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Par Alioune Sarr*, Ministre du Commerce, de l'Industrie et du Secteur informel du Sénégal. 

La mondialisation des chaines de valeur fait l’objet d’un intérêt particulier. Il s’inscrit dans un contexte mondial où le poids technologique et économique joue un rôle extrêmement important.

 Cette mondialisation fait partie du quotidien des entreprises. C’est un processus d’élargissement de l’espace économique d’intervention des entreprises associé à l’expansion mondiale des chaînes de valeur qui offre de nouvelles possibilités d’accès aux marchés internationaux à de nombreux pays en développement mais présente également des défis majeurs pour les entreprises des pays les moins avancés.

En effet, la décomposition internationale des processus productifs qui s’appuie sur un réseau de filiales ou de sous-traitants et le nomadisme de segments entiers des appareils de production selon la logique des avantages comparatifs est l’une des caractéristiques des chaines de valeur au niveau mondial.

Cette décomposition des processus productifs est de plus en plus tributaire des investissements directs étrangers et des échanges de services. Ces derniers restent les principaux vecteurs de l’intégration économique mondiale des pays développés et des pays en développement.

Aujourd’hui, Il est largement admis que le commerce est un moteur de croissance économique et de développement, comme en attestent en particulier les politiques axées sur les exportations que mènent les pays émergents depuis plus de deux décennies. 

Cependant, les PMA représentent seulement 1,12 % du commerce mondial contre 1,09 % en 2010. Même si nous notons une progression dans la participation au commerce mondial, cela soulève encore un certain nombre de préoccupations liées à la diffusion des effets positifs de la mondialisation dans ces pays du fait que leur participation au commerce international demeure marginale.

Les produits de base, les produits des entreprises non extractives sont les principaux produits des PMA qui participent aux chaînes de valeur mondiale.

Or, l’approche de chaîne de valeur est un processus qui relie les matières premières, les produits intermédiaires de la fabrication manufacturière et les échanges de services.

Par ailleurs, au niveau des investissements directs étrangers (IDE), les pays les moins avancés ont connu une croissance forte des entrées durant cette dernière décennie. Traditionnellement, la grande majorité des investissements extérieurs provenait des pays développés. Actuellement, les flux d’IDE émanant de pays en développement et de pays en transition (notamment les IDE apportés par des fonds souverains) sont de plus en plus importants.

Nous constatons donc que le rythme des investissements a été soutenu, mais il faudra davantage les orienter vers le secteur des activités internationales échangeables pour contribution à l’intégration à l’économie mondiale. 

Toutefois, comme le commerce, la part des IDE mondiaux en destination des pays les moins avancés reste encore inférieure à 2%.

 

 

Connecter les pays les moins avancés aux chaînes de valeur : le cas spécifique du Sénégal.

 

Point n’est-il besoin de rappeler que le Sénégal, à l’instar des pays les moins avancés, demeure toujours confronté à des contraintes structurelles qui affectent sa capacité de production et d’offre exportable, donc à se connecter aux chaînes de valeur.

 Cependant, les gains les plus importants concerneraient l'agriculture qui est la clef de voûte de nombreux PMA. L’analyse approfondie permet  d’identifier des éléments stratégiques qui nécessitent des interventions spécifiques dans l’ensemble de la chaîne de valeur de chaque filière agricole.

De plus, pour la constitution de chaine de valeur, l’existence d’un marché potentiel est une condition nécessaire mais pas suffisante. Il faudra également des perspectives pour l’introduction d’une valeur ajoutée plus bénéfique au niveau du marché local, régional et international, des perspectives de création de revenus pour les populations producteurs  afin de contribuer à la  réduction de la pauvreté, des potentialités d’émergence de Petites et Moyennes Entreprises et d’investissement. 

Pour renforcer sa position sur les chaînes de valeur, l’environnement des affaires sénégalais a connu des améliorations significatives au cours des dix (10) dernières années. De par sa localisation idéale, le Sénégal bénéficie d’une proximité géographique incomparable avec plusieurs régions du monde. Le pays est également membre d’institutions facilitant son intégration régionale sur le plan de la circulation des personnes et des biens.

Les entreprises installées au Sénégal bénéficient de conditions favorables d’accès aux marchés à l’exportation. Ces avantages comparatifs résultent des arrangements commerciaux régionaux et des initiatives unilatérales dans le domaine des échanges commerciaux. Il en est ainsi:

a)                 le marché de l’UEMOA/CEDEAO qui compte 260 millions d’habitants. Les projections les plus basses indiquent que la région de l’Afrique de l’Ouest pourrait atteindre ou dépasser 400 millions d’habitants à l’horizon 2025.

b)                Situé sur la façade Atlantique du continent africain, le Sénégal de par sa position géographique est une porte d’entrée privilégiée en Afrique de l’Ouest.

c)                 l’Initiative « Tout sauf les armes de l’Union Européenne »;

d)                les Systèmes Généralisés et de Préférences (SGP) de certains pays développés;

e)                 le traitement douanier préférentiel de la Chine pour une liste de produits d’origine sénégalaise;

f)                  la loi américaine sur la croissance et les opportunités en Afrique (AGOA) des Etats-Unis.

Le cadre réglementaire et institutionnel pour le commerce et l’investissement au Sénégal s’est amélioré considérablement et de grandes firmes font d’excellentes performances dans les exportations de produits horticoles. De 2002 à 2011, les exportations de fruits et légumes frais ont vu leurs volumes exportés multipliés par 5 avec une évolution remarquable en valeur.

