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Une interview de l’auteur réalisée par Sopeonline.net

LYON - Malick Niang est né le 16 Janvier 1974 à Kaolack au Sénégal. Après des études au Lycée Maurice Delafosse de Dakar et à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, il vient poursuivre ses études en France. Il réside à Lyon depuis 1999.Anthropologue, diplômé de l'Université Lumière de Lyon, il s'intéresse particulièrement aux évolutions des sociétés africaines contemporaines et s'interroge sur leurs blocages à se réformer durablement.

Pour lui, le salut du continent africain passe par une révolution des valeurs et des comportements à travers un renouvellement des élites et des projets de vie.Il vient de publier aux Editions Manuscrit un livre intitulé "Une pirogue pour le paradis ".
S’inspirant de la réalité, ce roman est le récit d'un jeune sénégalais qui tente de rejoindre les côtes espagnoles avec les siens à bord d'une embarcation. Le héros raconte son odyssée. L'histoire se déroule sur une montagne qui borde l'océan Atlantique. Il y a des africains de plusieurs nationalités. Au bout de quelques mois de galères, ils parviennent à se mettre d'accord pour acheter une pirogue motorisée. Le héros profite de la dernière nuit passée sur la montagne pour faire part de ses impressions et se raconter. Le ton est ironique et sarcastique, parfois cruel. Il crie sa rage et sa douleur. Il en veut à la terre entière. Il s'interroge sur les causes des drames quotidiens de l'Afrique. Un récit qui se veut une bouteille à la mer. Une bouteille jetée avant l'ultime plongée.

SOPE : Malick Niang, pouvez-vous nous dire d’où vous est venue l’envie d’écrire?

Malick Niang : Cela m’est venu de mon père je crois. C’est un directeur d’école toujours en exercice à Thiès. J’étais entouré de livres chez moi. Du coup, je lisais beaucoup à la maison d’autant plus que mon père était quelqu’un de très strict. Quand je lui demandais la signification d’un mot, il me répondait toujours qu’ « un mot n’avait de sens que dans son contexte ». Il me renvoyait au dictionnaire alors. Donc très tôt, je vivais déjà dans cet univers de mots et de livres. Plus tard au Lycée, à Dakar, je m’étais inscrit au Centre d’Animation et d’Echanges Culturels (CAEC) ouvert par Aminata Sow Fall dans le quartier de Fass. Je participais à des concours de rédaction et de Haïku. Je devais avoir dix-sept ans alors. C’est pendant cette période que j’ai écrit mon premier roman qui s’intitulait « Le Voyageur ».

SOPE : Quel a été votre cheminement pour arriver à l'histoire de ce jeune sénégalais qui tente de quitter le pays ?

Malick Niang : Tout a commencé en Août 2005. C’est parti de ce qu’on peut appeler les immigrants de Ceuta et Melilla. Tout le monde se souvient de ces immigrés noirs africains qui tentaient de passer de force les barrières électriques qui protègent l’accès de ces deux enclaves espagnoles. J’ai été frappé par les images de noirs errant dans le désert pendant des jours sans eau ni pain. L’idée d’écrire le roman est partie de là.
J’ai commencé alors à me renseigner sur la situation de ces africains qui vivaient sur une montagne à côté de la ville de Nador au Maroc. Ils vivaient là dans l’espoir un jour de franchir les barbelés pour rejoindre l’Espagne. Je me disais qu’il fallait que je fasse quelque chose. Mais la seule chose que je pouvais faire, c’était d’écrire. Ecrire pour eux et pour moi. C’était une façon surtout de soulager ma douleur et ma désolation. Mais à peine avais-je commencé à rédiger les premiers chapitres de l'histoire, que la vague de jeunes sénégalais, entassés dans des embarcations de fortune faisait déjà le titre de la plupart des journaux européens et français.
A partir de là, j’ai imaginé le personnage de Sylmaha. Ce nom signifie le non-voyant en wolof. Et c’est autour de lui que se déroule l’histoire. J’ai écrit ce livre très vite car c’était comme je vous l’ai dit, une sorte d’exutoire personnel. Et tout compte fait, j’aime écrire sur le réel et l’actuel. C’est la meilleure façon pour moi de témoigner du présent.

