Ont collaboré à ce numéro

 ASBL-Belgique
 Ballet Béjart
 Dr Moustapha BARRY
 M Souleymane Diabaté
 M. Blaise LEMPEN
 Mme Awa Sène Sarr
 Mme Inès El-Shikh
 Mme Nafissatou Dia
 MmeCatherine Morand
 Nations Unies
 Spectacles Onésiens

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L’auteure sénégalaise a animé, à Bruxelles, une conférence dans le cadre de « Regards de Femmes » initiée par l’association les Lingeers. En marge de la rencontre, Nafissatou Dia Diouf revient sur son livre SocioBiz dont le propos était de dépeindre la société sénégalaise, voire africaine, avec sa vitalité, ses espoirs, ses entraves, ses forces vives et ses poids morts etc. Pourquoi SocioBiz, y aura-t-il une suite? Apès Wade et son régime, Macky Sall va –t-il inspirer un SocioBiz 3? Le Sénégal comme Paris, enfin et comment ? Diagnostic avec l’écrivaine sénégalaise.

 Nafissatou Dia Diouf, que ressentez-vous après avoir animé ce grand moment d’échanges autour de la littérature africaine d’expression française

C’est avec honneur que j’ai répondu à l'invitation de Lingeer ABSL, une association qui prône les valeurs d'amitié, de multiculturalité et de dialogue des peuples dont une des membres fondatrices est Mme Awa Sene Sarr, l'immense comédienne que personne n'a oubliée au Sénégal même si elle vit depuis des années en Belgique. Je garde personnellement d'elle le souvenir d'une femme belle et talentueuse, dans un pays, à l'époque de Senghor, qui mettait encore en avant la culture et son expression par des arts majeurs tels que le théâtre, la littérature et le débat d'idées. C'est donc un grand moment de partage autour de la littérature que j'ai vécu avec ces femmes Sénégalaises, Belges et d'autres pays, sans compter ces messieurs sympathisants et fort sympathiques, à l'occasion de ce café littéraire de haute portée. Je remercie du fond du coeur ces Lingeer, femmes de tête, de cœur et d'action qui font de l'interculturalité et du dialogue des cultures un levier pour une solidarité agissante"
Revenons à votre dernier livre Socio biz 2 qui est assez politique, comment l'expliquez-vous?
 
Avec SocioBiz 2 qui vient comme peut le deviner après le 1 sans en être la suite, je signe mon dixième ouvrage. Le propos de départ était de dépeindre à ma manière la société sénégalaise, celle dans laquelle je vis, mais qui pourrait être peu ou prou n’importe quelle société africaine contemporaine : avec sa vitalité, ses espoirs, ses entraves, ses forces vives et ses poids morts, le tout sous l’angle de la production et donc de l’économie et du social. Il s’agit de chroniques très liées à l’air du temps, ces fameuses tendances, circonstances et attitudes propres à une époque donnée et pour lesquelles on n’a souvent pas le recul nécessaire pour une analyse profonde. Les chroniques SocioBiz 2 ont été écrites entre 2010 et 2013, une période très chargée politiquement avec une « ambiance de fin de règne » du régime Wade, un système décadent et une population au taquet, dont la frustration menaçait chaque jour de s’exprimer dans la violence. Sans en faire un thème exclusif, j’ai trouvé là un terreau fertile et une source d’inspiration pour croquer les hommes politiques mais aussi les citoyens et autres forces émergentes du pays. Le résultat est dans ces 215 pages, sans complaisance mais, je l’espère tout en légèreté et sans pathos.
 
Vous avez fait une liste de 13 vœux pour changer le Sénégalais, pensez-vous que la société sénégalaise est capable d'introspection et de sursaut pour assurer son développement en 2060 ?
 
C’est en tout cas mon vœu et plus, mon ambition pour mon pays. L’exercice est léger dans sa forme, mais profond dans son sens. Tout SocioBiz tend vers cela : l’élévation de l’homo senegalensis vers plus d’exigence, un mieux-être individuel et collectif qui doit nécessairement passer par une remise en cause sérieuse. Nous sommes dans une logique de survie avec deux béquilles (antinomiques du reste) que sont les loisirs les plus triviaux et la religiosité la plus aveugle. Sans remettre en cause l’un ou l’autre, je pense qu’une prise de conscience agissante ne peut se trouver ni dans l’une ni dans l’autre de ces bornes.
J’ai pris le prétexte des résolutions qu’on se fait en début d’année pour passer en revue (rapidement) tout ce qu’il faudrait qu’on change en nous pour mériter la société dont nous rêvons. Le changement ne se fera pas ex nihilo. Nous en sommes les acteurs, les chevilles ouvrières, à titre individuel mais aussi en tant que mandants de nos dirigeants. Une évolution à court terme (2013) peut nous permettre de constater un changement. Mais dans une autre chronique, j’ai fait l’exercice de nous projeter dans le long terme, à un horizon théorique de 50 ans (le Sénégal en 2060) un peu pour dire qu’on ne sortira pas du sous-développement sous l’effet d’une baguette magique. Il faut soulager urgemment la souffrance de nos concitoyens tout en mettant en place des politiques de longue haleine qui aboutiront à une recrédibilisation des institutions, un assainissement des finances publiques et de l’environnement économique et surtout un mieux-être social progressif mais irréversible. Je n’ai pas moi-même de baguette magique mais je souhaite modestement être une force de proposition : nous ne trouverons pas les solutions dans les théories de développement non afro centrées. A nous d’inventer notre futur et nous en avons les ressources et les talents !
 
Envisagez-vous d'écrire un autre livre ?
 
Je suis écrivain, donc constamment avec un ou plusieurs projets d’écriture qui suivent leur propre temporalité. L’expérience SocioBiz se rapproche plutôt du journalisme et de l’instantanéité. C’est un domaine que j’ai exploré (et que je continue à explorer) avec grand bonheur, aussi parce qu’il me donne, plus qu’avec les autres projets, de vivre dans l’instant, de sentir le pouls de ma société battre en moi, d’en vivre quotidiennement les soubresauts tout en gardant la distance nécessaire pour la raconter. C’est une expérience très enrichissante, mais je pense qu’après deux volumes, mes autres projets d’écriture (ceux qui demandent plus d’introspection) méritent que je leur consacre plus de temps. Donc, je ne dis pas qu’il n’y aura pas de SocioBiz 3 mais ce n’est pour l’instant pas à l’agenda !
 
Vous avez été très critique avec le Président Wade, ne pensez-vous pas que les nouvelles autorités risquent d'avoir le même traitement dans Socio Biz 3 ?
 
Ma démarche n’est pas de mettre à l’index des personnes mais des faits. Nous étions en présence d’un régime surpuissant, une sorte de machine infernale qui finissait par être complètement déconnectée des réalités et surtout des attentes des Administrés. Le Président Wade intuitu personae n’est pas l’objet de mon propos. C’est plutôt le système, ses dérives et leurs conséquences que je fustige. L’homme est par nature imparfait, mais nous devons la plus grande exigence vis-à-vis de nos élus qui se doivent à eux-mêmes cette exigence, eux qui ont brigué nos suffrages et se doivent d’incarner la plus grande rigueur dans la gestion de notre pays et dans l’administration de la chose publique. Plus nous serons tolérants, plus nous aurons une évolution au rabais.  
 
Propos recueillis par El Hadji Gorgui Wade Ndoye