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Une pièce de plus pour le Patchwork sarkozien

Publié le, 28 août 2007 par

Par Babacar Diop Buuba, Enseignant-chercheur FLSH-UCAD, Président de la PAALAE (Association Panafricaine pour L’Alphabétisation et l’Education des Adultes) Dakar-Sénégal

Prologue
« Vers l’extrémité de l’Ethiopie, il n’est pas étonnant que soient engendrés des animaux aux formes monstrueuses, car c’est le feu qui, par sa mobilité, est l’artisan qui donne configuration aux corps et cisèle les formes….On y distingue des peuples sans nez, au visage plat, d’autres sans lèvres supérieures, d’autres sans langue, quelques uns sans bouche et sans narines qui respirent par une ouverture…Quelques-uns n’ont pas d’autres langages que les gestes et les signes, à certains l’usage du feu était inconnu avant le roi d’Egypte Ptolémée Lathyre » (Pline l’ Ancien, Histoire Naturelle, VI, 5)
Pline l’Ancien est du 1er siècle de notre ère. « Mieux vaut prendre vertu et malhonnêteté comme critère de division : beaucoup de Grecs sont de méchantes gens, et beaucoup de barbares ont une civilisation raffinée, tels les Indiens, et les Ariens (habitants de l’Ariane, contrée voisine de l’Inde) ou encore les Romains et les Carthaginois dont les institutions politiques sont si remarquables » (Eratosthème de Cyrène entre le 3e et le 2e siècle avant notre ère)
« Aventures chez les Nègres, les gens de Sidon, les Erembes, et dans cette Libye où les agneaux ont des cornes dés leur naissance, où du prince au berger, tout homme a son content de fromage, de viande et de laitage frais ; les bêtes tous les jours accourent à la traite, car trois fois dans l’année les brebis mettent bas » (Homère, Odyssée, IV, 84-85.) Homère aurait vécu entre IXe et le VIIIe siècle avant notre ère.

Que faire du patchwork sarkozien ?
Lettre à nos chers étudiants, à nos chers collègues enseignants-chercheurs et membres de la société civile sénégalaise, africaine et internationale.
Le nouveau président de la République française est venu au Sénégal, il a parlé, il est reparti et cela a fait grand bruit. Que retenir de son message ? Que faire de cette leçon terminale prononcée à l’Université Cheikh Anta Diop au moment où beaucoup d’étudiants, d’enseignants chercheurs et membres du personnel administratif et technique sont encore mobilisés dans des évaluations ? Reconnaissons d’emblée que Monsieur Sarkozy s’est adressé dans un style romantique, à la manière d’un Victor Hugo, (Hernani) à la fois à l’élite de la jeunesse africaine, à tous les Africains, à ceux qui habitent au Sud du Sahara, comme à ceux qui sont riverains de la Méditerranée. Il a parlé de la Renaissance de l’Afrique, de l’Europe et du Monde. Dakar et l’Université Cheikh Anta Diop sont un prétexte pour décliner quelle mission ? Que faut-il retenir au-delà du lyrisme emprunté, de la démagogie sans fard chantée avec des mots forts chaos : franchise, sincérité, respect, fraternité, partage, négociation ?
Chaos, misère et souffrance
« Les habitants de ce continent meurtri se sont tant battus les uns contre les autres et souvent tant haïs » Comment expliquer cette folie meurtrière, la rage des enfants soldats ? « La réalité de l’Afrique, c’est la rareté qui suscite la violence. La réalité de l’Afrique…c’est l’agriculture qui ne produit pas assez » Ne pensez surtout pas à la gemmocratie, cette recherche effrénée de pierres précieuses, à l’exploitation des produits de pétrole pour comprendre les tensions militaires en Afrique. Ils sont donc disqualifiés tous ceux qui parlent de commerce équitable, tous ceux qui soutiennent les cotonculteurs de l’Afrique de l’ Ouest. Le débat ne se situe pas au niveau de l’enjeu des matières premières africaines, de la détérioration des termes de l’échange, au niveau des subventions que l’Europe et l’Amérique donnent à leurs propres ressortissants pour leur permettre de faire du dumping. « L’Afrique a d’abord besoin de produire pour se nourrir » dixit Mister Sarkozy. Qui peut dire mieux, qui peut dire le contraire ?
