Ont collaboré à ce numéro

 Abdelrahman DHIRAR
 Al-Hadj Adam YOUSSEF
 Amb. Fodé SECK
 Amb. Henri LOPES
 ASHA
 Les Créatives Onex
 M. Esteban ISNARDI
 Mme Laurie Turin,
 Paleo Festival
 PR IBA DER THIAM
 Pr Pape Amadou DIOP
 Roland Le Blévennec,
 Service Presse ONU
 Ville d'Onex

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Genève/Québec- Entre le Salon international du Livre et de la Presse à Genève en Suisse où il était invité par les organisateurs pour notamment promouvoir son dernier ouvrage Une enfant de Poto-Poto et le premier Forum mondial de la langue française, à Québec, où il a présenté un grand texte intitulé «Mon credo francophone», l'ambassadeur Henri Lopès a levé un coin du voile sur sa vie d'homme politique et de culture. Sa littérature est elle inspirée des expériences politiques en Afrique, son métissage, la Francophonie, regard sur la littérature africaine d'expression française 50 ans après les indépendances, son viatique à la jeunesse? Henri Lopès s'exprime en toute liberté et avec sagesse. ( Entretiens). 

Pouvez-vous nous présenter votre dernier livre Une enfant de Poto-Poto, publié cette année chez Gallimard ?

C’est une histoire d’un trio ou la narratrice est une femme et elle a une grande amie Pélagie et elles font connaissance le jour de l’Indépendance du Congo, c’est-à-dire le 15 août 1960 et ces deux personnages nourrissent des relations d’amitiés très fortes et, en même temps, une rivalité autour d’un troisième personnage, qui est peut être un autre personnage central, Franceschini, leur professeur, qui, petit à petit, va devenir aussi leur Pygmalion. Chacune est amoureuse de lui. L’une d’entre elle va l’épouser et toute l’histoire se passe successivement au Congo, en France, aux États-Unis, où l’une d’entre elle va s’installer, et devenir elle-même écrivain.

D'où vient le titre Une enfant de Poto-Poto ?

Parce que Poto-Poto est un quartier particulier de Brazzaville, connu d’une part pour son ambiance joyeuse, festive. C’est là où l’on trouvait, dans les années 50, 60, 70, les bars les plus à la mode où l’on jouait les nouvelles rumbas. Poto-Poto c’est aussi une culture parce que parmi les quartiers qu’on appelait, à l’époque coloniale, «indigène», c’était le plus cosmopolitique. Alors que le quartier Bakongo, au sud de Brazzaville, était, lui, ethniquement plus homogène. Poto-Poto est le quartier où on trouve toutes les tribus du Congo et où vivent également les autres Africains, en provenance notamment du Sénégal, du Mali, de la Mauritanie et qui sont devenus des Congolais. Quand quelqu’un dit je suis un enfant de Poto-Poto, il veut dire qu’il a côtoyé des gens d’origines diverses et qu’il n’est pas marqué par des préjugés tribaux; qu’il a une vision beaucoup plus cosmopolitique.

Vous êtes vous-même un métis culturel, mais qui êtes vous réellement Henri Lopès?

Moi-même je ne sais pas qui je suis réellement. J’écris pour le savoir. Le saurai-je vraiment un jour? Êtes-vous sûr, vous-même, de qui vous êtes? Si Socrate a déclaré «Connais-toi toi-même» c’est que c’est la chose la plus difficile. C’est une discipline, une méthode, une attitude intellectuelle que de parvenir à sa propre connaissance.

Mais pour ne pas être très trouble je dirai que moi-même je suis fils de métis. Je suis un métis issu de deux métissages. Mon père est fils d’un Belge et d’une Congolaise de Kinshasa et ma mère était une métisse d’un Français et d’une Congolaise de l’ethnie des Bagangoulous. Ma grand-mère était un personnage d’une forte personnalité. Lorsque je m’entretenais, en lingala, avec elle, une analphabète, j’avais l’impression d’avoir en face de moi Socrate et moi de devenir un analphabète.

