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Un reportage de Edem Ganyra

Le 7 décembre, les Ghanéens en âge de voter ont été conviés pour la cinquième fois aux urnes depuis 1992, année du début d’encrage presque parfait de la démocratie dans ce pays d’Afrique occidentale. Le Ghana est certes devenu depuis cette période un îlot de stabilité économique et politique dans cette région de l’Afrique toujours en proie à divers différends, parfois armés. Cependant, nombreux sont encore les Ghanéens qui entonnent la rengaine selon laquelle la démocratie ne remplit pas le ventre. Une façon d’interpeller les politiques de cet Etat de près de 20 millions d’âmes sur les défis élémentaires qu’ils doivent encore relever vis-à-vis de leurs compatriotes.

Difficile de mettre pied actuellement au Ghana sans être frappé par la présence et le nombre important d’affiches de campagne de différents candidats aux élections générales (présidentielle couplée à des législatives) de cette année sur les grands axes routiers. A Accra, la capitale et plus grande ville du pays, les affiches du candidat du parti au pouvoir (l’avocat Nana Akufo Addo du NPP, Nouveau parti patriotique) recueillent la «palme d’or» en matière de grandeur. Elles portent le slogan « développement dans la liberté ». Celles de son principal challenger dans la course à la succession du président Kufuor, le Professeur John Evans Atta Mills du NDC (Congrès démocratique national) sont moins imposantes de par leur taille et sont souvent «discrètes». Dans cet Etat de 238.537km², le régime politique appliqué est présidentiel. Du coup, « les opérations de charme des différents états-majors politiques auprès des électeurs sont organisées à la mesure de l’ampleur de l’enveloppe financière débloquée par les uns et les autres », confie un politique local.

Quels sont donc les différents thèmes de campagne des principales écuries politiques du pays dans le cadre des élections de décembre ?

Le NPP et la poursuite du « redressement » du Ghana depuis huit ans

Assylum down ; c’est le nom du quartier d’Accra dans lequel se dresse l’immeuble de couleur blanche qui abrite le QG (Quartier général) national du NPP. Les couleurs (rouge-bleu-blanc) de cette formation politique flottent au gré du vent sur un drapeau qui accueille tout visiteur. A l’intérieur d’un bâtiment à la peinture encore fraîche, Adu Kwabena-Essew nous accueille. Chargé à l’information du parti du président Kufuor, ce sexagénaire svelte se définit comme un transfuge du NDC. « Le NPP a surmonté deux importantes difficultés à son arrivée au pouvoir en 2000 : mauvaise santé de l’économie nationale et la mal gouvernance qui avait cours au Ghana. En l’espace de sept années d’exercice du pouvoir, nous avons mis un terme à tous ces maux », affirme-t-il fièrement. « En l’an 2000, le Ghana était encore classé parmi les pays pauvres très endettés et les caisses de l’Etat étaient vides. Sous la férule des dirigeants du NPP, notre pays a atteint les points de décision (d’achèvement) en matière de remboursement de sa dette extérieure en l’espace de deux années seulement, alors que généralement, ces points décisionnels sont atteints dans un intervalle de quatre ans. Du coup, ajoute-t-il, de grands partenaires occidentaux comme Tokyo ont commencé à accorder du crédit à la bonne gouvernance instaurée par Accra. Ceci a eu comme corollaire l’accumulation de réserves dans les caisses étatiques. Sous le NPP, précise-t-il, le Ghana dispose de ressources financières qu’il n’en a eues depuis son indépendance ». Et de souligner que le régime du président John Kufuor a d’autres grandes réalisations à son actif depuis l’an 2000, dans d’autres domaines : « dépénalisation des délits et crimes en matière de presse, meilleure garantie de la liberté d’expression, construction d’infrastructures routières, scolaires, hospitalières, réformes de l’éducation avec la création d’un lycée dans chaque district du pays etc. ». Bref, les faits parlent d’eux-mêmes en faveur du NPP selon cet ancien journaliste. Les accusations de corruption, de clientélisme ou encore de népotisme à l’encontre des responsables du NPP sont légion actuellement au Ghana, à quelques semaines de la fin du second mandat du président Kufuor. Kwabena-Essew les estime tout simplement infondées en confiant que « tous les principaux dirigeants du NDC devraient de nos jours être en prison si on devait lutter contre l’impunité au Ghana ». A titre d’exemple, il avance le nom du candidat du NDC à la présidentielle de décembre, candidat qui à ses dires a été mêlé à une sombre affaire de disparition de 5.000 dollars dans les caisses du club de football de Hearts of Oak (à la faveur du transfert d’un joueur) dont il fut le président.

