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Le Sénégal est donné en exemple par les institutions spécialisées des Nations unies dans sa lutte contre l’excision qui a permis d’enregistrer un taux de réduction de 65 %. Déjà, l’année dernière, 3 548 communautés y avaient abandonné l'excision. Mais l’éradication définitive de cette pratique traditionnelle néfaste reste un défi de taille.

GENEVE - Le Fonds des Nations unies pour la population (Fnuap) et le Fonds onusien pour l’enfance (Unicef) ont fait état des progrès réalisés dans la réduction de la pratique de l’excision au niveau international. Les deux organisations onusiennes ont nommément cité le Sénégal, dans un communiqué conjoint publié à l’occasion de la célébration, le 6 février de chaque année, de la Journée mondiale contre la pratique des mutilations génitales féminines (Mgf), pour saluer les efforts des pouvoirs publics. Notre pays est donné en exemple avec un taux de réduction de 65 %. Au Sénégal, on annonçait déjà l’année dernière que 3 548 communautés avaient abandonné l'excision. Face aux défenseurs de l’ablation du clitoris des femmes, qui est une forme de violence inacceptable faite aux filles, le gouvernement doit prendre ainsi toutes les mesures idoines pour les protéger définitivement.
Entre 100 et 140 millions de femmes et de filles dans le monde entier ont subi une forme quelconque de mutilation génitale. Environ 3 millions de filles courent chaque année le risque de la subir, affirme l’Onu. En Afrique, on recense 28 pays où les mutilations sexuelles féminines sont pratiquées. Les grands pays exciseurs (soit plus de 85 % de femmes mutilées) sont Djibouti, l’Egypte, l’Ethiopie, l’Erythrée, la Guinée, le Mali, la Sierra Leone, la Somalie et le Soudan. Mais selon l’Unicef, treize pays africains disposent de lois réprimant les mutilations sexuelles féminines et autres types de violences faites aux femmes.
‘Toutes les cultures fabriquent des bêtises’, a asséné, pour sa part, l’anthropologue mauritanien Abdoulaye Sow invité le week-end dernier à l’Université de Genève, dans le cadre d’une conférence débat sur l’engagement des hommes dans la lutte contre l’excision. M. Sow, ancien étudiant de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, défend cependant la nécessité de laisser aux Africains le soin et le temps de faire leur autocritique car, pour lui, ‘c'est la culture qui donne sens à notre vie’. Abdoulaye Sow entend éviter le braquage dont pourrait faire l'objet le continent noir. Pourtant, l'anthropologue a lui-même refusé que sa fille qui porte le nom de sa mère, soit excisée. Il lui a donné le nom de sa mère pour perpétuer la mémoire familiale. Pourtant, c'est au nom de ce même héritage que certaines ethnies continuent encore à mutiler leurs filles. Seulement comparaison n'est pas raison, et le mal n'est pas le bien.
Fonctions de l'excision
Profondément ancrée dans l'imaginaire des sociétés ‘excisantes’, l'excision est présentée comme un moyen de préserver la virginité de la fille. C'est donc une question d'honneur ou de honte. L'honneur ou la honte de toute une famille à préserver jusqu'à justifier le meurtre de jeunes filles par leur propre cousin ou frère ! Et souvent, la justification donnée est que la religion, en occurrence l'Islam, autorise cette pratique. En vérité, il n'y a aucun verset du Coran ni un ‘hadith’ ou parole du Prophète Muhammad (Paix et Salut sur Lui) qui valide l'excision. En réalité, des prêcheurs et autres fervents défenseurs d'une certaine culture profitent de l'ignorance des populations pour perpétuer leur forfait, en maintenant des millions d'individus dans l'obscurantisme.
En Arabie Saoudite, on n'excise pas. En Indonésie, premier pays musulman au monde, on n'excise pas, ni en Tunisie… L'Islam ne peut donc servir de prétexte à une telle pratique qui engendre des complications graves lors de l'accouchement, qui crée des infections (kystes, etc.), qui facilite la transmission des maladies sexuellement transmissibles, qui réduit le plaisir des femmes lors de l'acte sexuel. L'excision n'est donc qu'une pratique pathologique dont il faut raisonnablement et rapidement se débarrasser. D'où l'impérieuse urgence pour les Africains, notamment, de faire l'inventaire de leur culture et d'en tirer les conclusions idoines.
Arguments et contre argumentations culturelles
Les partisans de l'excision avancent trois arguments principaux pour justifier l’excision. Cette dernière permet, disent-ils, de préserver la virginité de la femme, d'éviter qu'elle ait des relations sexuelles en dehors des liens du mariage et enfin, elle sert de quitus de pureté à la femme qui peut ainsi prier. Mais ces arguments ne résistent pas face à l'analyse car il n'y a aucun remède efficace pour préserver la virginité. En Mauritanie où l'excision est pratiquée, une étude révèle par exemple que près de 75 % des femmes n'étaient plus vierges avant la date de leur mariage. Au Sénégal, le premier numéro du magazine Dakar Life révélait qu'une écrasante majorité de la population n'accordait plus une grande importance à la virginité. Les mutilations génitales féminines (Mgf) ne sont donc pas un bouclier contre les relations sexuelles en dehors du mariage.
Quelles sont donc les fonctions sociales de la virginité pour expliquer sa perpétuation ? Abdoulaye Sow l'a répété vendredi 5 février à Genève : ‘La virginité constitue, premièrement, une arme à l’usage de la femme pour rappeler au mari inconstant l’obligation à lui rester fidèle. Deuxièmement, elle est un bien inaliénable. C’est-à-dire en cas de divorce, la femme peut garder tous les biens que lui avait donnés son époux. C’est donc un mécanisme d’acquisition des biens, explique Abdoulaye Sow, autrement dit, c'est le prix du sang versé. Enfin, la virginité symbolise la notion de pureté et d’honneur.’ Le problème c'est que personne ne demande un quitus de virginité à l'homme. La femme vaut-elle moins que l'homme ? La demande des hommes en femmes vierges devrait-elle justifier la mise à mort des femmes ?
La mort au bout du couteau
’J’ai vu une fille excisée mourir. Je ne voulais pas que ma fille en fasse l’expérience… Je voulais la mettre à l’abri de cette bêtise’. Le combat personnel du Mauritanien a remis en question tant de prétendues valeurs africaines inscrites dans un certain marbre de l’orthodoxie culturelle. Un sacré condensé qu’on ne discute pas ! ‘Une identité ne se décrète pas’, tranche Abdoulaye Sow.
Lors d’une conférence à l’Union interparlementaire sur l’excision, Ndioro Ndiaye, alors directrice adjointe de l’Oim et ancienne ministre du gouvernement d’Abdou Diouf, révélait que l’une des raisons pour lesquelles Diouf avait perdu le pouvoir en 2000 serait liée à sa volonté de bannir l’excision. Cette reconnaissance du Sénégal est aussi sa victoire. Mais, tout dernièrement, un chef religieux d’une importante communauté invitait le gouvernement du Sénégal à reculer face l’interdiction de l’excision. Abdoulaye Wade devra ainsi choisir entre l’épanouissement et l’intégrité de nos femmes, en refusant de céder face à cette pression ou un calcul politique désastreux. C’est donc un choix pour le futur qui s’impose à lui.
El Hadji Gorgui Wade NDOYE