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Sous le couvert de la liberté d’expression, on assiste à une reproduction du langage historique du racisme anti - Noir. L’animateur télé, Pascal Sevran n’a fait que grossir le constat en justifiant que « la bite des Noirs était responsable de la famine en Afrique » et qu’il « fallait stériliser » la moitié de la planète, c’est à dire éliminer la moitié des Blacks du Continent. « Ces propos dégueulasses », pour reprendre Abdoulaye Wade Président du Sénégal, s’indignant sur RTL , témoignent de l’irresponsabilité incalculable de certains hommes de médias qui ne sont que les faces visibles des comités d’arrière garde en Occident qui pensent que leur identité nationale est menacée par la présence des étrangers notamment des Noirs.

Nous assistons, aujourd’hui, au retour des vieilles constructions sémantiques de l’homme noir. Le début du 21ème siècle est marqué par la légitimation intellectuelle de toutes les formes de racisme comme c’est le cas avec Samuel Huntington aux USA qui dans son dernier livre « Who are we ? » ( Qui sommes - nous ? », préconise que la présence des Latinos aux Etats – Unis d’Amérique, constitue une menace pour l’identité américaine. La France, a aussi son intellectuel réactionnaire, Alain Finkielkraut qui a voulu théoriser le concept de racisme anti – blanc.

Le Sénégalais Doudou Diène, rapporteur des Nations – Unies contre le racisme ne cesse de dénoncer dans ses rapports « la reproduction du langage historique du racisme ». Interrogé sur les propos de Sevran rapportés par l’APPA, il nous a déclaré : « C’est une affaire sérieuse et grave qu’il ne faut pas donner une importance ou une dignité qu’elle ne mérite pas ». « Cependant, l’affaire est préoccupante car nous sommes dans un contexte où les mots ont un poids ». Le rapporteur de dégager deux remarques, « Il ne faut pas laisser passer de tels propos à cause du climat actuel marqué par un retour du refoulé idéologique et sémantique sur le racisme. Si Pascal Sevran a vraiment tenu de telles paroles, analyse Doudou Diène, « il ne fait que reproduire une des vieilles images construites par les idéologues du 18ème siècle pour animaliser et déshumaniser l’homme Noir.»

« La déshumanisation ne portait pas uniquement sur l’absence de culture mais de l’image de l’homme noir comme un animal mu par des pulsions fondamentalement animales donc dépourvues de pensée », assène le rapporteur des Nations – Unions contre le racisme.

Pour Doudou Diène, « certains média contribuent à la légitimation intellectuelle du racisme. »

L’image de construction de l’animalité de l’homme noir est l’image de la bête sexuelle. Cette déshumanisation traduit l’expression d’une vieille philosophie chrétienne du 18ème siècle d’une méfiance à l’égard de la chair et du sexe. Les propos de Pascal Sevran sont donc dangereux. Force est de reconnaître que beaucoup de médias occidentaux participent à renforcer la peur entre les différentes communautés de la famille humaine. Et ce, dans un contexte idéologique et post idéologie du 11 septembre avec son climat de peur qui ramène à une diabolisation de communautés entières.

L’ONU n’a –t- elle pas échoué ?

« Peut – être que vous avez raison », nous rétorque Doudou Diène, et de préciser « s’il y a échec, il faudra plutôt l’imputer aux Etats membres, aux sociétés du monde qui ont échoué face à la lutte contre le racisme. »

Le rapporteur des Nations – Unies, tend à rassurer : « la troisième conférence de Durban sur le racisme montre que le combat est dur et difficile mais le fait de tenir cette rencontre et d’adopter un programme consensuel démontre aussi que le combat n’est pas perdu. »

Il faudrait, a –t- il ajouté, « appliquer le programme d’actions de Durban. Il faudrait aussi faire une lecture approfondie de la résurgence du racisme, de la discrimination et de la xénophobie »

La violence de cette résurgence du racisme et notamment le recours à la violence physique, dans beaucoup de pays du Nord comme au Sud, est le signe qu’il y a une crise identitaire dans les sociétés où cela se produit.

« Les vieilles identités nationales ethnocentrées ne sont plus conformes et sont en conflit avec les dynamiques multiculturelles et religieuses qui sont en train de restructurer toutes ces sociétés » décortique le philosophe sénégalais. « Les vieilles identités nationales inscrites dans le marbre des constitutions et enseignées dans les écoles ne sont plus conformes aux réalités plurielles et multiculturelles des sociétés actuelles. »

Ainsi, serait – on tenter à croire que la montée du racisme et de la xénophobie sont les dernières résistances au surgissement et à la naissance de nouvelles identités multiculturelles.

Ces résistances prennent deux formes selon Doudou Diène:

« Une instrumentalisation politique par l’utilisation de plate - formes xénophobes qui se basent sur la menace de l’identité nationale. Cette instrumentalisation qui était le domaine des partis politiques d’extrême droite a infiltré des partis dits démocratiques avec la lutte contre l’immigration clandestine et le droit d’asile. L’autre forme, c’est la légitimation intellectuelle avec le concept de défense de l’identité nationale contre l’invasion multiculturelle et religieuse et sur la défense des valeurs nationales. »

« L’intégration strip – tease »

En effet, beaucoup de pays en Europe, développent une approche de « l’intégration strip – tease » selon laquelle l’immigré doit se déshabiller à la frontière de toute singularité religieuse, culturelle ou même si possible ethnique pour se présenter nu et être intégré.

Ceci renvoie au concept qui stipule que « les immigrés doivent s’adapter à nos valeurs. » Ne peut – on pas voir dans une telle posture, le retour du vieux discours historique de l’inhumanité et de la non culture des peuples non - européens. C’est ce discours là qui avait légitimé des entreprises historiques comme l’esclavage et la colonisation pour masquer les intérêts économiques qui les sous tendaient. Derrière l’image de civilisation et d’émancipation, se cachait l’exploitation de l’homme « barbarisé » par l’homme « civilisé ».

« Les propos de Sevran sont le degré zéro de cette légitimation intellectuelle du racisme anti – Noir », conclut Doudou Diène.

Par Gorgui Wade NDOYE