On a l’impression que les conseillers, inspirateurs de Sarkozy épousent les propos de Claudia Mofa, historien journaliste italien qui trouve comme facteur déterminant pour saisir l’histoire africaine : « la lutte matérielle entre les segments de lignage ou groupes ethniques opposés et en particulier dans « l’Afrique primitive » l’affrontement pour le contrôle des ressources naturelles, fleuves, lacs, terres cultivables et/ou d’élevages, zones de chasse, mines, etc. (l’Afrique à la périphérie de l’histoire, Paris, l’harmattan 1995, p.343. « Dans cette Afrique il y’a un imaginaire où tout recommence toujours » : « il n y’a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. » Heraclite le Grec et Imhotep l’Egyptien peuvent penser ce qu’ils veulent mais rien ne bouge en Afrique.
Mofa et Sarko sont moins subtils que Braudel qui a pensé sérieusement que l’Afrique n’a pas connu la roue, qu’elle n’offre pas de précisions ni d’identifications anthropologiques, qu’elle présente morcellements ethniques, que son pessimisme a pu faire le lit à la colonisation. Pour connaître le psychisme africain il faut lire Léopold Sédar Senghor et Camara Laye ; des progrès spectaculaires sont possibles, mais l’optimisme n’est pas de mise (Cf F Braudel, grammaire des civilisations, ed. en anglais, History of Civilisations)
Responsabilités
« L’Afrique a sa part de responsabilité dans son malheur. Ce sont des Africains qui ont vendu aux négriers d’autres Africains » « La colonisation fut une grande faute…le colon a pris, il s’est servi, il a exploité, mais il a aussi donné, il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des écoles …la colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle a même donné l’embryon d’une destinée commune. » En un mot il ne faut pas insister sur la logique économique (capitalisme) philosophio-idéologique (l’idée de civiliser les peuples attardés). « Il y’a parmi les colons des hommes de bonne volonté, des hommes généreux et courageux, ils se trompaient mais ils étaient sincères. Pas de chiffre ni de quantification. Il n’y a pas d’aspect principal, ni d’aspect secondaire
Bilan, résultat des courses
On peut dire qu’il y’a match nul : « pour le meilleur et pour le pire la colonisation a transformé l’homme africain et l’homme européen ». Il ne faut pas lire Walter Rodney qui pense que l’ Europe a sous développé l’Afrique, il ose penser cet intellectuel guyanais que la santé des Africains était meilleure avant la colonisation. Il faut retenir que l’Afrique a légué au monde la manière de marcher ou de rire.
« L’Africain a deux sagesses, deux traditions qui se sont longtemps combattues : celle de l’Afrique et celle de l’Europe ? » L’Amérique et l’Asie n’existent pas encore. Il ne faut pas penser à l’ancienne tricontinentale (Afrique, Asie, Amérique Latine). L’ Afrique n’est pas le théâtre d’affrontements idéologiques entre fondamentalismes venant d’Occident et d’Ouest, lieu de compétition entre groupes d’intérêts économiques. « L’Afrique a payé trop cher le mirage du collectivisme et du progressisme pour céder à celui du laisser faire »
Quel avenir donc ?
« Ce que la France veut, c’ est préparer l’avènement de l’Eurafrique, ce grand destin qui attend l’Europe et l’Afrique. »
Attention vous qui habitez l’Afrique au Sud du Sahara, ne soyez pas inquiets au sujet du projet de l’Union Méditerranéenne. Cette dernière dynamique doit être le pivot de l’Eurafrique. Vous du Maghreb et du Machreb nous vous assignons une tâche lourde : celle du tamis de garde chiourme. N’y a-t-il pas présentement des organisations ou groupes qui agissent pour que les nouveaux accords proposés par l’Union Européenne aux Etats ACP ne soient signés dans les formes actuelles ?
