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Par Mame Birame DIOUF, ministre de la Culture et du Patrimoine Historique Classé.

DAKAR – ( Sénégal) – le 16 juin 2007 - Il y a un an, jour pour jour, c’était le 16 juin 2006, la Commission nationale instituée à cet effet sélectionnait les premiers trésors humains vivants de l’histoire de notre pays.
Et Sembène Ousmane faisait partie de ces premiers élus.
Si, à cette heureuse occasion, nous étions loin de penser que le destin allait l’arracher bientôt à notre affection, nous savions par contre que ce n’était que justice que de lui rendre cet hommage extraordinaire.

En effet, Sembène, suivant même la définition du Système des trésors humains vivants incarnait, au plus haut point, les principes et les compétences techniques qui ont permis la promotion de nos valeurs culturelles les plus fondamentales.
Et, cela, avec une exigence éthique, une lucidité et un courage intellectuel qui ont fait de lui, non seulement un anticonformiste mais aussi et surtout, visionnaire au propre comme au figuré.
Trésor humain vivant, il l’était, assurément. Fondateur du cinéma africain, il était la référence absolue, le point fixe, le modèle au tour duquel l’unanimité la plus absolue s’est toujours dégagée dès qu’il était question de cinéma et ce, sous toutes les latitudes. L’homme à la pipe, qui ne s’est pas cassée et qui ne se cassera jamais, pour ne pas reprendre l’expression passablement heureuse de certains amis de la presse, était donc un monument, un patrimoine de son vivant. Il le restera encore plus après sa mort car il a eu le grand mérite de forcer, par l’exemple, le respect et la reconnaissance de ses contemporains. Ceux-ci ont vu en lui, bien plus qu’un exemple, un modèle. En faisant de Sembène un Trésor humain vivant, le ministère de la Culture et du Patrimoine historique classé a, au-delà de la reconnaissance, inscrit dans la durée une appréciation, une leçon de vie avec comme objectifs principaux :
-  militer pour la poursuite de l’œuvre de Sembène,
-  élargir et étendre le champ de cette œuvre,
-  encourager la formation de jeunes pour assurer la relève.
Si incontestablement l’homme, de son vivant, déjà, avait solidement planté les bases de ce trépied, les contemporains que nous sommes en décidant d’assurer la pérennité de son œuvre ont fait de lui un Patrimoine au sens le plus noble et le plus rassurant du terme ; c’est-à-dire un héritage non seulement accepté, mais qui mérite, suivant en cela les anciens, « d’être transmis ».
En ce sens, Sembène était devenu tradition de son vivant même. Car, il a toujours su rêver et faire rêver. Du « Docker noir » à « Molaade », l’homme à la pipe éternelle a toujours inscrit son action dans les préoccupations de son temps, avec un esprit prospectif d’une rare sagacité. Il savait non seulement lire, mais aussi et peut-être surtout, prédire. C’est la marque du génie. Saltigui parmi les saltigué, Sembène a toujours eu le courage de regarder les choses en face, pour inlassablement dire, suivant en cela la sagesse Dogon, non pas la parole d’en face, qui est de circonstance par essence, mais la parole vraie source de vie, de progrès et de renouvellement constant.
Précurseur incontesté du cinéma africain, l’homme n’a pour ainsi dire jamais vieilli. Toujours alerte et à l’écoute des pulsions les plus discrètes de son temps, il savait, plus que quiconque, parler pour ceux d’en bas, décrypter les racines du présent, de ce qui se fait et se défait sous nos yeux, même si nous ne parvenons pas toujours à en discerner les contours.
C’est alors et toujours le moment que choisit Sembène pour nous ramener à la réalité, « La Noire de », « Borom Sarette », « Guelwar », « Les Bouts de bois de Dieu », « Camp de Thiaroye », « Molaade » et tout ce que nous n’avons pas cité de l’œuvre multiforme de Sembène est, en ce sens, un combat obsessionnel pour la paix, la justice sociale et la défense intransigeante de la diversité des expressions culturelles.
Jamais pris en flagrant délit de renoncement, Sembène était un homme total qui, sa vie durant, a fait et dit ce qu’il avait à faire ou à dire, sans jamais tomber dans l’invective ni fuir devant l’adversité. Des honneurs, il en a toujours eus. Mais il a, aussi, toujours su garder la tête froide et parfois rester froid devant l’honneur, s’il pensait que l’essentiel était ailleurs. En cela, il restait fidèle à lui-même, car Sembène fut fondamentalement un homme pour qui l’essentiel est de dire la vérité de la condition humaine. Elle pouvait plaire ou exalter, lui coûter ou le faire aduler, l’homme à la pipe éternelle n’en avait cure. Ce Sembène-là, le monde du cinéma, des arts et des lettres, du travail et de la politique le portera toujours dans son cœur.
Il nous reste à envisager la gestion d’un héritage d’une richesse incommensurable. Il ne s’agit pas moins que de l’honneur de tout un continent, Sembène ayant été bien plus qu’une fierté nationale. Il incarnait une race d’Africains qui a foi en l’Afrique et en son futur. Il incarnait une Afrique décomplexée et fière qui a soif de performances et hâte de se construire, une Afrique qui rêve et fait rêver, une Afrique qui marche résolument vers son unité dans une mystique du travail qui l’a fait déjà émergente.
C’est pour ce Sembène-là que Monsieur le président de la République, Son Excellence Me Abdoulaye Wade a décidé d’organiser des funérailles exceptionnelles afin que, même disparu, le Trésor humain vivant continue à vivre en nous et à inspirer notre créativité. Il posera à l’occasion, j’en suis persuadé, des actes qui perpétueront, à jamais, la vie et l’œuvre de Sembène Ousmane.