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Pourquoi moi et pas les autres ?

Publié le, 30 juin 2004 par

Par El Hadji DIOUF

Il n’est pas rare de noter des actes de racisme en Occident. Il est même arrivé que d’honnêtes citoyens d’origine africaine fassent l’objet de ce qui peut s’apparenter à des bavures policières. Les tentatives d’intégration des populations d’origine africaine achoppent souvent sur des modes individuels ou collectifs de différenciation raciale qui placent la race noire au bas de l’échelle Quel est l’africain qui ne s’est jamais posé cette question qui stigmatise sa vulnérabilité. Pourquoi moi et pas les autres ?

C’est la lancinante problématique à laquelle doivent faire face à longueur d’année les membres de la communauté noire. Quel est l’africain qui ne s’est pas vu rabaissé, chahuté, toisé, humilié par présumé plus grand et/ou plus civilisé que soi dans des endroits public et/ou privé ? Quel est l’africain qui ne s’est pas brusquement découvert si différent au point que quelque comportement de son entourage ne lui suggère que sa simple existence/présence est dérangeante ?

Le problème est que l’africain est non seulement différent, mais généralement suspect. La présomption de culpabilité qui pèse sur lui est forte. Elle est à la limite irréfragable. Elle postule une déviance ambiante et permanente à l’égard des normes de fonctionnement de la Cité ; et sur un plan individuel, elle suggère une autre présomption, celle là d’incompétence et d’incapacité à assimiler et s’approprier les rudiments de la vie quotidienne du pays d’accueil.

Dès lors, toute l’existence du noir africain se résume à prouver, encore prouver, toujours prouver. Il faut nécessairement être plus grand que nature pour exister.

Devant la récurrence des humiliations, il est apparu que par tradition et par mansuétude, l’africain se trouve confronté à une ambivalence décisionnelle : attaquer de front en usant des solutions judiciaires en vigueur dans les pays d’accueil, ou convoquer le sens du pardon des africains. Certains renoncent au contentieux par peur, d’autres moins nombreux, par le désir de mettre en avant une approche africaine de bon aloi. C’est la solution dite à l’africaine. Elle a le grand mérite de prouver l’existence de poches d’humanisme bien cloîtrées sur le continent noir, dans un monde à la dérive. Il en ressort que l’Afrique détient par devers elle un sens du pardon et de la sagesse dont beaucoup d’autres devraient s’inspirer, une forme de dignité et d’humilité qui fait s’introvertir les pires humiliations, pour ne laisser paraître que la part d’humanité qui devrait nous être propre à tous.

Le pardon est énorme et sain ! Il est tout simplement africain ! Mais est-il efficient dans les contextes occidentaux ? Surtout, est-il exclusif d’autres modes de solutions non moins opérationnels ?

La solution à l’africaine est une réponse immanente à notre société. Elle résulte d’un travail historique de synthèse des procédures de résolution des conflits sur le continent, au point que l’absence d’une sanction matérielle ou pénale n’est point perçue comme un élément d’ineffectivité ou de dérision du consensus social. La société occidentale a des références autres.
Elle n’a certes pas l’apanage d’une justice moderne telle que nous la connaissons aujourd’hui, mais elle semble se complaire dans une culture de procédure qui déshumanise les rapports entre les individus.

Dès lors, la question de l’opérationnalité de la « solution à l’africaine » se pose dans une société ou le contentieux actif est le mode principal de résolution des conflits. Outre le sentiment de fierté d’avoir extirpé des quasi-aveux à un bourreau repenti, de quelle garantie peut-on se prévaloir de voir les actes d’agents publics ou privés se raréfier, à défaut de disparaître ? Quel peut être l’état d’esprit d’un agent d’Etat, auteur de discriminations avérées, s’il s’en tire avec une « sanction à l’africaine » dont on n’est pas sûr des effets sur ses agissements futurs, qui ne constitue pas obligatoirement une dissuasion à la récidive et qui ne laisse pas de traces compromettantes sur son cursus ? Il n’y a aucune garantie à ce que son repentir du moment ait la vertu thérapeutique escomptée et fondée sur le respect de l’engagement solennel de transiger pris devant la société. Les sanctions civiles et pénales ont ceci de particulier qu’elles consignent le discrédit et la faute dans un registre social global pour lui fournir la pérennité qui fait se remettre en cause à chaque fois que la propension à la déviance refait surface. Elles s’appuient sur un ressort matériel indélébile.

La « solution à l’africaine » est plus souple. Elle place sa confiance en l’Homme.

Pour qui s’en est bien imprégnée, elle est par sa force morale tout aussi dissuasive et indélébile que les autres modes de résolution des conflits. Pour tous les autres, elle est volage, théorique, manquant de prise sur la réalité et dont les effets instantanés sont rapidement relégués aux calendes grecques.

Elle est humaniste, et en tant que telle exportable.

Mais étant plus exemplative que punitive, elle court le risque d’être adoptée sans le fort ressort moral qui le soutend et restera pour beaucoup un douillet élément de dilution d’une responsabilité autrement sanctionnée. Parce qu’en définitive, la solution à l’africaine n’est pas consignée dans les lois et règlement de ces pays. Elle n’est pas normée et ne saurait être exécutoire. C’est juste une tentative de transposition de valeurs d’humanité couvées dans une société d’oralité et de consensus implicite vers une autre société d’écriture et de consensus explicite.

Les pays occidentaux font sur eux mêmes l’effort louable de verrouillage institutionnel et réglementaire nécessaire pour que des actes de racisme ne restent pas ignorés ou impunis sur leur territoire.

On a beau avoir un esprit retors, mais il reste difficile de se prévaloir d’une discrimination « négative » pour justifier les malheurs de toute une communauté. Mais le malheur est dans le pré, il prend racine et cherche à s’épanouir. Il n’est pas institutionnel, il est « fonctionnel ». Il n’est pas légal, il est relationnel. Et heureusement, il n’est pas majoritaire. Mais il est quand même dans le pré.

La « solution à l’africaine » préconisée est certes utile, mais elle ne doit être que l’adjuvent nécessaire aux solutions locales en vigueur et qui mettent l’accent sur une sanction punitive.
Autrement, elle se présenterait sous une autre forme de discrimination « négative » pour les Membres de la Communauté noire. Par quelle logique un coupable d’exaction sur un africain aurait-il droit à une sanction aseptisée à l’africaine, alors que l’auteur des mêmes faits sur une autre personne d’une autre couleur se verrait infligée des sanctions administratives, pénales ou civiles selon les cas ? Existerait il une hiérarchie entre les crimes et/ou délits dont sont victimes les populations censées régies par une même loi ?

Ce serait une erreur que de croire qu’on pourrait tomber dans les travers du « contentieux » comme mode de résolutions des conflits sociaux, mais il m’importe que la communauté noire ne soit pas composée de résidents de seconde zone ou n’ait pas le statut d’étrangers complètement à part . Il importe de s’approprier la solution à l’Africaine pour ses vertus pacifiques et son orientation humaniste. Mais il m’importe aussi d’élargir le champ des possibles et de se positionner comme justiciable, tout comme l’on se positionne comme contribuable. C’est cela aussi la voix des pays occidentaux. Et heureusement, elle ne manque pas de raison.