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MIGRATIONS, QUEL FONDEMENT INTERCULTUREL ?

Publié le, 22 février 2011 par Dr Alpha Ayandé

Depuis son apparition sur la terre, l’Homme a toujours ressenti le besoin de se déplacer, partir ailleurs et découvrir d’autres horizons. Afin de s’adapter à son nouvel environnement, le migrant va devoir surmonter divers processus d’ « enculturation (1) » et d’ « acculturation (2)». Ces processus supposent d’une certaine manière une assimilation des us et coutumes du pays d’accueil.

L’assimilation culturelle - une étape extrême de l’acculturation -  est « jugée impossible par certains, pour la bonne est simple raison qu’elle est réputée nuisible car elle trouble le tempérament et favorise des désirs nouveaux, sources de frustration puis de haine » (3). En effet, les perceptions qu’une personne a de sa culture ainsi que de son histoire individuelle et collective lui permettent de se représenter elle-même et d’identifier les autres. À travers ces différents processus d’adaptation du migrant à son pays d’accueil, est-il vraiment nécessaire de lui imposer une assimilation culturelle ? Force est de noter que transmis de génération en génération, ces repères – culturels - aident les individus à prendre leur place dans le monde qui l’entoure, lesrendant apte à fonctionner adéquatement en société. De plus,un fort sentiment d’identité, bien intégré et accepté, permet une plusgrande ouverture et un meilleur accueil des autres (4). Au demeurant, l’apprentissage et la connaissance de la langue locale permettraient d’une certaine manière de créer cette ouverture vers un « dialogue fécond » (32) en perspective d’une participation économique, sociale, culturelle et démocratique à la vie de sa communauté d’accueil. Nous retiendrons de la signification du mot latin migratio le « passage d’un lieu à un autre », et c’est en ce sens que les migrations humaines sont intimement liées à l’évolution de l’histoire de l’humanité. Migrer est assimilable en tout point de vue à un droit humain en référence à l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l`Homme adoptée à Paris le 10 décembre 1948 qui affirme: 1- Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un État. 2- Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. »

La symbolique du voyage

                                                                                                                    

Pour l’individu qui part, c’est peut-être le climat qui lui est favorable, l’architecture, la culture locale, le style de vie, autant de « déterminants » (5) qui participent au choix de la destination vers d’autres horizons. L’appartenance géographique est aussi un facteur qui peut contribuer à ce choix de voyage et renforcer ultérieurement les capacités d’intégration, qui impliquent avec certitude des compétences communicationnelles dont l’un des principaux piliers est le langage (6) – que l’on véhicule - pour informer et s’informer sur les institutions locales. Au départ, c’est aussi la recherche de l’évasion, la rencontre avec le différent, un voyage de migrant, une possibilité de faire un rêve ou de sortir d’une impasse, la recherche d’un mieux-être par les études ou par le travail ou par le fait de n’être plus poursuivi par certaines problématiques ou autorités perçues comme une domination. La migration est une caractéristique de l’être humain parce qu’il peut se déplacer, satisfaire sa curiosité répondre au désir de vouloir vivre ailleurs et surtout en s’imaginant ce qu’il n’a pas sur les lieux actuels. L’imaginaire l’amène loin, les conflits aussi, en partie ils voyagent aussi par les études, l’aventure, suite à des guerres et des conquêtes de territoires, il part à la recherche d’un travail libérateur, pour fonder une famille ou s’en séparer. Quelquefois, il est relativement facile de retracer un profil de l’immigré selon les lieux où il essaye de s’insérer, en résonnance avec ses angoisses de se trouver ailleurs que son territoire connu. Mais toujours plein d’espoir, il est décidé à concéder plus qu’auparavant aux exigences de l’acceptation en vue d’une intégration même si celle-ci ne viendra jamais. Il y a toujours une raison pour s’expliquer à soi même les causes des multiples ajustements de conduite et de pensée, comme il sera fort évident l’arrivée d’un désaccord quand il souhaitera repartir. La capacité de jouer avec l’imaginaire est une des habilités du migrant - un sujet interculturel - Il vit le scénario de plus d’une culture. Mais l’être humain est un personnage du temps, de l’histoire et de la culture, d’une terre qui rappelle un lieu. Il appartient à un peuple, tout en se regardant comme individu, au point d’avancer dans les identités partagées et pouvoir aussi s’identifier à d’autres caractères. Toutes les migrations ont une certaine cause générale et /ou particulière ; pas toutes se rapportent aux mêmes lieux ni au même sens de migration. Les personnes font partie de l’histoire des rapports entre régions, pays ou continents (35). Il y a une histoire personnelle qui s’inscrit en toile de fond d’une réalité socioéconomique plus globale.

