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Par Martin Tchaptchet, compagnon de lutte de Félix Moumié et auteur de "Quand les jeunes africains créaient l'histoire."

La FEANF fut créée alors que dans les milieux africains de Paris en particulier, le débat politique était dominé par deux questions: l’assimilation conçue comme finalité de la domination coloniale par opposition à l’indépendance nationale, et la rupture des relations politiques entre le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) - le principal mouvement politique africain de l’après seconde guerre mondiale - et le Parti communiste français.

Les choix effectués par la FEANF dans ce débat furent influencés à la fois de l’extérieur et de l’intérieur de la communauté estudiantine africaine. A partir de l’année 1955, ils portèrent sur un programme en faveur de l’indépendance et de l’unité de la patrie africaine.

De l’extérieur, les luttes de libération en cours en Afrique et en Asie, les campagnes de solidarité anticolonialiste menées par les partis politiques et les organisations progressistes de France et des autres pays occidentaux, les positions de principe des partis ouvriers et communistes au pouvoir dans le camp socialiste, les débats sur le capitalisme et le communisme eurent des impacts sur la FEANF1.

De l’intérieur, les étudiants africains proches de la revue culturelle Présence africaine2, l’Association des étudiants africains catholiques, l’Association des étudiants du Rassemblement démocratique africain (AERDA), les étudiants militants de la Juvento, du Comité de l’Unité Togolaise (CUT), de l’UPC3, et du Parti Africain de l’Indépendance4 marquèrent l’orientation de la FEANF dans le sens de ses revendications pour l’indépendance et l’intégration politique de leur continent.

Sur le plan fondamental de la prise de conscience identitaire, les recherches du savant africain Cheikh Anta Diop, alors jeune étudiant et membre de l’AERDA, jouèrent un grand rôle. L’on sait que l’un des résultats majeurs de ses recherches fut la démonstration de la fausseté de l’idéologie d’une Afrique au « passé de table rase » n’ayant apporté aucune contribution à l’évolution intellectuelle, scientifique et technologique de l’humanité. La conséquence politique de cette idéologie étant l’obligation pour les peuples africains d’adopter l’assimilation comme seule voie de leur émancipation.

Cheikh Anta Diop démontra que l’Egypte des Pharaons fut une Egypte nègre. Et ce fut cette Egypte-là qui élabora les idées et édifia les grandes civilisations dont le rayonnement dans tous les pays du bassin méditerranéen influença les connaissances, les techniques et les cultures de tous les peuples de la région.

Il dénonça les publications des égyptologues dans lesquelles les Nègres d’Egypte étaient transformés en de prétendus Blancs à peau noire5.

« Nous sommes sûrs, conclut-il, d’avoir réussi à dénoncer la plus monstrueuse falsification de l’histoire de l’humanité, le mensonge le plus éhonté que les historiens modernes - et en particulier les égyptologues - aient cherché à échafauder en liaison avec les nécessités de l’impérialisme6 ».

Pour les étudiants africains qui, comme moi, souffraient du complexe de l’inutilité préhistorique et historique des Noirs, les découvertes de C.A. Diop permirent de « ... retrouver une confiance en soi, acquérir une fierté légitime (différente de la suffisance), incompatible avec l’idée d’un joug étranger, sous quelque forme que ce soit7 ».

En enseignant aux Noirs, soit uniquement l’histoire des autres peuples, soit une histoire d’Afrique falsifiée, soit une histoire tronquée datant uniquement de l’époque coloniale, les intentions des colonisateurs étaient doubles : d’une part, développer chez les colonisés, divers complexes pour faciliter leur soumission à la domination étrangère ; d’autre part, développer et pérenniser des complexes de supériorité dans la psychologie des populations des pays colonisateurs et l’arrogance bien connue dans leur comportement vis-à-vis des colonisés. Le caractère de vérité universelle que nous avions pris l’habitude d’attribuer à la connaissance historique telle que dispensée dans les établissements d’enseignement de la puissance coloniale apparaissait désormais sous un jour nouveau. Nous prenions conscience qu’elle pouvait aussi servir d’instrument de facilitation de l’obscurantisme, de l’aliénation et de la sujétion.

« La personnalité de l’Africain, souligna C.A. Diop, ne se rattache plus à un passé historique et culturel reconnu par une conscience nationale... Le Nègre ignore que ses ancêtres, qui se sont adaptés aux conditions matérielles de la vallée du Nil, sont les plus anciens guides de l’humanité sur la voie de la civilisation ; que ce sont eux qui ont créé les arts, la religion (en particulier le monothéisme), la littérature, les premiers systèmes philosophiques, l’écriture, les sciences exactes (physique, mathématiques, mécanique, astronomie, calendrier...), la médecine, l’architecture, l’agriculture, etc. à une époque où tout le reste de la terre (Asie, Europe : Grèce, Rome.) était dans la barbarie 8 ».

Réaliser que l’enseignement selon lequel le continent africain et la race noire n’avaient apporté aucune contribution au progrès de l’humanité était un mensonge et une falsification de l’histoire, développait en nous un sentiment de libération. Les travaux de Cheikh Anta Diop constituèrent donc des outils intellectuels qui permirent aux étudiants africains de commencer à  réapproprier leur histoire, d’aller à la découverte de leurs cultures et de contribuer désormais à leur valorisation.

Pour ma part, les connaissances acquises dans ce processus me servirent désormais dans mes efforts quotidiens d’expression de mon identité et d’affirmation de ma majorité.

En toute logique et en toute confiance, la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France suivit C.A. Diop dans ses conclusions politiques sur les plans de l’indépendance et de l’unité africaines.

« Pour que la lutte atteigne son maximum d’efficacité, écrivit-il, nous devons arriver, par delà les difficultés locales qu’on nous créé sciemment, à réaliser sa coordination à l’échelle de l’Afrique... D’un autre côté, une Afrique noire indépendante ne serait stable, économiquement et politiquement, que si elle va du Sahara au Cap ».