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Racisme anti-Rom: et nous musulmans d’Europe, que faisons-nous?

Publié le, 29 novembre 2013 par Mme Inès El-Shikh

 Pour le sinistre ministre de l’intérieur français Manuel Valls, les Roms ont donc “vocation à revenir en Roumanie et en Bulgarie” (rappelons quand même au passage que la minorité Rrom est victime de persécution notamment en Roumanie). La position de Valls serait soutenue par 65% des Français. Pire encore, elle n’est pas isolée en Europe. On se rappelle par le passé que la Ligue du Nord italienne a soutenu la politique de Nicolas Sarkozy en la matière (oui, la Ligue du Nord, ce parti qui a appelé au viol d’une ministre noire italienne). Récemment, la justice hongroise a condamné les auteurs de plusieurs meurtres de personnes Roms, mettant en lumière l’odieux racisme dont ils sont victimes en Hongrie. Un parti néo-nazi allemand a lancé une campagne d’affichage anti-Rom. La liste est longue. Et en Suisse nous ne sommes pas épargnés puisque les faits divers autour des Roms est un marronnier de la presse locale et nationale, alors que les partis lancent des vindictes et que les autorités démantèlent des camps et détroussent les mendiants des fruits de leur activité.

 Il est excessivement brutal, quand on y pense, de constater qu’au fond, l’Europe n’a pas encore évolué sur la question des populations Roms. Très peu de choses nous séparent encore, aujourd’hui en 2013, des pires époques du siècle précédent. Nous acceptons si simplement de condamner à la non-vie un ensemble de plusieurs centaines de milliers de personnes, comment pourrions-nous prétendre avec certitude que demain nous n’appellerons pas à leur mort pure et simple?

Ce que subissent les Roms en Europe est subi aussi par d’autres populations nomades dans d’autres parties du monde, je pense notamment aux Touareg dans la région sahélienne et aux Hmong en Chine et au Vietnam. La sédentarité a visiblement un problème avec le nomadisme, qu’elle ne conçoit pas comme autre chose qu’une menace.

Je suis une musulmane d’Europe, je sais ce que c’est que d’être une minorité pas particulièrement adorée du discours mainstream. Par contre, je ne sais rien, dans ma position, de la violence et de la précarité que subissent les Roms. Leur position en Europe est infiniment plus difficile que la mienne, mais mon très lointain avant-goût de cette histoire de mise au ban me fait sérieusement réfléchir sur ce qui est de notre devoir de faire, nous Musulmans européens. Un peu comme tout le monde, un peu comme partout, nous nous bougeons quand il s’agit de notre chapelle, mais nous semblons croire que ce qui arrive aux autres ne nous concerne pas. Bien sûr, nous ne sommes pas les seuls dans ce cas, mais ce n’est pas une excuse. A force de cloisonner les luttes, nous allons tous à la perte. Quand les Musulmans ne se battent que pour des sujets relatifs à l’Islam, des féministes que pour des causes féministes et des ouvriers que pour les causes ouvrières, cela revient à admettre qu’on ne défend pas des principes mais des postures. Il serait temps de repenser la conjugaison des luttes.