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La Professeure et Journaliste au « Monde diplomatique »
Auteur de «l’Afrique au secours de l’Occident »

Par El hadji Gorgui Wade Ndoye

«j'ai voulu rembourser une dette humaine que j'ai envers l'Afrique et que beaucoup d'Occidentaux ont sans vouloir l'avouer».
«Oui, je fais le procès de la mondialisation libérale dont l'Afrique est le miroir grossissant »

Votre livre « l’Afrique au secours de l’Occident» a un grand succès auprès du public. Depuis sa sortie vous êtes très sollicitée. Vous allez de pays en pays annoncer la « bonne nouvelle ». Le livre anime les débats et sur Internet encore la discussion est quasi quotidienne. A quoi attribuez vous ce succès ?

Ce livre correspond à une attente multiple: attente d'une autre vision de l'Afrique trop souvent réduite à une vision cauchemardesque , attente de nouvelles perspectives sur un monde incertain et angoissant ; attente d'une vision plus équilibrée du monde (depuis longtemps, beaucoup de gens pensent sans le dire que l'Afrique peut apporter au reste du monde et pas seulement recevoir); les gens sont aujourd'hui en demande de nouvelles réflexions car ils sentent que notre monde va au devant de grandes catastrophes.

Peut – on s’attendre à un deuxième tome qui reprendrait en compte toutes les discussions qui sont en cours?.

J'ai conçu ce livre comme un dialogue : je livre mon point de vue en espérant que d'autres vont s'emparer des questions posées et construire leur propre réflexion. Mon idée n'a jamais été d'apporter des réponses toute faites mais d'ouvrir des espaces de discussion et de dialogue. Notre monde souffre d'une trop grande unilatéralité des points de vue et d'un manque d'imagination intellectuelle. Pourtant, nombreux sont ceux qui pensent à travers le monde avec des idées originales mais ils n'ont pas la parole. Je voudrais ouvrir un espace de communication . Nous avons besoin d'un dialogue des cultures qui ne soit pas un vain mot mais une réalité. Dans ce cadre, l'Afrique a beaucoup à dire et à apporter. Il appartient aux Africains de choisir ce qu'ils veulent dire et, éventuellement, de s'emparer de l'espace ouvert. Je crois réellement que le monde mondialisé a besoin d'un regard et d'une contribution civilisationnelle de l'Afrique. L'Occident capitaliste mondialisé traverse une crise morale comme le montre les guerres impérialistes et la domination des valeurs marchandes au détriment de l'humain.

Quel est l’accueil du public africain ? enthousiasme, déception ? Et en Occident. Encore une prophète ?

L'accueil fait au livre est globalement positif. Ceux qui l'ont lu le crédite de son honnêteté intellectuelle même si certains points font évidemment débat (c'est le but recherché dans un esprit démocratique). Certains sont étonnés qu'on puisse penser que l'Afrique peut apporter des choses positives; c'est pourtant logique. Pourquoi les Africains seraient-ils les seuls peuples au monde à ne pas être fiers de leurs cultures ? Toutes les cultures ont leurs défauts (en Afrique comme en Occident) : il faut prendre le positif de chacune. L'enjeu pour l'Afrique est d'inventer une modernité qui lui soit propre.
Il ne s'agit pas de retourner au Moyen Age pré-colonisation. Il appartient aux Africains de déterminer quelle version positive et progressiste ils peuvent donner à leurs valeurs.

Pour ma part, je refuse l'idée d'être une prophète : je suis dans le dialogue; je ne détiens pas la vérité; je constate seulement que notre monde fonctionne à l'envers et qu'il n'est pas complet car des civilisations entières (notamment en Afrique) n'ont pas la parole.

Il me semble que, parfois, certains jeunes africains - qui paient chèrement le désastre économique de l'Afrique occidentalisée - sont sceptiques par rapport à mon livre. Je trouve triste, même si cette attitude se comprend très bien, que ces jeunes aient une image aussi négative des civilisations africaines. Comme l'historien burkinabé Joseph Ki-Zerbo, je trouve que le dialogue des générations en Afrique doit être renouvelé.

