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Par Max Carmel SAVI

COTONOU – ( Bénin)- La filière de la prostitution devient – elle la principale source d’emploi pour la jeunesse féminine africaine en panne de repères? Le plus vieux métier se légalise de fait et prend en Afrique de l’Ouest une envergure inquiétante. La démission des gouvernants, la conjoncture économique, la recherche du gain facile justifieront-elles l’abomination de la désolation ? Reportage !

L’allure n’a rien à envier aux hôtels de Copacabana ou aux demeures somptueuses de la Côte d’Azur. Presque un gratte ciel à portée de mer avec une multitude de drapeaux flottant au gré du courant marin. Des lampes circonspectes et flatteuses illuminent de leur clarté, dont l’avarice favorise la discrétion, ce point pittoresque de la ville de Lomé. Nous sommes à Palm Beach Hôtel, et c’est ici que travaille, dans l’informel, Sandra, depuis une demie décennie. Le job de Sandra et de ses compagnes de fortune constitue essentiellement à sillonner les couches obscures du prestigieux hôtel à la recherche du client. Non loin de là, sur le boulevard du 13 janvier, dans les environnements de Byblos Night Club, le marché de femmes fourmille de monde. Aline, 21 ans, est marchande de sexe depuis 3 ans. Sonia, 25 ans, sereine et souriante, y tient la cagnotte de reine. Hadidjah, 27 ans, la nouvelle venue est une rescapée de la prostitution au Bénin voisin. Dessinée par l’étoitesse de son pantalon élastique et son « jacket » qui ne couvre que la moitié de son torse, Akoua, 14 ans se hasarde ici, se faufilant entre ses consoeurs à la recherche de son « amant » d’occasion. Comme Sandra, Sonia, Aline Akoua et Hadidjath, ce sont plusieurs milliers de togolaises qui vivent régulièrement de leur sexe. Au Ministère de la famille et des Affaires sociales, on ne connaît pas exactement le nombre. « Environ mille deux cent filles en font une profession en plein temps mais plusieurs milliers de togolaises vivent de leur sexe partiellement » nous confie un responsable d’ONG.
A Cotonou, le phénomène se légalise officieusement. Des esplanades officielles aux milieux officieux en passant par les bordures des routes obscures, vous les identifierez aisément. Elles ont généralement de l’embonpoint, ne manquent pas de beauté plastique, avec les rondeurs posées aux bons endroits. Souvent de blancs vêtues avec le maquillage démesuré, elles ne manquent que rarement de tenir un petit sac. Jonquet est la plus grande place de prostitution dans la Sous région. Environs une demie dizaine de jeunes filles y font carrière et le gouvernement béninois affiche son impuissance. Plusieurs centaines d’entre elles animent quotidiennement le marché du sexe. Le prix va de 1 000F (1,5euro) pour quelques minutes à 40 000F (60euros) voire 60 000F (90euros) pour une nuit. « Mais la recette ne cesse de dégringoler » précise l’une d’entre elle sous couvert d’anonymat.
Au quartier du grand marché de Niamey, dans les quartiers populaires d’Abidjan et un peu partout en Afrique occidentale,de Dakar à Ouaga, de Banjul à Moronvia, le phénomène est identique.

TEMOIGNAGES HALLUCINANTS :

« Il y a 5 ans que je fais ce travail. Je viens trois ou quatre fois par semaine et je ne rate jamais les week-ends, la recette est plus importante. Je gagne en moyenne 25 000 tous les jours parfois le double, ça dépend du marché ». Rachelle, béninoise de 24 ans rencontrée à Cotonou n’emploie jamais le mot prostitution, elle dit « travail » ou « job ». elle vient du Nigeria où elle était informaticienne. Venue du Nord du Togo, Bakéema que nous avons rencontrée à lomé est plutôt rescapée d’une aventure qui devait l’amener en Italie. Abandonnée à Lomé, elle n’a plus que ce métier pour vivre. « Il est vrai que parfois, j’y trouve du plaisir. Certains mecs m’émeuvent et je tombe amoureuse, mais ça ne dure pas. C’est pourquoi mes deux enfants sont de pères différents quoi (rire). J’envoie de l’argent à ma famille, j’ai continué mes études avec le bac cette année à Lomé. »
Nous sommes à Cotonou, devant le Hall des Arts, boulevard St Michel. Les clients ne manquent pas. Une multitude de jeunes gens défilent ici pour sélectionner. Mais le nombre croissant des professionnelles du sexe influence les chiffres d’affaire. Quand je parle de « partenaire sexuel », Sonia rétorque avec brusquerie… On dit « client », insista-t-elle. Ici, c’est la notion du marché avec des thèmes de commerçants. Les clients privilégiés sont des expatriés venant de l’Europe, du Maghreb, du Burkina Faso et autres. Les plus payants sont de Libanais. Parfois, jusqu’à 60 000F CFA soit 90 euros. Les belles-de-nuit aussi savent faire le tri. Une voiture vient de garer, elles y affluent, une dizaine de filles, le mec a le choix. Parmi elles, Amah, 26 ans, est étudiante en sociologie. Elle ne vient que le week-end et sait manager sa beauté pour la vendre. Avec la recette d’un seul samedi, souvent plus de 40 000 F (60euros), elle gère la semaine. Elle se déplace pour la Fac, se procure les ouvrages et paie sa restauration. « Il est vrai que j’ai honte, je suis obligée d’être discrète mais il arrive que des camarades me surprennent… et c’est le scandale » confie-t-elle avec un sourire pudique.
Camouflée dans l’obscurité épaisse entre les fleurs étouffantes de Goyi score, (à Lomé) Sandrine, petite commerçante, exagère le maquillage. Elle a un physique ingrat. Elle gagne le minimum pour survivre. « Parfois je passe toute la nuit sans client et quand j’en trouve une fois en passant, c’est pour 3 000 ou 4 000 F (6euros) pour toute la nuit, je n’ai pas le choix. »

