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Déplaçons l’Académie française à Dakar!

Publié le, 06 mai 2013 par Jean Noel Cuenod

 

A Paris, le franglais a désormais acquis son droit de cité, à défaut de recevoir ses lettres de noblesse. Métro, bistrots, salles de rédaction bruissent de ces termes anglo-mollassons tels que l’omniprésent «cool», le flasque «just (prononcez: «djeuste») pour le fun», le sciant «you see?» le tendance «brainstormer», l’ambigu «le pipe» (prononcez: «païpe»; il se rapporte à un projet dans le «païpe-laïne»), l’agaçant «surbooké», l’angoissant «outplacement» (reclassement professionnel), le couple festif «after work» et «happy-hour» (il s’agit des «drinks» proposés à bon marché par les bars à certaines heures lorsque les cadres mal rasés s’imbibent après le travail). Et la ville de Toulouse a choisi pour slogan « So Toulouse » (« to loose » ?)

 

 

Lorsque la ministre Christine Lagarde régnait sur Bercy, le signataire de ses lignes recevait des communiqués en anglais. Les banques françaises continuent d’en faire de même. Dans les deux cas, le but serait de satisfaire les correspondants étrangers. Merci, pour les journalistes africains, québécois, belges, suisses et autres francophones! Un grognon réclame-t-il des Français qu’ils parlent français? Le voilà aussitôt rangé au rayon «ringards», pardon, «has been».

 

 


Que fait la gardienne de la langue, l’Académie française? Elle roupille dans ses habits verts, au lieu de monter au créneau et de proposer des mots nouveaux pour franciser les termes issus des nouvelles technologies. Les Québécois, eux au moins, ont pris des mesures énergiques en imposant le français sur leur territoire, ce qui a permis à une île francophone de subsister dans un océan anglo-saxon.

 

 

Délocalisons donc l’Académie à Québec ou, mieux, à Dakar ou dans une autre grande capitale de l’Afrique francophone puisque l’avenir de notre culture se joue dans ces métropoles émergentes. On y parle un français vivant, chatoyant, vibrant et qui se révèle d’une bien plus grande richesse que le lamentable sabir des Parisiens du XXIe siècle. Les Africains savent adapter la langue aux usages actuels en choisissant des formules à la fois efficaces, drôles et poétiques. Ainsi, un «digaule» désigne-t-il un homme de grande taille, en référence au général de Gaulle. Le «smartphone» est appelé «le circulaire» (on peut circuler partout grâce à lui), une «station-service» devient une «essencerie», les «tongs» sont des «sans-confiance» ou des «en-attendant» (en attendant d’acheter de véritables chaussures). Et un Africain ne soigne pas son «look», il «fait la beauté».

 

 

 Contrairement au français des Africains, le franglais n’a rien d’inventif, il n’est qu’une copie servile de l’idiome dominant. Pour s’enrichir, le français doit certes se frotter à d’autres langues, mais tout en restant lui-même. Amis du Québec et de l’Afrique, sauvez notre langue!