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Le Sénégal va-t-il dépénaliser l’homosexualité ? D’après le directeur exécutif d’Onusida, ‘les négociations sont en bonne voie avec le gouvernement’, alors que les chefs religieux du pays le disent clairement : ‘Jamais, l’homosexualité ne sera autorisée au Sénégal’.
GENEVE - Le débat fait rage au Sénégal et oppose les gardiens de la morale religieuse et coutumière aux homosexuels soutenus par des organisations des Droits humains et d’autres lobbies. Ainsi, à Dakar, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes ont déclaré faire face à la stigmatisation et à la violence généralisée. De même, dans une étude conduite à Nairobi, un homme sur quatre ayant des rapports sexuels avec des hommes avait fait l’objet d’agression ou d’humiliation en public au cours des douze derniers mois. Une autre recherche a montré que les hommes qui avaient subi des violences physiques ou autres, étaient moins susceptibles d’utiliser le préservatif lors de rapports anaux. Mais est-ce une raison pour dépénaliser une pratique largement condamnée en Afrique noire ?

Tout semble converger vers l’idée que le gouvernement sénégalais, soucieux de son image au niveau international, souhaite faire évoluer le dossier de la dépénalisation de l’homosexualité. Si la justice a eu la main lourde en condamnant récemment des homosexuels, le gouvernement d’Abdoulaye Wade s’est singularisé dans un mutisme dont la meilleure lecture qu’on pourrait en faire est de dire que l’Etat est soucieux de la séparation des pouvoirs. Jusqu’à quand ? Pour sa part, Michel Sidibé, directeur exécutif de l’Onusida, s’est dit confiant : ‘Les négociations avec le gouvernement sénégalais sont en bonne voie’, nous confiera-t-il. Seulement, interpellé le 6 février dernier à Genève au Conseil des Droits de l’homme par des ambassadeurs de pays occidentaux, le ministre d’Etat, Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Me Madické Niang informait la communauté internationale qu’’il faudrait que les gens comprennent nos contingences sociales d’autant que le Sénégal est un pays à majorité fortement islamisée….’.

Prévalence du Vih : Le taux se situe à 22 % chez les homosexuels


Une enquête démographique menée au Sénégal a enregistré des niveaux d’infection de 2 % et de 2,2 % chez les adultes soumis au test Vih dans les régions de Kolda et de Ziguinchor respectivement. Néanmoins, la prévalence nationale du Vih chez l’adulte est restée stable au Sénégal où elle était de 0,9 % [0,4 % - 1,5 %] en 2005, alors qu’elle se situe à 22 % chez les homosexuels (Onusida préfère parler d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes). La prévalence chez les homos est ainsi supérieure à celle de la population générale. L’organisation onusienne note ainsi que le taux d’infection à Vih observé parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes au Sénégal est de 22 %. Seulement, lorsque le Vih s’introduit dans les réseaux d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, il est susceptible de se transmettre aussi à leurs partenaires féminines (étant donné le faible taux d’utilisation du préservatif entre les partenaires réguliers), et par conséquent, aux nouveau-nés. En effet, comme dans d’autres régions du monde, la plupart des Africains ayant des rapports sexuels avec des hommes semblent avoir aussi des rapports sexuels avec des femmes - deux tiers ou plus, selon certaines études.

Le rôle des rapports sexuels entre hommes dans l’épidémie de Vih en Afrique sub-saharienne est, toutefois, méconnu. Mais, selon des études récentes, les rapports sexuels entre hommes pourraient être un facteur important dans plusieurs épidémies dans la région, malgré l’hypothèse largement répandue, selon laquelle les rapports sexuels entre hommes sont ‘étrangers’ aux sociétés africaines, a souligné le dernier Rapport 2008 de l’Onusida.

Si le Sénégal n’est pas cité dans le cas de la consommation de drogues injectables qui est un facteur de plus en plus important dans plusieurs épidémies de Vih en Afrique sub-saharienne, notamment en Afrique du Sud, au Kenya, à Maurice et en République-Unie de Tanzanie, notre pays doit aussi faire face à la prostitution. La transmission du Vih serait due, en grande partie, aux rapports sexuels rémunérés non protégés. A Ziguinchor par exemple, une prévalence du Vih atteignant 30 % a été relevée parmi les professionnelles du sexe, souligne Onusida.

Notre pays a dépensé dans sa lutte contre la pandémie 11,935 millions de dollars en 2006 dont 48,5 % provenaient des fonds nationaux. Cette somme augmentera en 2007 pour atteindre 17,815 millions de dollars, dont 47.8 % de fonds nationaux.

Dilemme de la dépénalisation

Au Sénégal, sous la magistrature d’Abdou Diouf qui a eu le courage d’alerter très tôt les populations sur la gravité du sida, les chefs religieux ont joué un rôle déterminant dans la sensibilisation qui a aidé à la faiblesse de la prévalence dans ce pays. Ces mêmes marabouts, notamment ceux des grandes confréries mouride et tidjane, ne veulent pourtant pas entendre parler d’homosexuels au Sénégal. Approchés par l’Ong ‘Jamra’, ils ont déjà annoncé qu’ils mèneront la croisade contre l’’Initiative 66’.

Pourtant, la lutte contre le Vih/Sida dans laquelle s’illustre ‘Jamra’ pose aussi un problème de pleine jouissance des droits humains puisque le risque d’infection au Vih et son impact se nourrissent aussi des violations des droits de l’homme, notamment la discrimination à l’encontre des femmes et des groupes marginalisés tels que les professionnel(le)s du sexe, les personnes qui s’injectent des drogues et les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes. Le 18 décembre 2008, à l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, l’ambassadeur d’Argentine Jorge Arguello, a lu un Appel pour la dépénalisation de l’homosexualité au nom de 66 pays signataires sur les 192 Etats membres. De l’autre côté, 77 pays continuent à pénaliser les pratiques homosexuelles. La peine capitale est prévue dans 7 pays (Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Iran, Mauritanie, Nigeria, Soudan, Yémen). Et trois pays détenteurs d’un veto n’ont pas adhéré à cet Appel ; il s’agit de la Chine, des Etats-Unis et de la Russie.

Cet Appel, dont l’une des avocates distinguées est Rama Yade, le ministre français d’origine sénégalaise, se fonde sur le principe d’universalité des droits de l’homme, consacré dans la Déclaration universelle. Mais il faudra beaucoup d’endurance à Mme Yade pour faire plier au Sénégal la classe maraboutique qui constitue en réalité la première société civile sénégalaise. L’initiative qualifiée d’’historique’ peut cependant compter sur des membres d’organisations des Droits de l’Homme, comme ceux de l’Ong Raddho qui défend que ‘les homosexuels, ont toujours été tolérés au Sénégal’.

N’empêche, la dépénalisation de l’homosexualité divise les Sénégalais et constitue une épée de Damoclès sur le gouvernement pris entre ses obligations internationales de respect de la Déclaration universelle des Droits de l’homme et les contingences sociales d’une population sénégalaise fortement islamisée et dont la culture généralement tolérante est rétive aux pratiques homosexuelles. Se pose l’équation du Vih et des droits humains, de même que celle de la Liberté (orientation sexuelle) et de la morale (l’islam et le catholicisme et une culture traditionnelle forte dans une société ouverte, mais foncièrement conservatrice).

El Hadji Gorgui Wade NDOYE