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NOUAKCHOTT- La Mauritanie est en proie à des crises graves et multiformes qui peuvent d’un jour à l’autre dégénérer en conflits et hypothéquer son existence.   

La crise politique :  

Elle est due à l’usurpation de l’autorité suprême par un officier félon, dévoré par l’ambition et l’exercice du pouvoir. Il est réfractaire aux règles démocratiques et ne reconnaît pas les accords scellés dans le cadre des coopérations et relations internationales. 

De jour en jour, l’orientation despotique, démagogique, familiale et clientéliste du pouvoir issu du coup d’Etat du 6 Août 2008 se confirme. La grande tendance du régime militaire est d’opérer de manière large à l’éviction des tendances de bonne gouvernance, de tolérance et de respect du droit. Toutes ces valeurs qui ont été portées par l’avènement au pouvoir du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, démocratiquement élu en 2006, sont remplacées depuis par l’incurie, le mépris des lois et l’achat des consciences. Les putschistes imprimèrent au mouvement de rectification une allure de révolution des voyous, qui du reste n’a pas de précédent dans l’histoire de la Mauritanie post indépendante. 

Cette crise politique, se cristallise tout d’abord dans un face à face dramatique entre deux pôles inconciliables en l’occurrence le Haut Conseil d’Etat (HCE) et le Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD). 

Le premier tire sa raison de régner, de la réquisition des corps d’armées doublée de la dévotion des régiments de laudateurs nationaux constitués de cadres, d’hommes politiques et de notabilités, tous rompus à l’opportunisme et sous fifre aguerris.

Quant au FNDD, il tire sa raison d’être du suffrage des urnes ainsi que des textes des lois de la constitution de la République. 

Au-delà de cette crise politique, certes conjoncturelle, mais très grave, d’autres crises beaucoup plus profondes et parfois même structurelles, agitent l’Etat et la société. Ces dangereuses secousses provoquées par le coup d’Etat viennent se greffer à celles vécues depuis l’avènement de l’Etat mauritanien.  

La Crise Sociale Identitaire :  

Elle concerne le malaise croissant au sein de la couche haratine (esclaves et anciens esclaves), environ 50% de la population du pays. L’identité de cette couche-classe s’est formée dans la confrontation séculaire, perpétuelle et continue à l’esclavage et à ses stigmates. Cette situation se cristallise dans le croisement des regards (comme chiens de faïence),  mais aussi, par celui des mots haratine et arabo-berbères. En effet, cette forte contradiction qu’aucune politique ne tend à désamorcer, est très visible dans le face à face entre quartiers chics et bidonvilles, entre employeurs et employés, entre une minorité d‘officiers supérieurs des armées et une majorité de soldats et d’hommes de troupe, entre magistrats et population pénitentiaire, entre féodalités terriennes et paysans des plaines et oueds, entre anciens maîtres et anciens esclaves, entre maîtres et esclaves, etc. ……. 

L’accumulation dans la durée et dans les formes des inégalités dans notre société (inégalités à la naissance, des chances, devant la loi, à l’école, devant l’administration, dans l’emploi, etc. .) nous plonge aujourd’hui dans un climat de lutte des classes. 

Les autorités, toujours issues des classes dominantes (civiles et militaires) se sont succédées en Mauritanie de l’Indépendance à nos jours, ne proposant aucun projets de société, ni de programmes de réformes, de réparation, ou de conciliation. 

A ce propos, nous soulignons avec force et sans détours, que l’unique pouvoir qui est crédité d’une action significative envers cette large population servile est celui du Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. 

Dans ce contexte, la loi criminalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes est restée sciemment emprisonnée dans ses limites symboliques par l’hypocrisie et la mauvaise foi de ce système sans nom.

Ces limites se sont même manifestées pendant la période démocratique à tous les niveaux hiérarchiques des pouvoirs exécutifs et judiciaires.   