On vous reproche de vouloir justifier la corruption comme étant ancrée aux mœurs africaines. Votre argument consiste à dire que la corruption est plus présente en Europe et vous semblez valider par ce fait sa présence en Afrique. Pire, vous lui trouvez des contours positifs.... N’est ce pas un peu bizarre ?

Je ne justifie pas, je ne justifie en aucune manière la corruption qui est un phénomène abjecte surtout dans des pays pauvres. Je souligne simplement que les Occidentaux donnent des leçons de morale à bon compte alors qu'ils ont mis en place, dans le passé et aujourd'hui, un système économique et commercial qui génère la corruption. Les affaires Elf et autres l'illustrent. On ne pourra véritablement combattre la corruption qui gangrène l'Afrique qu'en remettant en cause les règles du système mondial et en combattant le néocolonialisme (notamment français) qui entretient des dictatures corrompues.

Toujours dans le registre des reproches vous mettez en relation le naufrage du « joola », celui qu’on a fini en Occident de nommer le «Titanic africain » et le naufrage du « prestige ». N’y a t- il pas une propension à trouver un fondement "libéral" au naufrage du bateau sénégalais. N’êtes - vous pas entrain de valider l'hypothèse du transfert d'agenda, y compris pour les problèmes dont les causes sont extérieures à la mondialisation ?

Mon livre est une condamnation de la mondialisation libérale dont l'échec est particulièrement visible en Afrique. En tant que Française, je dénonce en Europe l'imposition à l'Afrique d'un modèle économique dévastateur conçu à Washington et à Bruxelles et je milite pour que les puissances du Nord laissent aux Africains leur liberté. Il est inadmissible que la France, par exemple, expédie des troupes pour sauver des dictateurs africains et participe à l'oppression des mouvements démocratiques africains. Dans le même ordre d'idées, on peut aussi se souvenir que l'apartheid a été soutenu par les Occidentaux. Il ne m'appartient pas, en tant qu'occidentale, de "faire le ménage" en Afrique : il appartient aux Africains eux-mêmes de réfléchir aux causes locales des maux qui les affectent. Il appartient aux Africains d'inventer le modèle de démocratie qui leur convient et qui soit une véritable liberté pour tous les Africains et Africaines.

Dans votre critique des élites intellectuelles africaines, vous ne ménagez surtout pas celles qui ont partie liée avec les institutions économiques internationales. C’est vrai que le FMI et la Banque mondiale ont fait trop de maux au Continent noir, mais n’êtes - vous pas là aussi entrain de faire le procès de la mondialisation avec l'Afrique comme prétexte ?

Oui, je fais le procès de la mondialisation libérale dont l'Afrique est le miroir grossissant. Je trouve dramatique que les élites africaines soutiennent un système négatif en lui-même et, en tout cas, négatif pour les populations africaines (le renforcement et l'explosion des inégalités sociales en 20 ans d'ajustement structurel le montre. Voir les rapports du Programme des Nations - unies pour le développement et de la Cnuced).

Je pense que la mondialisation libérale poursuit le projet colonial en maintenant un ordre injuste qui contribue au pillage du continent au profit du Nord par l'intermédiaire de l'ouverture des marchés.

La mondialisation libérale est une escroquerie intellectuelle et sa réalité s'exprime de manière particulièrement nette en Afrique du fait de l'oppression historique dont le continent est victime. A mon sens, l'Afrique ne pourra s'en sortir qu'en s'opposant au modèle économique dominant, et non pas en s'y insérant ; c'est l'une des raisons pour lesquelles je pense que l'Afrique pourrait apporter beaucoup au monde en montrant que d'autres voies sont possibles pour elle-même et pour tout le monde. Je ne crois pas au "retard" de l'Afrique; je crois à une "résistance" passive de l'Afrique à des valeurs qui ne sont pas les siennes et qui sont inhumaines (le capitalisme marchand qui détruit la nature et appauvrit les êtres humains). Il existe d'autres façons de "développer" l'Afrique sans détruire la nature et sans maintenir les populations dans la misère. C'est là que l'Afrique doit puiser dans son patrimoine moral et social.