Les routes de l’interculturel et le cycle d’adaptation

Qu’est ce qu’on peut faire avec un nouveau regard ? Quelle lucidité rechercherions-nous lorsque l’inquiétude est grande ? Lorsqu’on se dit qui suis-je maintenant ? Qu’est ce que je fais ici ? Où vais-je ? Quels sont les éléments d’une possible acceptation sociale ? Quels sont ces éléments (ceux) qui me valorisent ? Et pourquoi ceux-ci ne me suffisent-ils plus malgré les acquisitions reconnues ? Être au plus clairvoyant à travers l’univers culturel autour de moi, une fois que les frontières sont franchies. Puis-je m’aider à décider, quand j’ai l’impression de ne plus pouvoir trancher, à cause précisément de mon voyage et de l’acculturation vécue ? Quand y a-t-il une appartenance à des mondes différents ? Comment choisir lorsqu’il y a une question de trouver une terre pour s’implanter, réaliser et fructifier ses projets? Le fruit, à l’image de la fleur est la conséquence de l’arbre – qui symbolise plus que jamais la vie - et celui-ci aussi, c’est la terre qui lui donne une assise grâce à ses racines. Comment allons nous appréhender et mieux approfondir la complexité de vivre l’interculturel ? En réalité, le sujet qui crée la culture c’est un sujet qui se cultive ; celui qui se cultive crée de la culture et de l’interculture, dans notre cas ici chacun l’approche et le connait c’est le migrant. En un moment dans le processus de migration l’individu pourrait être appelé à trouver des réponses à certaines questions liées à son identité culturelle et à ses choix de vivre ailleurs que dans son pays natal. Mais la réponse à ces questions, signifie se positionner en tant que personne humaine qui cherche à trouver une solution, à transcender les problèmes qui se posent à elle tout au long du processus d’adaptation au sein de sa terre d’accueil. En somme, s’adapter pour les migrants c’est procéder à une « transculturation (7) » – cette dernière est un phénomène qui implique une certaine « acculturation ». Ainsi le migrant est confronté à l’équilibre entre ses propres émotions et ses objectifs de vie en relation avec son statut de migrant. Ce qui expliquerait certes que les individus qui émigrent prennent des trajectoires différentes par rapport à leur pays d’accueil. Et à travers son cycle d’adaptation, la personne migrante endure des souffrances car elle aurait besoin de comprendre et de déchiffrer les messages de ces émotions, ces pensées ; mais aussi et surtout de pouvoir les comprendre par rapport à sa nouvelle culture ou bien sa nouvelle terre d’accueil (8). Le phénomène de « transculturation » intervient lorsque le migrant arrive donc à transcender ces différents processus liés à son épanouissement et son développement personnel dans le cadre de sa société d’accueil. Force est de noter que cette ambivalence, ce conflit interne entre ses émotions et ses visions culturelle et interculturelle (9) occasionnent chez certaines personnes l’apparition de maladies assez souvent bénignes et qui ne sont en réalité que des signaux d’un corps qui transmet des balises sur les degrés des difficultés que ces dernières rencontrent en termes d’adaptation à un nouvel environnement.