CAUSES, EFFETS, ENJEUX…

Généralement, c’est la recherche du gain facile qui occasionne la prolifération de la prostitution. Mais il faut aussi reconnaître que le manque d’emploi et de promotion pour la jeunesse en est une raison fondamentale. Il y a aussi celles qui s’y hasardent dès le bas âge par naïveté et qui y sont contrainte à l’âge adulte par nécessité ou habitude. Puisqu’elles font une recette mensuelle supérieure à la rémunération régulière de la plupart des fonctionnaires d’Etat. Plus de 97% des « guinguettes » interrogées affirment sans vergogne que c’est à la recherche de l’argent. Certaines d’entre elles nourrissent toute la famille avec le job. La majorité est prête à abandonner ce métier contre un emploi régulier mais certaines craignent la chute de leur pouvoir d’achat. La crise socio politique que vit l’Afrique accompagnée de la précarité économique sont des éléments aggravants. L’influence de la mode, la folie du luxe, la fragilité de la femme et la tendance à croire que la vie doit être plus facile pour le sexe féminin qui se plait à vivre à la charge du mâle favorisent la prostitution. L’objectivité froide de l’analyse nous montre une Afrique travestie et enclin à la dépravation sexuelle. La tendance de confondre la mondialisation des cultures au mimétisme dévalorisant et systématique de certains tristes exploits occidentaux contraint « le morale à déserter le forum » pour paraphraser un auteur africain. Malgré les diverses maladies sexuellement transmissibles et le redoutable mal du siècle, le sida, force est de constater que le plus vieux métier du monde conquiert dangereusement du terrain. La plupart des prostituées sont mobilisées par les ONG contre le sida, mais selon le prix proposé, certaines acceptent de bouder le condom sous l’exigence du client. Généralement les clients qui prennent de tels risques sont ceux qui se savent séropositifs. Ils drainent ainsi ces naïves prostituées folles des billets de banques dans le grenier de la mort.
7 adolescents sur 10 font leur premier essai sexuel chez les prostituées et souvent, sans préservatifs pour ce premier coup confirme un sondage sous-régional. Parce qu’ils n’ont que peu de notion sur le sida. Le risque donc qu’à l’âge de 25 à 30 ans, un grand nombre de jeunes Africains meurent du sida est ainsi justifié.

La démission des Etats qui affichent leur incapacité à gérer le phénomène et la duplicité de certaines associations qui veulent lutter contre le sida et ne s’y mettent que médiocrement favorisent l’expansion de la pandémie. L’ex Secrétaire d’Etat Togolaise, chargée de la protection de l’enfant et des personnes âgées, Christine Agnélé avait engagé, conjointement avec ses homologues de l’administration territoriale et de la santé, la police aux trousses des prostituées mineures mais l’initiative n’a malheureusement fait que feu de paille : quelques semaines seulement. Le phénomène a repris son expansion de plus belle, constituant ainsi une bande efficace pour la propagation du VIH sida dont l’Afrique noire bat un lugubre record avec plus de 15% de prévalence moyenne. Et le sida continue son chemin de roi, en connivence avec la passivité des dirigeants et l’escobarderie de certaines ONG.

Les associations et ONGs doivent désormais cibler les prostituées pour mener avec elles la lutte ; il faut davantage les préparer aux enjeux du VIH-SIDA et engager leur conscience « professionnelle » dan la lute. La distribution régulière des préservatifs, la conscientisation organisée des actrices du fléau, et la mobilisation générale de la jeunesse africaine peuvent être un début de solution.

L’engagement des gouvernements est capital surtout à travers les projets d’insertion sociale. Les prostituées ne se plaisent pas majoritairement dans leur corporation et les propositions convenables d’insertion détourneraient la plupart de leur profession. Certains experts affirment à raison que le phénomène de la prostitution a réduit celui du viol. Puisque ainsi, les hommes satisfont facilement leur libido. Mais le développement du social, la lutte contre la pauvreté, la promotion de l’emploi pour la jeunesse en l’occurrence et le retour de l’éducation morale et civique dans le programme scolaire pourraient contribuer remarquablement à la réduction du fléau. La contribution de tous les Africains est aussi importante, le phénomène concerne tous et engage tous, malheureusement, peu de structures ‘’en occupent comme si la prostitution devait rester légale dans les esprits.