Certains représentants d’ONGS africaines, pour ne pas dire toutes les élites intellectuelles du Continent premier, vous reprochent de ne pas militer pour les « réparations » des crimes de l’esclavage. Où est le piège selon vous ?

Le piège est de maintenir l'Afrique dans une situation d'enfant, dans le rôle de l'éternelle victime qui ne sait rien faire d'autres que de réclamer de l'argent, qui "trouve normal de vivre la main tendue" comme le dit Boubacar Boris Diop. Je suis évidemment en faveur d'une condamnation pour crime contre l'humanité de l'esclavage et de la traite des Noirs; je suis pour qu'on finance des cours dans les écoles à travers le monde qui dénoncerait ces crimes et des conférences publiques sur ce thème majeur. En revanche, les réparations financières me paraissent infantiliser l'Afrique et poursuivre cette idée que tout se monnaie y compris la vie et le sang des Africains. D'autant plus qu 'une fois que vous aurez obtenu les réparations, vous en pourrez plus jamais rien demander et tout restera à faire car l'ordre mondial exploite par nature l'Afrique. C'est l'égalité qu'il faut demander. La véritable réparation pour moi est double : l'annulation immédiate et totale de la dette et l' édiction de règles plus justes et égalitaires pour le commerce mondial dont l'Afrique est la grande laissée pour compte. Après cela, il me semble que les Africains seront tout aussi en mesure de se développer que les autres.

On voit même de plus en plus le Président de la Banque mondiale se faire « l’avocat » des pays du Sud. N’y a t- il pas une volonté de remise en cause profonde que ces institutions opèrent pour humaniser la globalisation.

Le "nouveau discours" de la Banque mondiale et du Fond Monétaire International (FMI) n'est qu'un leurre car les grandes lignes de politiques économiques demeurent. Or ce sont ces politiques qui créent la pauvreté. La Banque mondiale et le FMI , qui se rendent compte que la mondialisation n'est pas un paradis pour les plus démunis, habillent d'un pseudo discours humanitaire une réalité qui ne change pas. Le NEPAD et les programmes PPTE le montrent qui reproduisent des recettes économiques inefficaces. Tant qu'il n'y aura pas de nouvelles règles mondiales, les pays du Sud seront perdants. Aucun pays ne s'est développé en suivant le libéralisme : Etats-Unis, Europe, pays d'Asie du Sud-est se sont développés avec du protectionnisme, des barrières douanières et des puissances publiques fortes; or, c'est précisément ce qu'on interdit à l'Afrique pour des raisons purement idéologiques et d'intérêts (le libéralisme permet de continuer le pillage de l'Afrique par les firmes occidentales).

Le plus dur des reproches faits à votre livre est une volonté de transposition d'un projet de société en Afrique. Le combat pour un socialisme triomphant a du mal à s'implanter en Europe. L'Afrique reste un terreau fertile pour la mise en oeuvre d'une telle idéologie, disent vos contradicteurs. Surtout que cela sert en même temps à combattre le libéralisme. Que répondez - vous ?

Je précise dans mon livre que je ne souhaite pas faire de l'Afrique un nouveau messianisme. Les Africains feront ce qu'ils veulent de leur histoire et de leurs sociétés. Pour ma part, je milite en Europe pour un autre monde et je laisse les Africains militer chez eux. Il faudrait que les Africains puissent s'emparer de leur propre histoire et être des acteurs du monde à égalité avec les autres. Je n'ai pas de modèle politique préconçu en tête et je pense que chaque peuple doit inventer le modèle de société qui lui convient.

En proposant l’aide de l’Afrique à l’Occident, c’est à dire un continent traversé par des crises à n’en pas finir, dont on dit même en déréliction, en dérive. Certains journalistes européens continuent toujours sans aucun respect pour les populations africaines à parler de « Continent maudit» et « sans avenir ». N’êtes - vous pas vraiment dans l’interprétation des rêves ?.