SOPE : Quelles ont été les bases de cette histoire? Est-ce une histoire réelle racontée de manière romancée ou une histoire sortie de l’imagination ?

Malick Niang : Mon roman s’inspire de très près de la réalité. Au début, j’ai voulu faire un essai. Mais je me suis dit que la meilleure manière de faire passer le message, ce serait de faire parler de façon romancée un jeune sénégalais engagé dans cette galère. Donc, je retiendrai votre première affirmation, à savoir que c’est une histoire presque réelle racontée de manière romancée. J’ai essayé de me mettre dans la peau d’un jeune africain qui vit cette situation. C’était une façon pour moi d’essayer de porter leur parole sans être leur porte-parole.

SOPE : Ces dernières semaines la fréquence des fuites migratoires atteint son rythme de croisière (sans jeux de mots) : des milliers de Sénégalais essaient chaque semaine d’aller en Europe au risque de leur vie. Quelles explications pouvez-vous donner à cet exode massif ?

Malick Niang : Il y a deux explications objectives pour moi et d’autres raisons que nous ne pourrons certainement pas épuiser dans le cadre de cette interview. La première explication que je peux donner à ce phénomène qui ne va pas aller en s’atténuant, c’est que les jeunes sont désespérés. Ils sont désespérés parce que le chômage des jeunes est massif et chronique dans le pays. Il n’y a pas de perspectives réelles d’avenir quelque soit son niveau de formation. Ils sont désespérés parce qu’ils entendent dans les médias nationaux les scandales financiers à répétition et des rumeurs de milliards de Fcfa détournés ça et là par différents hommes politiques. Pendant ce temps, l’électricité est rationnée et toutes les denrées de première nécessité voient leur prix s’envoler. A cela, il faut ajouter le spectacle offert par les politiques depuis plus d’un an. Alors que le pays traverse une réelle crise, on assiste à des luttes de positionnement d’une férocité jamais atteinte.
La seconde explication pour moi vient du fait que les côtes sénégalaises ont vu leurs ressources presque disparaître du fait d’une exploitation massive et incontrôlée. De petits patrons pêcheurs se sont transformés ainsi en passeurs professionnels. Il est plus rentable pour eux de transporter une centaine de jeunes sénégalais candidats à l’immigration que d’aller faire un mois de pêche. Quand ont sait que le prix moyen du tarif par candidat est de 500 à 1000 euros, le calcul est vite fait pour celui qui n’a plus de poissons à pêcher. Car ceux qui conduisent les pirogues jusqu’en Espagne ne sont pas des amateurs. Ce sont des pêcheurs aguerris à la navigation en haute mer. Ce n’est pas parce qu’on a une pirogue qu’on arrive forcément en Espagne.

SOPE : Quelles solutions pouvez-vous imaginer pour endiguer ce mal ?