La clef de succès des leaders dans l’exportation de produits horticoles au Sénégal est que les entreprises qui disposent des ressources suffisantes internalisent l’ensemble des activités relatives aux processus de production, de transformation et d’exportation. Certaines entreprises internalisent à la fois la production, la formation de leur personnel, les activités de contrôle de la qualité des produits, et l’activité logistique d’exportation.

La plus grande firme agricole, à son arrivée sur le marché sénégalais, a développé son propre système intégré allant de la production à la commercialisation, allant même jusqu’à installer sa compagnie maritime, équipée de bateaux frigorifique spécialement conçus pour le transport de fruits et légumes.

Ces initiatives permettent d’exporter des produits à très haute valeur ajoutée comme la tomate cerise ou le maïs doux qui nécessitent des méthodes de production, de conditionnement et de transport respectant les standards internationaux.

Par conséquent, pour que se développe l’activité des entreprises d’exportation dans les PMA, un appui doit être apporté à tous les niveaux des filières d’exportations à travers une approche « chaîne de valeur ». 

C’est pourquoi, le Sénégal se concentre sur la création d’un environnement propice à la création de valeur ajoutée. La plupart des programmes mis en œuvre par le gouvernement et les partenaires techniques et financiers agissent actuellement dans cette optique.

Pour illustrer cela, le programme USAID / croissance économique a sélectionné plusieurs filières en raison de leur fort potentiel de croissance pour faire une analyse de la chaîne de valeurs à l’effet de déterminer leurs principales contraintes et opportunités.

Par celles-ci, la filière mangue du Sénégal présente un réel potentiel de développement. Cependant, les nombreux points critiques sur toute la chaîne devront être levés pour permettre á cette activité d’être un pilier de la croissance économique du Sénégal.

La filière mangue emploie directement 33 600 personnes dont 44,7% de femmes. La filière implique beaucoup de ménages ruraux, aidant à mitiger l’exode et à lutter contre la pauvreté.

Moins de 300 tonnes exportées en 1998, le volume des exportations est estimé à plus de 6000 tonnes aujourd’hui. 

Le pilier de l’activité export est de réussir à offrir une mangue de qualité irréprochable, tant sur la qualité intrinsèque (absences de souillures, de maladies, etc.) que commerciales (caractéristiques organoleptiques, calibre, coloration). On comprend aisément que pour réussir et se maintenir dans cette filière, il y a la nécessité de pouvoir garantir un produit de qualité depuis la production jusqu’à la table du consommateur, en d’autres termes de la fourche à la fourchette.

La transformation de la mangue occupe une place marginale, car la technologie, le savoir faire, et les équipements font défaut ; ce qui explique son niveau artisanal. Pourtant pour certaines variétés améliorées non exportées, les excédents de production, les écarts de tri, constituent des intrants potentiels pour la transformation.

Par ailleurs, La filière tomate au Sénégal présente la particularité d’être la plus organisée, intégrée et développée. En effet, sont présents aussi bien les producteurs que les transformateurs industriels. La filière s’organise autour d’un système de contrat tripartite entre les producteurs, les transformateurs et un partenaire financier qui décident ensemble des prix qui étant respectés, permettent d’exécuter les campagnes et de sécuriser financièrement les différents acteurs de la filière.

Il est important de noter cependant que pour les producteurs qui n’appartiennent pas à la chaine d’approvisionnement de la SOCAS, l’accès au marché de la tomate fraiche est particulièrement difficile.

En dehors de Grands Domaines du Sénégal qui produit des variétés en grande partie destinées à la grande distribution sur les marchés européens, les autres producteurs pèsent peu dans la filière et sont confrontés aux problèmes d’accès limité aux financements, aux marchés, aux infrastructures de stockage et à un grand besoin de renforcement des capacités.

Problèmes : la faible qualité et la disponibilité limitée d’intrants adaptés aux caractéristiques locales; l’accès limité aux financements de la campagne et des investissements; la difficile commercialisation et l’accès limité aux marchés de la tomate fraiche.

Besoins : le renforcement des capacités dans l’itinéraire cultural et l’utilisation des machines, des équipements et des techniques de production et de transformation.

Le Sénégal dispose de potentialités énormes et l’environnement aidant les entreprises peuvent tirer parti des possibilités offertes. 

 

 

Remarques finales

 

Pour que les entreprises des pays les moins avancés se connectent davantage aux chaînes de valeur et renforcent leurs capacités à faire face à la concurrence sur les marchés intérieurs et internationaux, il est impératif que les investissements directs étrangers soient les véritables instruments de leur intégration au système commercial multilatéral. Ceci pourrait être réalisé à travers la création d'un environnement favorable à l'expansion du commerce. 

Le système doit aussi pouvoir répondre aux problèmes que connaissent les pays les moins avancés en adoptant des règles susceptibles de promouvoir et de préserver leurs intérêts. A ce titre, le Programme Cadre Intégré Renforcé offre une occasion aux PMA d’évaluer la compétitivité de leurs économies et les secteurs déjà exposés ou ayant le potentiel de participer au commerce international, à travers l’Etude Diagnostique sur l’Intégration du Commerce.

L’Etude Diagnostique sur l’Intégration du Commerce (EDIC) nous donne des idées précises sur l’environnement économique et la compétitivité des entreprises et le coût des facteurs de production qui participent à la constructive des chaînes de valeur.

Les pays les moins avancés devraient ainsi continuer de militer en faveur des partenariats gagnant-gagnant, de manière à ce qu'ils puissent tirer des avantages importants des investissements directs étrangers, du transfert de savoir et de technologie.

* Extrait présentation de M. Sarr lors du Panel  "Connecter les pays les moins avancés aux chaînes de valeur". À l'occasion du Quatrième Examen global de l’Aide pour le commerce: Se connecter aux chaînes de valeur” 8-10 juillet 2013- Genève, siège de l’OMC.