Et Le Pleurer rire (Présence africaine, 1982), qui vous a fait le plus connaître, est-ce une réalité vécue ou le fruit de l’imagination créatrice de l’écrivain que vous êtes ?

C’est la question que l’on pose souvent à l’écrivain. Je pourrai me réfugier derrière la fameuse formule de Flaubert: « Mme Bovary c’est moi ». Un créateur part de la réalité. Mais s’il n’en reste qu’à la réalité, il ne crée pas un roman. Il fait un reportage. L’écrivain se réserve une dose de liberté et fait jouer son imaginaire, sa fantaisie. L’essentiel n’est pas de savoir s’il copie bien la réalité mais d’apprécier sa recréation, sa transfiguration de la réalité. Tout est permis à l’écrivain pourvu que son œuvre soit bâtie autour d’une logique interne.

Quel est votre regard sur la présence de la Littérature africaine dans le monde?

La littérature africaine est à tout fait récente. Je me suis amusé à faire un chronogramme: on pourrait poser par exemple que le 1er janvier du roman c’est la Princesse de Clèves et qu’aujourd’hui nous serions le 31 décembre. Un tel chronogramme nous montrerait que la littérature africaine commence dans la deuxième quinzaine de décembre.

C’est dire que nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour évaluer sainement la littérature africaine. En effet à l’exception des écrivains du Maghreb et du Machrek, qui appartiennent à une civilisation écrite, nous sommes nous de traditions orales. Nos langues ont été, tout au plus, transcrites. Il faut donc se garder de porter des jugements hâtifs sur la littérature africaine. La littérature africaine intéresse le monde entier parce qu’elle est neuve. Riche de mille potentialités. La littérature africaine se révèle aujourd’hui originale par ses thèmes, son environnement, ses cultures, longtemps ignorés, ou méconnus. En même temps c’est une littérature qui nous parle d’hommes et de femmes qui ont un cœur, des sentiments, une âme et des esprits communs à l’espèce humaine. La littérature africaine est une nouvelle fleur dans le jardin de la création littéraire. Or, les fleurs ont des couleurs, des odeurs, des parfums différents. Par ailleurs toutes les fleurs ne poussent pas à la même époque, à la même saison. On peut dire donc que la littérature africaine est dans un moment de grand bouillonnement. Lorsque j’étais étudiant, j’ai découvert moi-même la littérature africaine à travers l’Anthologie de la Poésie Nègre et Malgache de Senghor. Je me donnais alors la discipline de lire toute la production littérature africaine qui paraissait. J’avais peu de grains à moudre. Aujourd’hui il est impossible de lire tout ce qui se produit en Afrique. La littérature africaine est vaste, de qualité variable, comme toutes les littératures, mais elle a le mérite d’exister. On sent qu’il y a quelque chose.

Vous êtes ici à Québec invité de l'OIF, êtes - vous candidat pour le poste de Secrétaire général de la Francophonie?

Non. Il faut être réaliste. Cette année, je vais avoir 75 ans. J’atteins un âge vénérable. Or, être Secrétaire général de la Francophonie, c’est être capable d’un grand dynamisme car il y a beaucoup de travail, on voyage beaucoup, on doit animer, dynamiser des structures… Je peux contribuer d’une autre manière à la réflexion sur la francophonie et à sa vie.

Quel pourrait être votre message à la jeunesse africaine au vu de votre longue carrière politique et d’auteur ?

Je n’ai pas fait de carrière politique, j’ai fait un parcours politique. Je n’ai jamais voulu être un animal politique. J’ai été conduit à la politique parce que j’appartenais à la génération qui est arrivée à la majorité civique en même temps que l’Indépendance de nos pays. J’ai tout naturellement pensé qu’il était de mon devoir de contribuer, de participer à la construction nationale de mon pays. Ce faisant, j’ai sans doute fait des choses intéressantes mais j’ai également commis des erreurs. Ce dont je suis sûr c’est d’avoir toujours été honnête, même quand je me trompais. C’est surtout mon travail littéraire que je voudrais qu’on retienne.

Propos recueillis par El Hadji Gorgui Wade NDOYE