15%, faisant de la RCA le dixième pays le plus infecté au monde et le premier pays dans la sous-région Afrique centrale.

Quant au niveau de savoir et de connaissance mesuré par le taux de scolarisation tous niveaux confondus, il s'est également dégradé au cours de la dernière décennie. Le taux de scolarisation combiné est passé de 37% en 1994 à 24% en 1999, niveau inférieur à ce qu'il était en 1960, année de l'accession du pays à l'indépendance. Cette situation est le résultat de plusieurs années blanches. Près de 60% des enfants de 6 à 11 ans ne sont pas scolarisés dans les classes correspondant à leur âge en raison de l'insuffisance du dispositif scolaire sur l'ensemble du territoire et du manque de personnel enseignant.