Malick Niang : Personnellement, je ne crois pas aux solutions messianiques. On ne peut endiguer ce mal que si demain les africains s’assument et prennent en main leur destin. Tant que l’Afrique restera la dernière de la classe dans tous les domaines, on continuera à assister à des phénomènes beaucoup plus dramatiques. Les jeunes africains d’aujourd’hui savent que la vie en Europe est très dure. Ils sont tous sur internet et discutent avec des jeunes du monde entier. Donc, ils savent ce qui se passe dans le monde. Ils veulent juste mieux vivre.
Quand Nicolas Sarkozy va en Afrique et parle de la responsabilité des africains face à leur devenir historique et de la corruption chronique qui gangrène les économies africaines ; je vois des critiques qui fusent ça et là. Mais je pense qu’il a complètement raison sur ces points là. Pour moi, les solutions passent par un projet politique fort qui redonne aux jeunes sénégalais le goût et la confiance d’entreprendre au Sénégal et qui assurent parallèlement une protection accrue aux couches les plus défavorisées du Sénégal. Il faut restaurer les valeurs du travail, du patriotisme et de la citoyenneté dans notre pays. Il nous faut changer d’ère et inventer un système nouveau qui ne reniera pas les valeurs du pays, mais qui s’ouvrira résolument vers le monde moderne. Et les sénégalais sont plus que prêts aux ruptures, quelles que soient les difficultés sur le chemin. Pourvu seulement que la transparence soit établie entre les élus et les citoyens.
Pour y arriver, je pense qu’il faut commencer par mettre en place un Service National Obligatoire avec au choix un volet civil et un volet militaire pour que chaque sénégalais puisse contribuer d’une manière ou d’une autre au destin national. Des citoyens sénégalais qui accompliront leurs devoirs dans un Etat de droits, tel est mon credo. « A celui qui n’a rien, la patrie est son seul bien » disait Jean Jaurès. Notre seul bien pour l’instant, c’est le Sénégal et l’histoire qu’il porte.
A cela il faut y ajouter que le Sénégal doit se recentrer sur lui-même car je ne crois pas au rêve panafricaniste. Je crois qu’il ne sert à rien d’additionner des zéro et de mutualiser des fléaux (sida, paludisme, guerres civiles etc…) alors que les élites africaines actuelles ont démontré leur incapacité à répondre favorablement aux besoins des populations. Il faut que chaque pays africain règle ses problèmes internes d’abord. Il n’y a pas un seul pays d’Afrique sub-saharienne qui ne soit confronté à de l’irrédentisme ou du séparatisme à l’intérieur de son territoire. Si déjà on intégrait la Casamance dans le Sénégal, ce serait un très bon début. Après, on verra pour l’unité africaine. Il faut être pragmatique.

SOPE : L'Afrique apparaît comme le continent de beaucoup de maux que vous venez de citer : misère, génocides, famines, guerres fratricides, maladies. Ces maux ne connaissent pas les frontières. A l'heure où tous les continents essaient de peser dans le concert des nations, dans cette mondialisation, pensez-vous, sans nier la réalité de nos difficultés, que le repli sur soi soit  une solution viable pour les états africains ?
Malick Niang : Loin de moi l’idée d’un repli sur soi. Seulement, comme vous l’avez souligné les fléaux actuels de l’Afrique ne connaissent pas de frontières. Raison pour laquelle il faut essayer de s’en prémunir. Et la meilleure manière pour moi est de concentrer nos efforts vers les pays frontaliers à savoir le Mali, la Guinée, la Guinée Bissau, la Gambie et la Mauritanie. Il faut donc travailler dans le cadre d’ensembles à taille humaine que nous pouvons maîtriser et exploiter au maximum les opportunités que nous offre le fleuve Sénégal. D’autant plus que nous partageons une histoire commune avec ces différents pays.

SOPE : Pour revenir à l’histoire de ce jeune sénégalais, quel message vous avez voulu faire passer à travers de ce livre ?
Malick Niang : Le livre parle du Sénégal et de l’Afrique. Il est le discours d’un jeune sénégalais sur le présent, mais aussi sur le passé. J’y parle des tares de la société sénégalaise et des fléaux chroniques de l’Afrique. La question de l’esclavage y est aussi abordée.
Sur ce sujet, je pense que nous devons, plus que la France, affronter notre responsabilité dans ce qu’on a appelé le commerce triangulaire. Et notre responsabilité est claire et nette dans la traite négrière. Il nous faut demander pardon à ceux qui font partie de notre chair et que nous avons livré pieds et poings liés aux esclavagistes. Il ne sert à rien de jouer aux éternels victimes. Pour retrouver notre fierté perdue, il faudra assumer les parts d’ombre de notre histoire. On ne peut pas continuer à croiser les bras et exiger de l’Europe et de la France l’essentiel des efforts. Et on ne peut s’assumer qu’en regardant la vérité en face, de façon lucide et arrêter de détourner notre regard sur nos fautes passées et présentes. Et c’est le sens même du message que j’ai voulu faire passer. J’ai voulu pousser un cri de rage et de douleur. Il ne s’agit point d’un cri de désespoir. Même si la situation actuelle prête plus au pessimisme, je demeure très optimiste pour l’Afrique et pour le Sénégal en particulier.

