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 Par EDEM GANYRA

Le processus d’organisation des élections législatives dont les contours ont été définis par l’Apg (Accord politique global, signé le 20 août 2006) est rentré dans sa phase pratique le 16 juillet dernier avec le début des opérations du recensement. Atypique dans l’histoire de l’organisation des élections au Togo de par les innovations technologiques qu’il implique (fichier électoral numérisé, carte sécurisée avec empreinte digitale et photo etc.), ce processus électoral l’est également au vu des discours et actions politiques auquel il donne libre cours.

Le dernier discours en date de cette dynamique du renouveau du langage politique au Togo est celui prononcé à Atakpamé (Sud du pays) le 28 juillet dernier par le président Faure Gnassingbé. C’était à la faveur du lancement officiel de la campagne nationale de sensibilisation contre la violence et l’impunité, campagne pilotée par le bureau togolais du Hcdh (Haut commissariat aux Droits de l’Homme, établi à Lomé depuis juillet 2006). Plus que l’opportunité d’un pareil discours, c’est son thème et le lieu où il a été prononcé qui frappent plus d’un : Atakpamé, une des localités togolaises qui ont payé un lourd tribut en vies humaines dans la vague de répression des contestations qui ont suivi la proclamation des résultats de la présidentielle du 24 avril 2005, présidentielle qui a mené l’orateur du 28 juillet dernier au pouvoir. Point n’est besoin d’être exégète de la crise socio-politique qui secoue le Togo depuis la décennie 90 et plus particulièrement celui de son histoire électorale pour comprendre que Faure Gnassingbé a pointé une thématique sensible du passé politique et électoral du Togo dans son adresse précitée aux Togolais : la violence lors des joutes électorales et son corollaire d’impunité.

L’on se souvient que la violence électorale avait atteint son faîte en 2005 à la faveur de la succession au défunt président Eyadèma Gnassingbé ; bilan : plus de 1.000 morts selon la Ltdh (Ligue togolaise des Droits de l’Homme), plus de 500 morts selon une Mission onusienne de vérification des faits. Conformément à l’esprit de l’Apg qui prône la réconciliation nationale, Faure Gnassingbé viendra presque à résipiscence sur ces évènements douloureux dans son exposé oratoire d’Atakpamé en ces termes : « Les évènements malheureux que certaines préfectures dont la vôtre et son chef-lieu ont vécus pendant les périodes électorales et particulièrement celle de 2005 sont encore dans nos mémoires (…) Aux victimes des violences, des exactions et autres troubles politiques, particulièrement ceux liés aux processus électoraux, je voudrais qu’elles trouvent ici l’expression de la compassion et de la solidarité renouvelées de la nation toute entière ». Et le jeune chef de l’Etat de marteler : « Plus jamais ça, plus jamais ça sur la Terre de nos aïeux ! Plus jamais de pertes gratuites de vies humaines ! Plus jamais d’exode des populations à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières ! Non, plus jamais cela » ! Il a même affiché une volonté de transcender le simple discours lorsqu’il affirme : « (…) Nous devons nous atteler à proscrire la violence politique et à combattre résolument l’impunité ». Cependant, le président togolais n’a à aucun moment donné une ébauche des voies et moyens à suivre pour tordre le cou à l’impunité. Car, selon lui, « des poursuites judiciaires initiées dans un climat de vive tension et dans un contexte où la justice est suspectée de partialité et d’être instrumentalisée soulèveraient certainement d’autres problèmes encore plus complexes ». Il s’est contenté d’appeler ses compatriotes à être confiants dans l’ensevelissement de l’épine de l’impunité au nom de l’argument selon lequel « il faudra du temps et de la patience pour établir la vérité, rendre justice, apaiser les cœurs et les esprits (…) Pour l’heure, il est impératif que nous puissions trouver ensemble un consensus national pour assurer la manifestation de cette vérité que nous appelons de tous nos vœux (…) L’ essentiel est donc de nous occuper effectivement de notre passé pour réussir l’édification d’une nation plus harmonieuse, tolérante et réconciliée avec elle-même ». Allusion à peine voilée à l’échéance des prochaines législatives. Déjà, début avril dernier, au cours d’un conseil des ministres, la résolution de la douloureuse question de l’impunité avait été « reportée sur l’agenda de la prochaine législature ». Raison pour laquelle, au cours de sa sortie médiatique d’ Atakpamé, le président du Rpt  (Rassemblement du peuple togolais, le parti au pouvoir) a « réitéré avec force sa ferme détermination à conduire à son terme le processus électoral qui constitue un évènement marquant et un tournant décisif de l’Histoire » du Togo. Et d’insister : « Nous avons un énorme défi et un pari à relever. Il s’agit de démontrer à la face du monde notre capacité à organiser des élections régulières, sincères et démocratiques, dans le respect des normes et des standards internationalement admis ».