Crise Identitaire Culturelle et de Cohabitation :  

Il s’agit de la dérive croissante de l’Etat Mauritanien depuis sa naissance, de son ethnisation, donc de la négation des droits des composantes nationales noires (Pulhars, Soninkés, Wolofs et autres). Cette tendance faite de dénis des droits culturels, d’exclusion économique et de marginalisation politique, aboutie à une véritable tentative de génocide planifiée et exécutée par l’Etat et qui s’accentua sur la période entre 1986 et 1992. En effet, de 1992 à nos jours, et malgré les ouvertures restées strictement symboliques du premier Président démocratiquement élu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallah, les segments dominants arabo berbères réussirent à maintenir l’impunité et à consolider les privilèges illicites politiques, économiques, culturels et sociaux qui se sont taillés au détriment des autres composantes nationales par le fer, le sang et la cœrcition.

 

Crise Spirituelle et Morale :  

l’Islam étant dans ce pays l’unique religion et en même temps religion d’Etat, est régi dans sa version de FIGH (droit musulman) Malékite. Sa philosophie de foi Achaarite et sa tarigha ou voie Jounaidite. Ceci implique que le patrimoine en interprétation des textes sacrés et en jurisprudence est foncièrement esclavagiste, inégalitaire et porté vers le compromis, la compromission et l’allégeance à tout pouvoir politique. 

Notre clergé national, issu des groupes dominants, joue un rôle fondamental dans la pérennité des rapports de dominations traditionnelles inter ethniques et inter classes. Ce clergé, principal leader d’opinion dans une société religieuse, sinon très attachée à l’Islam comme valeur et symbole, est très fossilisé, obscurantiste et corrompu. Le principal pilier du système étatique Mauritanien étant ce clergé, il est évident que toute tentative de venir à bout du courant fondamentaliste et jihadiste restera vaine.  

Ainsi, en réaction à l’influence trop grande de cette vielle garde cléricale au sein du pouvoir implique un développement croissant de la base du jeune courant plus égalitaire mais adepte de la violence et du terrorisme. 

Vu tout ce qui précède, L’IRA considère que la Mauritanie est passée par trois principales phases depuis l’indépendance à nos jours.  

- La première phase étant celle des régimes d’éxéptions de 1960 à 2005 ou l’arbitraire était de mise et toutes les dérives étaient licites, 

- La deuxième est celle de l’ouverture démocratique du 3 Août 2005 au 6 Août 2008, qui s’est caractérisée par la mise en place des formes et des instituions démocratiques, tout en restant très craintive, voire hostile à tout traitement des questions de fond de la démocratie et à la refonte des systèmes socio économiques et institutionnels inégalitaires et discriminatoires toujours en vigueur. 

En conséquence, les crimes d’esclavage, de racisme et de génocide sont soigneusement confinés dans une zone de non droit y compris par le pouvoir démocratique du Président renversé. 

Nous disons sans risque de nous tromper que cette démocratie refuse de s’ériger en Etat de droit. 

- La troisième phase qui commença dans la matinée du 6 Août 2008 avec des allures fantaisistes et mafieuses, donne l’image à plus d’un titre d’une révolution de voyous. Elle a eu comme caractéristique une descente rapide et vertigineuse vers l’abîme du discours et de l’argumentaire pro putschistes, une dévalorisation des fonctions officielles qu’elles soient électives ou nominatives par une large irruption dans les hautes sphères de décision ou d’orientation de personnages incultes et aux moralités douteuses. 

Le résultat premier, concret et éclatant de ces cinq mois de « révolution-démolition » est la mise à sac des acquis et des institutions démocratiques. Cet état des choses relègue davantage, et beaucoup plus que par le passé, l’avènement de l’Etat de droit qui est la finalité et l’aspiration des plus humbles et des laisser pour compte de toujours car il est évident que la démocratie assassinée par la révolution des voyous est sans équivoque, un préalable à la construction de l’Etat de droit. 

* Communiqué de Initiative de Résistance du Mouvement Abolitionniste (IRA)

Nouakchott, le 10 Janvier 2008