Le NDC clame l’avènement d’un « nouveau Ghana »

Visage d’optimiste souligné par un large sourire, c’est l’image qu’offre John E. Atta Mills sur les affiches du NDC aux quatre coins du Ghana. Cette posture politique est accompagnée du slogan « votez Atta Mills pour un Ghana meilleur ».

En effet, l’avènement d’un « Ghana nouveau ou meilleur » ou du moins semblable à celui de la période 1992-2000 (durée des deux mandats du NDC au pouvoir sous le multipartisme), tel est le maître mot de cette formation politique au cours de la campagne pour les élections générales de 2008. Accusant le NPP d’être laxiste vis-à-vis de la corruption qui gagne du terrain dans la société ghanéenne, surtout dans la fonction publique, les dirigeants du NDC estiment que le camp Kufuor n’a fait que plagier les grandes lignes du programme de société de leur parti durant ces huit dernières années. Ou encore d’avoir tout juste mené à terme des chantiers que le NDC a entamés avant sa défaite électorale de 1999.

Selon le député Kofi Attor (actuel directeur des relations internationales du parti de Rawlings), au cours de son double mandat, le NDC peut se targuer d’avoir « réalisé l’unité du Ghana » contrairement à l’image que reflète aujourd’hui la société ghanéenne sous la gouvernance du NPP. « On nous taxe d’avoir embrigadé la parole durant notre passage au pouvoir alors que sous le régime NDC, plus d’une centaine de radios privées ont vu le jour. En 1991, par exemple, il n’y avait que la radio nationale qui émettait », nous explique Kofi Attor dans un bureau du QG de sa formation politique (à Accra). QG situé à quelques mètres de celui du NPP et dont les bâtiments et le badigeonnage ont pris des coups de rides. « Nous avons également introduit l’ère du téléphone mobile au Ghana en 1999, renchérit-il, en énumérant les principales réalisations du NDC. Tous les Ghanéens peuvent témoigner du fait que sous Rawlings, leur pays a fait des pas significatifs en matière de développement dans différents secteurs : agriculture, santé, construction d’infrastructures routières, l’éducation (à travers la création de trois universités publiques et la politique d’encouragement d’implantation d’universités privées, l’extension de la fondation d’écoles professionnelles dans les dix régions du pays etc.) », précise t-il. Et de corroborer son argumentation : « Aujourd’hui, on parle de l’effectivité de l’assurance-maladie dans les centres hospitaliers, assurance qui permet au Ghanéen moyen d’avoir accès à des soins appropriés. C’est le NDC qui en a posés les jalons. En matière de décentralisation, nous avons mis en place une politique de création d’assemblées locales dans tout le Ghana, assemblées qui permettent de discuter des maux des populations de base en vase clos. Nous avons fait passer, durant notre passage au sommet de l’exécutif ghanéen, le nombre de ces assemblées de 65 à 110 ».

Et la population ghanéenne dans cette somme de propagandes ?