La culture locale, les traditions et l’intégration

Malheureusement, « on voit se propager une attitude politique de refus des immigrés, tandis que les économies continuent de demander leur engagement » (27). Ces personnes migrantes souffriraient encore car elles seraient aussi victimes d’harcèlement, de « racisme » (29), de la xénophobie et de multiples formes discriminatoires qui poussent à la mise en quarantaine et au repli sur soi (10). Ce qui est paradoxalement dramatique c’est la discrimination systémique – « le racisme institutionnel » (20) - dont ils font l’objet. Celle-ci se  définit comme étant le résultat d’un ensemble de règles ou de pratiques, de prime abord non discriminatoires dont l’interaction a pour effet de placer ou de maintenir toute une collectivité en situation défavorable – elle ne serait pas le fait de personnes précises elle résulterait plutôt d’un système social (11).  Cette situation pourrait toutefois s’illustrée par « la mise en place de véritables juridictions d’exception pour les étrangers » (41) : à bien faire croire que ces migrants n’ont pas les mêmes droits que nous, que leurs droits les plus fondamentaux – droit à la justice, droit de vivre en famille - doivent être bafoués. « Cette propension à ne considérer l’Autre qu’à travers sa spécificité religieuse ou ethnique, cette habitude de pensée qui renvoie les gens venus d’ailleurs à leurs appartenances traditionnelles, c’est cette infirmité mentale qui empêche de voir la personne au-delà de sa couleur, de son appartenance, de son accent ou de son nom, toutes les sociétés humaines en sont affectées depuis l’aube des temps. Mais dans le « village global » d’aujourd’hui, une telle attitude n’est plus tolérable, parce qu’elle compromet les chances de coexistence au sein de chaque pays, de chaque ville, et prépare pour l’humanité entière d’irréparables déchirements et un avenir de violence » (25). Tels seraient donc les principaux enjeux ; l’insertion sociale, ou bien l’intégration socioéconomique – qu’il faut surtout ne pas confondre avec la mixité sociale. Pour certains migrants, favoriser la mixité sociale dans les cités est une chose qui reste bien loin de l’acquisition d’un pouvoir économique qui les permet de sortir de la précarité. L’acceptation sociale au pays d’accueil se révélerait assez difficile pour eux - les migrants - mais le retour au pays d’origine réserve autant de surprises ; une nouvelle immersion dans sa culture d’origine ne leurs laisseraient point indifférents.

L’appartenance ou la déréliction

L’ironie du sort, vient au bout d’un certain temps vingt, trente voire quarante ans après leur départ du terroir, certaines personnes migrantes ne parviendraient plus à retourner vivre dans le pays d’origine. Pourquoi ? Car certains migrants souffriraient de ne plus reconnaitre certains aspects des us et coutumes de leur ancien terroir, qui du reste ne répondraient plus à leur vision d’être au confluent de deux ou de plusieurs cultures. Ou bien se poseraient-ils la question de savoir comment construire la synthèse de deux cultures ? S’agirait-il simplement de valoriser la culture d’origine et/ou celle d’accueil ? Ce processus de synthèse des deux cultures ne se fera pas sans la maîtrise de l’émotionnel, à savoir procéder à l’équilibre des interactions, des rapports entre les uns et les autres. Cela lui serait-il difficile ? Par endroit,  « l’infiltration du racisme dans le discours et les plateformes politiques (19)» a créé un amalgame qui se mélange à des formes d’intégration par la peur et la méfiance qui dénaturent la relation humaine entre la personne migrante et certains membres de sa communauté d’origine et/ ou d’adoption. Comment se sentir inclus dans une communauté, qui en même temps qu’elle accueille ; affiche elle-même un déni de reconnaissance de certains « droits économiques, sociaux et culturels » (37) ? « Le sentiment d’appartenance à une communauté s’inscrirait dans le cadre de dynamiques sociales etculturelles - voire interculturelles. Il ne se construit pas à travers un plafond de verre, un mur invisible qui empêcheraient une interaction des « dimensions à la fois symboliqueset émotionnelles » des différentes cultures. Si la question de « l’appartenance culturelle renvoieinéluctablement à la notion d’identité,elle reste assez lointaine des courants quiconceptualisaient l’identité en un cumul de caractéristiques innéestransmises biologiquement; les courants actuels, marqués par lesdynamiques des migrations internationales et par l’emprise desphénomènes de mondialisation, reconnaissent la malléabilité et lamouvance de la notion d’identité » (17). La dynamique de la mondialisation a conféré aux cultures le statut de « culture locale » soulevant ainsi la cruciale question de leur intégration dans un même « système » désormais explicitement global et totalisant (23). L’identité n’est pas une qualité statique, mais un processus dynamique, une ressource sociale qui ne se manifeste que quand elle est mise en acte à travers les attitudes, les comportements et les discours d’individus ou de groupes en contact les uns avec les autres (28).