Monsieur Sarkozy essaie surtout d’illustrer l’identité et la disponibilité françaises pour une autre mondialisation, plus humaine, plus juste avec des règles : les thèmes forts sont la lutte contre la famine, pour l’autosuffisance alimentaire, pour le co-développement, le partenariat, les partages, négociations…Sarkozy est venu en partie défendre des groupes français au Sénégal malmenés actuellement par des rivaux domiciliés dans des pays du Golfe ou dans d’autres paradis fiscaux. Il y a de la place pour tout le monde. L’Afrique et le Sénégal sont dans le monde libéral. Il faut éviter le désengagement du monde qui a coûté cher. Certains parmi les anciens écrivains de l’Europe avaient pensé que tout éloignement de la Méditerranée, de l’empire des Grecs, puis des Romains était un facteur d’appauvrissement intellectuel. Maître Sarkozy réchauffe certaines de ces anciennes idées.
Heureusement l’Afrique a tiré une force nouvelle en se métissant « Ce métissage est la vraie force et la vraie chance de l’Afrique au moment où émerge la première civilisation du mondiale » (sic) « La civilisation musulmane, la chrétienté, la colonisation,…ont ouvert les cœurs et les mentalités africains à l’universel et à l’histoire ». Ne pensez surtout pas que les Africains font partie de ceux qui ont créé le christianisme, l’Islam : Origène, Saint Augustin, Ibn Khaldoun, Ahmed Baba ne sont pas africains.
Il faut éviter des constructions mythiques, paradisiaques, qui pourraient faire croire que l’Afrique a fait partie des premiers moments de l’histoire de l’humanité, qu’elle a pu être initiatrice des progrès scientifiques et/ou technologiques : « le défi de l’Afrique c’est d’apprendre à se sentir l’héritière de tout ce qu’il y’a d’universel dans toutes les civilisations humaines. » Cheikh Anta Diop n’a-t-il pas dit cela, d’une autre manière, dans une autre perspective ?
C’est la voie de la Renaissance de l’Afrique qui consiste à vivre avec le monde et non à le refuser (même s’il ne donne pas satisfaction même si les inégalités et les injustices deviennent de plus en plus béantes. Ne pensez pas à la Renaissance version Nkrumah qui pose la nécessité de rompre avec l’impérialisme, celle de Cheikh Anta qui s’est battu pour l’émancipation linguistique. Khadafi et Nasser perturbent le dispositif, Thabo Mbéki aussi. « Il faut éviter la clandestinité et le repliement sur soi. Il faut revenir bâtir l’Afrique : il faut apporter savoir, compétence et dynamisme de ses cadres » « La pureté est enfermement, une intolérance et elle conduit au fatalisme. » Est-ce le même Sarkozy qui a pensé que l’intégration dans la société française pour un nouvel arrivant ne devrait se faire qu’au prix de renoncement à sa langue et culture d’origine ? C’était avant l’ élection présidentielle française ? Non c’est son sosie.
L’essentiel est de retenir qu’il est venu, qu’il a parlé et qu’il est reparti. Le discours qu’il a servi reprend des vieilles idées de la vieille Europe, plus quelques idées généreuses d’une gauche européenne et quelques cris de cœur ou de rage de certains Africains avec l’objectif avéré de rappeler que la France, l’Europe et l’Occident existent et veulent compter dans le concert libéral. Dans cinq ans ou dix ans, un autre journaliste, ou avocat ou écrivain ou président de République ou monarque occidental va produire un autre discours retentissant, jusqu’au jour où s’instaure sur cette terre, une nouvelle citoyenneté faite de connaissances approfondies, partagées, de respect mutuel, de solidarité entre les peuples. Ce sera peut-être quand l’exploitation de l’ homme par l’homme disparaîtra, quand les préjugés seront destructurés.
Epilogue
« La conception senghorienne de la constitution de cette civilisation mondiale est envisagée à partir d’entités trop globales : l’occident euraméricain avec la rationalité, sa science et sa technologie, le monde noir avec sa sensibilité, son émotivité, son intuition ; et comme le fait remarquer Hountoundji, les cultures régionales sont considérées comme des systèmes achevés, ne pouvant plus connaître d’évolution qu’à travers cette immersion dans l’universel. Or la réalité observable que souligne Hountoundji, c’est celle des sociétés constamment soumises à des tensions et à des conflits qui gagnent simplement en complexité avec l’émergence du « village planétaire » et le déploiement de solidarité d’intérêt (Etienne Bebbé-Njoh « Mentalité africaine et problématique du développement », l’Harmattan, 2002, p.74)