Je suis très réaliste; je n'idéalise pas l'Afrique et je me sens très occidentale. Je constate simplement que l'Afrique m'a apporté des choses (humainement et socialement). C'est un constat bien réel et bien concret. Il m'a semblé normal de le dire à une époque où, on dit sans arrêt du mal de l'Afrique. Par ce livre, j'ai simplement voulu rembourser une dette humaine que j'ai envers l'Afrique et que beaucoup d'Occidentaux ont sans vouloir l'avouer. Je donne un point de vue personnel: il me semble que l'Afrique, comme les autres continents, a des choses à dire et à apporter au reste du monde.

PRESENTATION D’UNE INTELLECTUELLE OCCIDENTALE AU COEUR D’AFRIQUE.

Par EGWN

Anne-Cécile Robert est née le 28 avril 1967. Elle est actuellement journaliste au Monde diplomatique et Professeure associée à l’Institut d’études européennes, à l’Université Paris VIII Vincennes Saint - Denis. Docteur en droit européen, cette intellectuelle française ne s’intéresse pas moins à l’Afrique.
Son dernier ouvrage qui fait l’objet de cette interview en est une parfaite illustration : L’Afrique au secours de l’Occident, Editions de l’Atelier, Paris, 01/2004.

Elle a co – écrit d’autres livres :

  • Le Peuple inattendu (avec André Bellon), Syllepse, Paris, 2003
  • Un totalitarisme tranquille. La démocratie confisquée (avec A. Bellon), Syllepse, 2001
    Au « MONDE DIPLOMATIQUE », dans son bureau on peut lire dans une affiche « Ecrire par mémoire ». Un mur brodé par l’art africain. Le lecteur peut retrouver dans les archives du « MONDE DIPOMATIQUE » cette sélection d’articles sur l’Afrique que nous vous recommandons :
  • “ Emergence d’une voix africaine ”, Le Monde diplomatique, février 2003.
  • “ Le Sénégal attend le grand changement ”, Le Monde diplomatique, février 2002.
  • “ Rwanda, vivre avec le génocide ”, Le Monde diplomatique, juillet 2000.
  • “ Internet, la grenouille et le tracteur rouillé ”, in Afriques en Renaissance, juin 2000.
  • “ La mémoire Nord-Sud en danger ”, Le Monde diplomatique, juin 1999.

Activités diverses concernant l’Afrique

  • Membre de la Société des africanistes
  • Couverture du Forum social africain, Addis Abeba, janvier 2003
  • Organisation d’un colloque “ Défaire le développement. Refaire le monde ”, en partenariat avec l’Unesco et l’association la Ligne d’Horizon, Paris, Palais de l’Unesco, février 2002.
  • Conférence publique, “ Les accords de Cotonou ”, en partenariat avec l’Unicef et les Amis du Monde diplomatique, 17 janvier 2001
  • Reportages : Sénégal, Mali, Burkina, Rwanda, Ethiopie (depuis 1998).

Publications diverses

  • “ La justice internationale entre politique et droit ”, Le Monde diplomatique, mai 2003.
  • “ L’étrange politique étrangère de l’Union européenne ”, Le Monde diplomatique, Paris, novembre 2002
  • “ Ce juge méconnu de Luxembourg ”, Le Monde diplomatique, Paris, mai 1999.
  • “ L’Europe, un fédéralisme à l’envers ? ”, Les Idées en mouvement, Paris, n° 61, 1998.
  • Redéfinir les études européennes, étude commandée par le Secrétaire général du Conseil de l’Europe, portant sur la redéfinition des études européennes dans les universités de l’ensemble des pays de l’Europe continentale (1997).
  • “ Finances communautaires et aménagement du territoire ”, in Les régions de l’espace communautaire, sous la direction de Jean Charpentier, Centre européen universitaire de Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1993.
  • Rapporteur de la quinzième session d’étude de l’Institut national du travail sur le thème : “ Europe : territoire, compétitivité, solidarité ”. Travaux effectués en Allemagne, Belgique, France, République tchèque, Pologne, 1994.