Le cosmopolitisme et la multiethnicité

« La migration touche chaque pays, qui peut être une terre d’origine, de transit ou de destination, ou encore les trois à la fois. On estime qu’en 2009, quelque 200 millions de personnes, soit 3 % de la population mondiale, vivent hors du pays où elles sont nées » (24). Au regard de ces flux migratoires liés parfois aux conditions climatiques hostiles dans certaines régions et à la mondialisation, Il serait prudent voire indispensable de prévoir des changements dans les comportements humains en termes de mobilité, de recherche d’épanouissement et de bien-être. Les causes de ces changements nous les connaissons tous - conflits et « complexités des enjeux » (39) économiques et sociaux, replis identitaires versus multiethnicités, blocs économiques et idéologiques, défis démographiques, climatiques et alimentaires, crises cycliques sévères, protection de l’environnement, individualisme - et quoi encore, pour quelles solutions idoines ? Montaigne philosophe français du XVIème siècle résumait ainsi le problème du rapport à l’altérité : « Si je peux comprendre les autres, c’est parce que je suis autre que moi. Par l’enfermement artificiel qu’elle suppose, l’hystérie identitaire interdit précisément cette compréhension. Et condamne, par là-même, les individus et les groupes qu’elle contamine au mal être tant il est vrai qu’on ne peut exister, à tous les niveaux, sans autrui ». L’actualité nous rappelle brutalement qu’il est arrivé un temps oú nous devrions construire des ponts entre les peuples et les cultures en lieu et place de procéder à leur destruction – un modèle systémique hermétiquement renfermé sur lui-même serait voué à la décrépitude et finalement sa disparition. Trouver un remède au pire, supposerait de multiplier des occasions de partage et de rencontre entre les différents membres d’un même terroir afin d’expérimenter dans la diversité de « nouvelles façons pratiques du vivre-ensemble » (12). Ce serait un échec du point de vue des politiques de cohésions économique et sociale de s’évertuer à ghettoïser, isoler les personnes migrantes et pis les ramener à de simples numéros d’identification fiscale et/ou d’assurance sociale. Elles ne sauraient être étiquetées comme des instruments anonymes d’échanges dans les grands marchés mondiaux ; ni encore comme des consommateurs passifs dans le sillage des échanges commerciaux planétaires. Il y a lieu de procéder à la redéfinition des contours interculturels et culturels de nos sociétés (13) dont les transformations tendent inexorablement vers le « cosmopolite » (33) et la multiethnicité. Cette transformation supposerait « la promotion d’un modèle d’intégration interculturaliste qui concilie la diversité culturelle et la cohésion sociale » (18) ; et bien sûr à travers l’implication de tous ses membres quelques soient leurs postions à la périphérie ou au centre de l’échafaudage économique et social.

L’interconnexion des cultures et des richesses : du social à l’économie

Les sociétés du IIIe millénaire doivent être plus ouvertes et démocratiques vis-à-vis des migrants afin qu’elles puissent être capables de capter davantage le dynamisme et les apports culturels de ces nouveaux arrivants qui aspirent à participer positivement aux initiatives de développement de sa communauté d’accueil (16). Afin de renforcer durablement nos performances économiques et susciter de saines émulations chez les uns et les autres, il conviendrait d’éviter toutes les formes de violences découlant de ces dérives identitaires, ces conflits interethniques contre-productifs et stériles, il sied toutefois de reconnaitre plus que par le passé les mouvements et les droits humains de ces personnes migrantes en leur donnant d’abord la parole pour que s’installe un dialogue fécond, une confrontation participative et constructive dans la recherche de solution à l’épanouissement durable de nos sociétés. Ce processus de dialogue interculturel se crée lorsque l’« environnement garantit aux individus et aux groupes,sécurité et dignité, égalité des chances et de participation, où des points de vue différents peuventêtre exprimés ouvertement et sans peur, où il existe des espaces partagés pour les échangesculturels » (14). Le fondement interculturel des migrations reste un processus d’échange et d’enrichissement mutuel qui met en relation des individus mais aussi les relations entre les États-nations et les processus transnationaux (15). Or nous assistons de plus en plus à une autre logique du repli identitaire – un « néoracisme (19) » - qui vient maladroitement supplanter les phénomènes racistes d’antan, se caractérisant par le « fondamentalisme culturel » dont la définition est vainement articulée autour de ce qui appartient ou n’appartient pas à une « culture occidentale ». Et pourtant, chaque culture connait ses charmes et son originalité mais à côté de tout cela, aucune d’elle n’est bien meilleure qu’une autre car ayant aussi toutes leur lot d’imperfections et de gestes répréhensibles. Dans la conjoncture actuelle de la compétition économique et commerciale exacerbée et de menace « d’hyper-conflit » (21), tout doit être fait pour permettre à chaque citoyen de comprendre l’autre pour anticiper ses gestes de compétiteur ou de rival et, pourquoi pas aussi, et préférablement, lui faire confiance et l’aimer. En d’autres termes, plutôt que de persister à maintenir coûte que coûte et côte à côte, des communautés selon le principe d’inclusion/exclusion que perpétuent leurs systèmes d’enseignement et leurs médias locaux, il faudrait rechercher à stimuler la curiosité conceptuelle des citoyens de la « terre-patrie » (22) afin qu’ils puissent fonctionner adéquatement en tout point de la planète. « En somme il faut donner aux citoyens l’équipement mental qui leurs permettraient de comprendre et de choisir parmi toutes les cultures existantes, celles qu’ils souhaiteraient s’approprier, fusionner et développer» (23). Cela signifierait : « éduquer et former à l’interculturel »  (31) au sein de nos institutions et promouvoir dans nos organisations des stratégies efficaces pour combattre l’intolérance inhérente aux « préjugés raciaux et ethniques » (34).

