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M. Sow parlez nous des raisons de votre présence à Genève ?

"En réalité j’ai fait deux séries de conférences sur les mutilations génitales féminines en général. La première conférence était destinée surtout aux organisations gouvernementales, c'est-à-dire aux personnes qui ont été approchées dans leur administration et qui conscientisées sur les effets négatifs de la mutilation génitale féminine peuvent intervenir auprès de leur gouvernement afin que des initiatives soient prises pour combattre cette pratique qui est extrêmement dangereuse.

Je me suis adressé à un public qui a des responsabilités au niveau du gouvernement ; notre discours était axé surtout sur « pourquoi lutter contre la mutilation génitale féminine ? ». J’ai montré les dangers sur le plan économique, sur le plan sanitaire, et psychologique. Nous nous sommes rendu compte qu’aujourd’hui la pratique de la mutilation féminine repose uniquement sur des arguments culturels. C’est pourquoi, à notre niveau, nous avons dit qu’il ne faut pas s’égarer : la reconversion des exciseuses est une très bonne chose ; la pénalisation est une très bonne chose ; la sensibilisation sur les plans dangereux sur le plan sanitaire est une très bonne chose, mais rien ne pourra remplacer le combat au niveau des représentations culturelles.

Quand une personne agit, ce qui la pousse à agir, est déterminé par une valeur. Si on n’arrive pas à reconnaître l’impact de cette valeur dans son imaginaire culturel, on ne pourra jamais combattre la mutilation génitale féminine.

Ceux qui pratiquent l’excision, la jugent conforme aux traditions africaines, donc comme une valeur, vous, vous proposez la contre-argumentation. Ça veut dire quoi ?

"La contre-argumentation consiste à dire à un certain moment que vous en avez marre en temps qu’intellectuel, de voir que toutes les campagnes de sensibilisation contre les mutilations génitales féminines se faisaient en français par rapport à des femmes qui ne savaient ni lire ni écrire.

Donc si nous sommes des intellectuels, nous avons un capital culturel. Il faut alors essayer de reconvertir, utiliser nos langues nationales, pour faire des campagnes de sensibilisation. Là, nous n’aurons plus besoin d’interprètes, ni de traducteurs pour toucher directement les populations des coins les plus reculés.

La deuxième conférence était plus conviviale et plus pratique, puisqu’il s’agissait de donner un coup de main aux médiatrices culturelles formées en Occident pour aller auprès de leurs communautés afin de les sensibiliser sur les dangers des mutilations génitales féminines. Je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de lacunes au niveau de la formation de ces médiatrices culturelles, parce qu'on leur disait d’aller voir leurs communautés, alors qu’en Afrique il y a des canaux lucides de communication. Par exemple, en Afrique, quand on parle, on doit tenir compte de trois choses : le sexe de l’individu, son âge, et les circonstances pendant lesquelles l’individu est apte à recevoir d’autres messages. Si vous ne prenez pas en compte ces trois paramètres, il est clair que votre discours passera inéluctablement et systématiquement à côté. Il faut que ce soit très clair.

On peut parler de la sexualité qui est un sujet tabou de manière directe. Il s’il s’agit desavoir si l'on parle avec quelqu’un du même sexe, d’une maman, d’une femme qui va accoucher, ou d’une fille née ici et qui a grandi en Suisse parce qu’elle est issue de l’immigration. Nous devons alors former le discours en fonction de ces trois cibles. On ne peut pas venir tout de suite demander à des mamans où elles sont stressées? Ou, elles ne parlent pas français, ou elles ont d’autres chats à fouetter. Ici à Genève par exemple, vu les conditions d’existence, venir encore les accabler en leur disant que ce qu’elles font est incorrect, ne passera pas".

Ne pensez vous pas justement que l’excision constitue une image négative de l’Afrique, comment faire pour s’en sortir ?

" Je préfère clarifier avant de répondre à la question. Ce ne sont pas uniquement les Africains qui pratiquent la mutilation génitale féminine. Comme je l’ai dit lors de mes conférences, il ne faut pas croire que c’est seulement en Afrique que cette pratique existe. Elle existe un peu partout dans le monde. Mais ce qui fait que cela porte atteinte à l’image de l’Afrique c’est que quand les Africains voyagent, arrivés dans certains pays où l’excision est pénalisée, ils veulent encore se livrer à cette pratique. Cela a un impact sur leur intégration.

Maintenant, ce que nous pouvons faire concrètement, il y a deux aspects. Il y a la lutte qu’il faut mener en Afrique, et la lutte qu’il faut mener en Occident.

En Afrique, il faut appliquer la pénalisation, la reconversion économique des médecins, mais aussi des anthropologues, pour arriver à faire des stratégies de luttes agressives et adaptées pour amorcer une dynamique de changement. Cela suppose qu’on face parler les Oulémas, que l’Etat s’implique, qu’on utilise des modules de formation dans les circuits d’enseignements, que les médecins soient alertés par rapport à cette question et qu’au niveau des lycées, dès la seconde, et jusqu’en première et en terminale, cette question soit « détabouïsée » pour que les gens puissent en parler de manière correcte. Alors maintenant, je l’ai dit, je le répète, avant de sensibiliser, avant de prendre n’importe quelle forme pénalisante, il y a des Africains issus de l’immigration, il y a des journalistes, des médecins, des ingénieurs en Europe, des étudiants venus ici, et quelque soit l’axe utilisé pour sensibiliser les communautés, rien ne peut remplacer les Africains pour parler aux Africains sur la question. Parce que la question de la mutilation génitale féminine tourne autour des reproductions sociales, de l’identité culturelle véhiculée depuis des millénaires, et des milliers d’années qui sont profondément ancrés dans nos mentalités. Les Africains commencent à faire de la résistance. Ils ne veulent plus qu’on leur impose des clichés et des modèles. Ils ne veulent plus prendre des leçons d’autrui, donc on ne peut pas lutter contre les mutilations génitales ici en Europe si on ne fait pas parler les journalistes africains, les intellectuels africains, les étudiants africains. Si on dit que ce sont des africains qui viennent parler, les femmes vont venir, ne ce serait-ce que par courtoisie, pour les écouter. Ce que je dis simplement, c’est que c’est à nous, africains, de faire l’inventaire de nos pratiques socioculturelles, et que toutes celles qui ne sont pas conformes au respect des Droits de l’Homme, essayer de nous en débarrasser. Ici, à Genève, nous avons des étudiants et des journalistes africains. Nous devons donc, parallèlement à leur fonction de journalistes ou d'étudiants les former à la médiation culturelle pour qu’ils puissent intervenir.

Par El Hadji Gorgui W.NDOYE et Lara Atia