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Pr Dr Bakary Sambe, Université Gaston Berger- Saint-Louis, Sénégal

Afin que nul n’en ignore !

Après le Mali, il y a de cela trois ans, le Colloque international des musulmans de l’espace francophone (CIMEF ) va se tenir au Sénégal en août 2013. A y regarder de près, cette belle initiative, du reste, ressemble fort à une stratégie  appuyée par Tariq Ramadan qui, depuis quelques années vise l’extension d’une zone d’influence idéologique sur toute l’Afrique subsaharienne mais aussi au Canada. 

 Je me suis récemment exprimé sur sa méconnaissance des réalités de l’islam en Afrique subsaharienne et ses réalités lors d’une réponse à sa position énigmatique sur le conflit malien mais aussi pendant le dernier Forum social mondial (FSM), aux Universités d’Enda, où nous avions eu un  long débat sur ce que j’appelle le paternalisme arabe de la part de ceux qui se croient investis d’une éternelle mission isalmisatrice au Sud du Sahara.

Ce qui sème le plus de confusion est la transposition des différends idéologiques opposant Tariq Ramadan et une certaine intelligentsia française ou européenne qu’il vient solder en terre africaine à travers un vaste réseau taillé sur mesure et en faire une autre tribune internationale.

L’Afrique subsaharienne, j’en reste persuadé, a d’autres priorités. Nos sociétés sont interpelées par différents défis pendant qu’on voudrait nous orienter vers des débats qui ne sont pas nôtres. Je ne peux croire que le souci d’une prétendue « conscience musulmane » soit, vraiment au centre des préoccupations de nos sociétés civiles et politiques largement occupées par la question de la refondation de l’Etat et de de la consolidation de la démocratie, la recherche des conditions de possibilité d’un mieux-être social et la stabilité dans notre sous-région.

En fait, l’islam tel que nous le pratiquons sous nos tropiques n’a jamais posé un quelconque problème au fonctionnement de nos sociétés qui ont réussi la prouesse d’une assimilation critique de cette religion et qui devrait inspirer le monde arabe après des décennies de valse entre arabisme et islamisme. Partant du principe que nous devons, tous, apprendre les uns des autres et que dans le cadre de l’islam qui érige la diversité en règle, les leçons ne devrait pas toujours venir d’Orient … ni d’Occident d’ailleurs. Le discours religieux qui fait recette dans les banlieues européennes n’a que peu de sens dans un pays où il pourrait tout manquer sauf des repères religieux et spirituels dans le cadre d’une pratique équilibrée et sereine loin des paradigmes conflictuels culturalistes.

Mais l’aspect le plus inquiétant dans la démarche du CIMEF dont les composantes sont majoritairement de bonne intention, est la volonté de procéder à un lifting idéologique de l’islamisme sénégalais.

Il est vraiment paradoxal que ceux qui accueillent Tariq Ramadan, chantre de la réforme religieuse par moments, de l’ouverture et de l’universalisme constructif, soient ceux-là mêmes qui excluent d’autres musulmans des mosquées qu’ils contrôlent dans les Campus, ces mêmes acteurs qui refusent la diversité des réalités islamiques, revendiquant le monopole de la conformité à la tradition prophétique dans leur entendement, ces mêmes franges qui combattent d’autres musulmans parce ces derniers, mourides, Qâdirs, Laayènes ou Tijânes, n’ont pas voulu adhérer à un unitarisme dogmatique savamment emballée dans une doctrine dite « réformiste » mais paradoxalement exclusive et intolérante. Ceux-là mêmes qui, pendant des années, dans la mosquée du campus universitaire multipliaient les sermons incendiaires contre tous ceux qui ne voulaient pas leur ressembler que ce soit des membres la société civile dite « laïque », défenseurs des droits humains ou simplement des non salafistes.

Qui, par une volonté de modeler leurs confrères musulmans à la nouvelle doctrine à laquelle ils se sont convertis,  ont-ils causé la fermeture d’une mosquée de campus pendant une année en voulant empêcher à un autre courant musulman d’y pratiquer son rituel ?

Ceux-là mêmes qui, aujourd’hui, accueillent Tariq Ramadan en maître de la pensée pour ensuite le brandir comme leur trophée de tolérance et d’acceptation de la différence !

En est-il lui-même conscient ou est-il dans une logique de normalisation « politique » des membres d’un courant qui s’adonne au takfir progressif de leurs compatriotes musulmans comme préalable, selon leurs termes, à la prétendue  « réalisation d’une société véritablement islamique » ? Décidément, la taqiyya, cette technique dissimulation stratégique des réelles orientations et motivations le temps que le rapport de force devienne favorable, n’est plus l’apanage d’une doctrine particulière, elle est devenue un mode opératoire de survie pour ceux qui n’osent pas assumer leurs idées.

Cela devrait gêner toute la société civile que l’on veuille saisir l’opportunité d’un CIMEF sous contrôle et sous influence pour procéder au lifting idéologique de mouvements qui n’ont jamais incarné la tolérance, se sont toujours attaqués à tous ceux qui n’adhéraient pas à leur version orientée d’un néo-sunnisme particulièrement militant et exclusif.

Mais, hélas, aujourd’hui, l’intelligentsia piégée par des leurres d’un modernisme islamique de surface, profitant de l’image d’un nouveau guide désigné des musulmans francophones n’a pu détecter la volonté d’instrumentalisation dont elle est l’objet.

A moins qu’en toute honnêteté intellectuelle on leur accorde un préjugé favorable et croie en leur bonne intention et à leur évolution comme ne cesse de le répéter un grand ami pleinement engagé dans l’organisation du CIMEF. Si tel était le cas, alors, bon colloque et excellents travaux au pays de la Teranga !