Unanime pour saluer les avancées démocratiques de l’ancienne Gold coast (Côte de l’or) depuis seize ans, les Ghanéens voudraient que démocratie et épanouissement économique riment quotidiennement leur vie. Du coup, lorsqu’on leur demande de dresser le bilan du passage respectif au pouvoir du NDC et du NPP, ils n’hésitent pas à leur décerner de bons et mauvais points. A travers une lecture manichéenne, Daniel K., directeur marketing d’une société locale estime qu’« en matière de santé, l’instauration de l’assurance-maladie a beaucoup apporté au bien-être de la population sous le NPP alors qu’au temps du régime NDC, on pouvait mourir lorsqu’on n’avait pas les moyens de payer au comptant ses soins médicaux. Le pouvoir NPP a en outre donné un coup de fouet aux chantiers d’extension du réseau routier local et surtout stabilisé le cours du cedi (la monnaie locale). Toutefois, fait-il remarquer, sous le NDC, le prix du carburant n’a jamais connu les hausses qu’on observe actuellement. Du coup, le coût de la vie a monté en flèche ». Daniel K. relaie aussi les accusations de corruption à l’encontre des dirigeants du parti au pouvoir, comme une de ses compatriotes journaliste (dans un média d’Etat) qui confie sous le sceau de l’anonymat que le népotisme s’est installé dans l’administration ghanéenne depuis près de huit années.

Pour sa part, Koffi, superviseur de chantiers et carreleur de son état affirme que « la réalisation remarquable à mettre à l’actif du NPP durant ses deux mandats est la construction de grands immeubles, d’hôtels. Mais, très souvent, assure-t-il, l’argent qui a servi à construire ces buildings provient de cadres du parti de Kufuor qui se sont enrichis sur le dos de la population. Et d’ajouter que le Ghana sous le NPP a connu une hausse significative du coût de la vie. Par exemple, souligne-t-il, le prix du litre de l’essence est passé de 6.000 cedis (environ 1 dollar) à 45.000 (soit près de 4,5 dollars). Du coup, la paupérisation et le chômage ont refait surface avec plus d’acuité ». Mieux, indique ce carreleur, « il perdure dans le Ghana version NPP une sorte de «self-democracy» (démocratie personnelle) qui veut que les personnes aisées s’enrichissent continuellement et que les pauvres demeurent dans leur état. Et de conclure que tous les signaux indiquent que les élections de décembre seront plus serrées que celles des années 2000 et 2004, années au cours desquelles les Ghanéens voulaient goûter à l’alternance politique. Nombreux, sont aujourd’hui les déçus de cette alternance ». « Le NPP doit redresser le plus tôt possible la barre sociale au Ghana s’il veut enregistrer de bons scores en décembre. Les justifications avancées pour expliquer la valse des étiquettes demeurent peu convaincantes jusqu’à présent », lance de son côté M. Habia, septuagénaire admis à la retraite.

Au Ghana, les travailleurs moyens perçoivent 2 dollars quotidiennement selon des chiffres officiels. En dépit des «complaintes» des uns et des autres sur la cherté de la vie qui y sévit, ce pays a enregistré en 2007 une croissance «insolente» de 6,5%, alors même que les autres Etats de l’Afrique occidentale dont son grand voisin, la Côte d’Ivoire, peinaient à obtenir des chiffres de croissance positifs. Selon des prévisions de spécialistes de l’économie mondiale, cette prouesse ghanéenne devrait monter à 8% au cours des trois prochaines années. Reste que le fossé entre pauvres et riches dans cet Etat prospère demeure toujours grand. En témoigne la survivance de quartiers insalubres comme celui de Nima, à quelques encablures du centre-ville, (à Accra), quartier dans lequel le défaut d’infrastructures de base côtoie les va-et-vient de grosses 4×4 américaines.

En 2004, M. Kufuor a été réélu dès le premier tour de la présidentielle avec 52,45% des voix contre 44,64% à son rival M. Mills. Le NPP a également enlevé la majorité des sièges au parlement au cours des joutes électorales de 2004 (128 sur 230 contre 94 pour le NDC). Edward Nasigir Mahama du PNC (Convention nationale du peuple) ou encore le Dr Paa Kwasi Nduom du CPP (Parti de la convention du peuple) ainsi que leurs formations respectives pourraient donc jouer aux faiseurs de roi(s) dans quelques semaines au pays de Kwame N’krumah.