SOPE : La responsabilité première dans cette histoire de l'esclavage et de la traite négrière n'est quand même pas du côté des africains. Le repentir doit incomber essentiellement à l'Europe et aux esclavagistes. Même s'il a existé des complicités, vous ne pensez quand même pas que les peuples africains puissent être tenus responsables ?
Malick Niang : Cette question est certes très sensible pour l’Afrique et pour toutes les communautés noires. On voit que les stigmates de l’histoire demeurent intacts. Et à chaque fois que je l’aborde dans un débat, je rencontre une certaine hostilité. Cependant, je ne pense pas du tout que le repentir doit incomber essentiellement à l’Europe. La France a fait un geste fort en décidant d’une journée nationale de commémoration de l’esclavage. Rien n’empêche les pays africains de faire de même. Il faut balayer devant notre propre porte. Mais ce n’est pas en nous adossant derrière des postures victimaires que nous allons faire avancer le débat. Pour qu’il y ait une véritable réconciliation, il faut que chacune des parties fasse des efforts. Nous le devons non seulement aux générations présentes et futures, mais nous le devons surtout à tous les descendants d’esclaves qui n’ont rien demandé dans cette histoire. On dit souvent qu’un pêché avoué est à moitié pardonné. Et l’Afrique noire n’en sortirait que grandie. Pour moi tout est lié. Il nous faut donc une thérapie collective qui prenne en compte tous ces éléments.

SOPE : Que diriez-vous pour donner l'envie de lire votre livre ?

Malick Niang : A vrai dire, je ne sais quoi vous répondre. A travers ces jeunes qui partent dans des pirogues, j’ai voulu poser le débat même de la mort et de la renaissance du continent africain. Voulons-nous continuer à mourir de notre douce mort ? Voulons-nous affronter nos problèmes aujourd’hui pour vivre plus dignement demain ? Telles sont en substance les questions qui y sont abordées. Si nous voulons que le regard que les autres portent sur le continent et sur nous-mêmes change, il faudra inexorablement changer le regard que nous portons sur nos propres sociétés et nos propres cultures.

SOPE : Etes-vous déjà en chantier pour un second roman ?

Malick Niang : Actuellement, je travaille sur un roman qui traite de la condition des femmes. Ce sera l’histoire compliquée d’une femme banale autour de laquelle beaucoup de femmes africaines se reconnaîtront. Dernièrement, en lisant la presse sénégalaise, j’ai vu qu’un homme coupable d’un viol s’est vu requérir par le tribunal 2 à 5 ans de prisons. Quand on y regarde de près, derrière les apparences, nous ne sommes pas loin des standards afghans. Je pense que dans le Sénégal d’aujourd’hui, les viols doivent être passibles d’assises.
A cela, il faut ajouter que l’infanticide est de plus en plus pratiquée dans le pays à cause des difficultés économiques que rencontrent les femmes particulièrement, mais surtout à cause de l’interdiction de l’avortement. Et on ne peut parler de respect de la femme, si cette dernière ne dispose pas de la plénitude de son corps. Il faut légaliser l’avortement au Sénégal et arrêter de se cacher derrière une forme d’hypocrisie.

SOPE : Y aura-t-il de la suite des aventures de ce jeune émigré en Europe?

Malick Niang : Tout ce que je peux vous dire, c’est que le roman que je viens de publier va comporter deux autres volets avec le même personnage de Sylmaha. Je viens tout juste de terminer ce premier volet. Je me laisse le temps de souffler, d’aborder d’autres sujets avant de me replonger dans la vie de ce jeune émigré. Je ne sais pas sincèrement comment l’histoire va se terminer, mais il y aura de la suite.

SOPE : Merci et bonne chance pour la suite.

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SOURCE : http://www.sopeonline.net/pages/accueil.php?dc=malick_niang
Pour contacter l’auteur : Malick NIANG, BP 23 353 - 69405 Lyon Cedex 03
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