Le migrant est un entrepreneur, un promoteur de projets économiques et culturels, il « apporte de nouvelles idées, une nouvelle énergie, de nouveaux liens: nous mangeons des pizzas italiennes, des currys indiens et des sushis japonais ; nous faisons nos courses le soir dans des magasins de quartier tenus par des migrants qui ne ménagent pas leur peine ; et nous sommes nombreux à travailler chaque jour pour, ou avec, des entreprises créées par des migrants débordant d’énergie et de projets (40). Le migrant est un médiateur de l’interculturalité, il est aussi un « acteur du développement » (38)  pour son pays d’accueil et son pays d’origine, il n’est « ni un fardeau ni une marchandise » (36) et nous lui devons du respect et de la reconnaissance à bien des égards. Dans « une économie mondialisée en crise, les migrations peuvent être un facteur de soutien au développement » (42), par conséquent, il est plus que jamais nécessaire de promouvoir des dynamiques interculturelles à travers nos sociétés avec pour objectif ultime de neutraliser les conflits latents ou résoudre ceux existants : un gage pour le développement durable. Nous devons nous résoudre à promouvoir véritablement la paix, l’entente l’harmonie et le respect mutuel entre les peuples, les individus et les pays. Avec l’appui des nouvelles technologies de l’information et de la communication, il est possible actuellement de renforcer certaines dynamiques interculturelles à travers le monde en vue de combler le fossé discordant de connaissance, de savoir, de savoir-être et de savoir-faire entre les différentes communautés politiques, économiques, sociales et culturelles. Atteindre les objectifs de réductions drastiques de telles inégalités économiques et sociales entre les individus, entre les pays pauvres et les pays riches ne sauraient être versés dans une sorte d’optimisme béat si tant est que nous nous en donnons les moyens solidaires ainsi que la volonté politique en vue de sa réalisation.

Dr Alpha Ayandé, Research and Program Coordinator - Strategy Execution Research Group, (GRES-PERFORMEX) an International Consortium for Leadership and Management Montréal Canada

  Notes et références:

1) Enculturation est définit dans le sens d’un processus d'assimilation des valeurs sociales et des traditions culturelles à l'intérieur d'un groupe humain.                                                                                                                                                                                                                               2) Acculturation est définit comme des processus dynamiques par lesquels une société évolue au contact d'une autre, empruntant et adoptant des éléments de sa culture.                                                                                                                                                                                           3) Olivier Le Cour Grandmaison. (2007). Colonisés-immigrés et “périls migratoires” Origines et permanence du racisme et d’une xénophobie d’Etat (1924-2007). http://www.inter-culturel.net/                                                                                                                                             4)Colette Boucher« Québec-Haïti. Littérature transculturelle et souffle d’oralité : une entrevue avec Marie-Célie Agnant »Ethnologies, vol. 27, n° 1, 2005, p. 195-221.                                                                                                                                                                                                         5) Wim Naude, « The Determinants of Migration from Sub-Saharan African Countries », Journal of African Economies, Vol. 19, number 3, pp. 330–356, March 2010.                                                                                                                                                                                                               6) Raimundo Dinello (1985) adolescent entre deux cultures, Éditions l’harmattan.                                                                                                            7) Transculturation est compris comme étant un processus par lequel s'opère des changements qui se produisent sous l'effet de facteurs internes, sans l'influence notable de contacts extérieurs. C’est donc un processus par lequel un individu ou une communauté emprunte certains matériaux à la culture majoritaire pour se les approprier et les refaçonner à son propre usage -  donc le migrant va traverser et comprendre les cultures du pays d’accueil tout en gardant sa propre culture.                                                                                                                8) Raimundo Dinello et Pierre Meric (1972). Théorie et Pratique de la vie en Communauté, Éditions Bélibaste Paris.                                             9) Perret-Clermont, Anne-Nelly et Dinello, Raimundo. (1987). Psychopédagogie interculturelle, Cousset (Fribourg), Suisse : Delval.                                                                                                                                                                                                                          10) Quotidien Le Monde du 17 août 2010                                                                                                                                                                                            11) Mc All, Christopher. Le fléau au visage multiple ; Magazine Relations, N° 672, octobre-novembre 2001, pp 16-17.                                       12) Pierre Lepage Magazine Relations, N° 672, octobre-novembre 2001.                                                                                                                            13) Réflexions en psychologie - Partie I - par Roy Saberi (2009) http://www.lulu.com/content/5865445Article Source:  http://EzineArticles.com/?expert=Saberi_Roy Source de l'article: http://EzineArticles.com/?expert=Saberi_Roy                                                       14) ERICarts Institute (2008) Sharing Diversity National Approaches to Intercultural Dialogue in Europe. A study for the European Commission. Brussels: European Commission. In FICAAC Rapportd’Art N° 39, (2009) Réaliser le dialogue interculturel grâce auxarts et à la culture?Concepts, politiques, programmes, pratiques. P 6. http://www.ifacca.org/announcements/2010/04/15/le-rapport-sur-le-dialogue-interculturel-est-maint                                                                                                                                                                                                              15) Ong Aihwa, (2006). Cutural Citizenship as Subject Making: Immigrants Negotiate Racial and Cultural Boundaries in the United States. In Race, Identity and Citizenship, (2006). Rodolfo D. Torres; Louis F. Miròn; and Jonathan Xavier Inda. Blackwell Publising Ltd, p 265.                                                                                                                                                                                              16) Dirk Hoerder, (2002) Cultures in Contact: World Migrations in the Second Millennium. Review Symposium, Durham, NC, International Review of Social History, p -514.                                                                                                                                                                                                                           17) Lucille Guilbert(2005). « L’expérience migratoire et le sentiment d’appartenance ». Ethnologies, vol. 27, n° 1, 2005, p. 5-32.                         18) Dan Rodríguez-García, (2010). Beyond Assimilation and Multiculturalism: A CriticalReview of the Debate on Managing Diversity. International Migration & Integration. Springer Science+Business Media.                                                                                                                   19) Micheline Labelle, (2010). Racisme et Antiracisme au Québec : Discours et déclinaisons. Presse de l’Université du Québec, Montréal, Canada, p- 24-33.                                                                                                                                                                                                                          20) Bangura, Y. et Stavenhagen, R. (2005). « Introduction : Racism, Citizenship and social justice », dans Y. Bangura et R.Stavenhagen (dir.), Racism and Publkic Policy, Houndmills, Palgrave Macmillan, p. 1-21.                                                                                                                                21) Attali, Jacques (2007). Une brève histoire de l’avenir, Paris, Fayard.                                                                                                                        22) Morin, Edgar et Anne-Brigitte Klein (1996). Terre Patrie, Paris, Seuil.                                                                                                                      23) René-Jean Ravault, (2010). Répondre à la question de la diversité culturelle à partir de l’étude de la communication intrapersonnelle, dans David contre Goliath : La Convention sur la Protection et la Promotion et l’expression de La Diversité Culturelle de l’UNESCO, sous la direction d’Yves Théorêt, Éditions Hurtubise Montréal Qc, p 76-338-339.                                                                                                                      24) Discours prononcé par le Secrétaire général de l’ONU lors de la journée Internationale des migrants, New-York, le 18 décembre 2009.                                                                                                                                                                                                      25) Amin, Maalouf (2009). Le dérèglement du monde, Éditions Grasset, Paris, p-238.