Faure Gnassingbé a-t-il fait une simple profession de foi, tenu un discours électoraliste ou voulu resquiller les faveurs et la candeur de l’électorat togolais le 28 juillet dernier ? Seul l’avenir nous le dira. Dans tous les cas, ses propos tenus dans la préfecture de l’Ogou ont le mérite d’avoir rappelé ceci aux Togolais de tous bords politiques : « L’élection n’est pas une épreuve mortelle ni une occasion d’affrontement physique et ethnique. Elle est un moment de délibérations démocratiques ».

L’opposition togolaise et l’impunité

Les militants et sympathisants de l’opposition togolaise font assurément partie des Togolais qui ont le plus subi d’exactions politiques sur la « Terre de nos aïeux ». De ce fait, la thématique de l’impunité a été toujours chère aux partis les plus représentatifs de cette partie de la classe politique au Togo. Parmi ces formations politiques, figure l’Ufc (Union des forces de changement). De ce fait, avec l’appui d’autres partis de sa mouvance, certaines organisations et associations de la société civile, l’Ufc n’a pas mis beaucoup de temps pour répondre au discours du président de la République togolaise. Dans une conférence de presse organisée le 31 juillet dernier à Lomé, cette coalition de partis et d’associations a ainsi fait « remarquer qu’il a fallu beaucoup d’impudence à Faure Gnassingbé pour qu’il se présente à Atakpamé, deux ans après que sa prise de pouvoir s’est soldée par un terrible bain de sang dans cette ville comme dans bien  d’autres localités du Togo ». Mieux, a précisé cette coalition, « alors que les auteurs des assassinats et exactions ainsi que leurs commanditaires comme le Major Kouloune à Atakpamé (cité par le Mission d’établissement des faits de l’Onu dans son rapport) sont en liberté et ont toujours leurs armes, comment peut-on comprendre que Faure Gnassingbé ait attendu tout ce temps pour se prononcer par un discours qui est en total décalage avec la réalité » ? Et l’Ufc et ses “alliés” d’ajouter, « car, aucun exemple de règlement satisfaisant de la question de l’impunité par la Justice togolaise n’est intervenu alors que ce qu’attendent les populations de l’Ogou comme d’ailleurs celles de tout le Togo, c’est qu’on rende justice aux familles des victimes avec les nécessaires réparations l’accompagnant mais aussi et surtout qu’on prenne réellement des mesures pour que de telles tragédies n’aient plus lieu ». En formulant leurs critiques autour de la lecture de l’ impunité faite par le président du Rpt, l’Ufc et ses “alliés” avaient également un œil rivé sur l’Apg : « Or, le Comité de suivi de l’Apg ne cesse de demander au gouvernement, depuis sa mise sur pied, de lui faire un rapport sur le règlement de la question de l’impunité, ce sur quoi il tergiverse depuis plusieurs sessions ». « C’est pourquoi, pour nous, le discours de Faure Gnassingbé à Atakpamé ne peut qu’être résumé en trois points : “ Silence, on triche ! Silence, on vole ! Silence, on va massacrer ! », ont-ils conclu.

Dans le même registre, un autre leader de l’ opposition, Nicolas Lawson du Prr (Parti du renouveau et de la rédemption), dira sur un ton plus virulent : « Faure Gnassingbé ne peut pas punir ceux qui lui ont permis d’accéder au pouvoir ».
Au-delà de ces propos contradictoires, il faut rappeler, toujours dans le cadre de la violence politique, qu’une trentaine de partis politiques (sur la huitante que compte le Togo) ont paraphé à la mi-juin une déclaration commune à l’issue d’un atelier de sensibilisation et de formation sur « le rôle et la responsabilité des leaders politiques dans la promotion et la protection des Droits de l’Homme dans un processus électoral ». Cet atelier était également organisé par le Hcdh. A travers cette signature, ces partis se sont engagés « à travailler ensemble avant, pendant et après les législatives de 2007 en vue d’éviter la répétition du cycle de violence émaillant les périodes électorales au Togo ».
Au regard de cette agitation des politiques togolais autour de l’impunité et de la violence en période électorale, l’on est en droit de s’interroger sur la suite que l’Etat togolais va donner à la circulaire du 10 mars 2006 signée par le premier ministre de l’époque, Edem Kodjo. Cette fameuse circulaire demandait la cessation des poursuites judiciaires contre les auteurs d’exactions commises en avril 2005, sauf les crimes de sang !