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Joseph Ki-Zerbo: L’historien et son combat

Publié le, 09 juin 2006 par

Par Amy NIANG, Correspondante au JAPON, amy_niang@yahoo.com ( also read the english version at the end of this text)

L’abîme qui sépare la jeune génération d’africains de la vieille est incommensurable et semble se creuser chaque jour d’avantage. Nous -jeunes africains- avons grandi avec l’idée que tout ce qui est ‘traditionnel’ est nécessairement rétrograde et souvent d’authenticité douteuse. Les africains, en particulier ceux issus de la deuxième et troisième génération de la diaspora n’ont pas l’opportunité de communiquer avec leur passé, un handicap qui occulte toute tentative d’étude corrective de l’histoire du continent tout en approfondissant leur incapacité à prendre leur destinée en main. Le vieux dicton dirait : ‘est perdu celui qui ne sait pas d’où il vient’.

Les africains, en particulier ceux issus de la deuxième et troisième génération de la diaspora n’ont pas l’opportunité de communiquer avec leur passé, un handicap qui occulte toute tentative d’étude corrective de l’histoire du continent tout en approfondissant leur incapacité à prendre leur destinée en main. Le vieux dicton dirait : ‘est perdu celui qui ne sait pas d’où il vient’.

J’ai eu l’immense honneur de rencontrer le premier africain agrégé en histoire et premier professeur d’histoire du continent, en l’occurrence Joseph Ki-Zerbo, dans sa maison de Ouagadougou au Burkina Faso. Aujourd’hui à 84 ans, diminué par l’age et la maladie, il n’en puise pas moins une force et une vitalité étonnantes ancrées dans ses convictions profondes. Son histoire est celle d’un sage mal compris à bien des égards et combattu pour ses idées. Il a peut être longtemps prêché dans le désert mais les hommes comme lui vivent de la sève de leur conviction. Ses appels trouvent résonance chez des intellectuels en Afrique et à travers le monde, qui n’ont que trop compris son message.

K-Zerbo déplore l’extinction grandissante de l’identité africaine. Selon lui, la malédiction de l’Afrique ne réside pas dans sa pauvreté économique chronique mais dans l’ignorance par ses enfants de l’histoire du continent. A moins que les africains ne se décident à retrouver la mémoire du continent, à comprendre son système de pensée, à aller à la rencontre d’eux-mêmes et à se poser les questions essentielles : « Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? », ils resteront enfermés dans le carcan de l’identité culturelle. Selon lui, il est grand temps que les africains se libèrent de l’asphyxie culturelle, grand temps qu’ils deviennent attentifs à leur mode de fonctionnement et fassent bon usage de leur héritage traditionnel et culturel afin d’appréhender le futur avec plus de sérénité et de confiance. L’approche consistera, pour le continent dans son entièreté, à reconquérir son identité confisquée pour la simple raison que ‘sans identité, dit-il, nous sommes un objet de l'histoire, un instrument utilisé par les autres. Un ustensile." Les africains ont découvert le monde, ils connaissent et maîtrisent la science de l’occident ; ils ont assimilé son histoire, sa philosophie et ses systèmes de pensée. Il est temps qu’ils s’intéressent à leur propre histoire pour qu’enfin leur présent soit celui d’un passé compris et maîtrisé.

Ki-Zerbo relate le passé du continent non pas à la manière d’un chroniqueur nostalgique d’un passé glorieux ou ressassant l’imaginaire d’un monde merveilleux de l’Afrique précoloniale. Il dit la vraie histoire de l’Afrique, celle que ses professeurs de la Sorbonne ne lui ont pas enseignée. Il fait remarquer qu’à travers l’histoire du continent, la croyance en des valeurs saines, des principes simples tels que la centralité de l’unité familiale, la primauté du groupe sur l’individu, le respect des aînés, l’esprit de solidarité, d’entraide et de bon voisinage, la communion humaine dans la joie et dans la peine, etc., ont constitué les bases de l’existence des africains. Malheureusement, la dégradation de ces principes compromet les perspectives d’un panafricanisme réel. Mais Ki-Zerbo nous met en garde : ‘la libération sera panafricaine ou ne sera pas’.

Aujourd’hui malheureusement, le débat sur le panafricanisme est empêtré dans des chamailleries de légitimité de pseudo-démocracies et se repaît d’un caquetage aussi éloigné des questions vitales qu’il occulte la pertinence de l’unité dans la recherche de solution contre l’abattement. Ki-Zerbo affirme que ‘la conception et la gestion du pouvoir en Afrique moderne n’ont rien d’africain’. En effet, les formations politiques de l’Afrique traditionnelle sont riches d’enseignements et offrent des exemples de gestion saine du pouvoir, ceci étant en contradiction avec l’image souvent véhiculée d’une Afrique précoloniale similaire à un champ de bataille où les africains passaient leur temps à s’entretuer, ce qui justifierait l’argument selon lequel la colonisation a été un processus de pacification de l’Afrique.

“Les africains, dit-il, pensent que le pouvoir doit être divisé entre ses tenants. Ils pensent aussi que partager le pouvoir, c’est aussi le multiplier’’. Il fustige les théories dominantes sur l’Afrique qui s’évertuent à confiner l’histoire du continent à l’esclavage et à l’expérience coloniale. Il ajoute que la connaissance de l’histoire est une condition à la libération collective. En effet, Le lien entre la connaissance de l’histoire, le savoir, la production et la consommation du savoir et l’impact sur l’estime de soi est indéniable. En Afrique, l’absence de cette connaissance a largement contribué au misérabilisme, à la contre-performance et au sous-développement mental.

Selon lui, Il ne s’agit pas d’aller se vautrer sur la natte des autres (titre d’un de ses livres) encore moins d’aller la tisser en délaissant la sienne, ou encore d’aller ‘s’installer dans la place publique en tendant sa sébile dans la main en attendant d’être développé’. Il ne s’agit pas non plus d’occulter les questions essentielles qui interpellent le continent, notamment la dégénérescence des valeurs africaines. Il s’agit de panser les blessures à venir en les évitant, de rêver et d’inventer l’Afrique, de se connaître pour mieux se prendre en charge.

Le professeur, comme on l’appelle souvent, est certainement un homme de vision et un prophète mais il est loin de vouloir lire le futur de l’Afrique dans le sable flou de ses terres asséchées, il use de la démarche dialectique de l’histoire comme méthode d’investigation pour fouiller le vrai passé du continent afin d’en mieux saisir les fondements et de comprendre la dynamique des interactions entre passé et présent. Et de nous dire ce qu’il adviendra d’une société déstructurée : l’import et l’application de valeurs impropres à sa cosmologie et à son peuple, ce qui mènera inexorablement à la destruction de l’identité culturelle.

Son analyse incisive et impitoyable des relations du continent avec le reste du monde à travers les siècles, la pertinence de son regard ainsi que sa compréhension subtile et exhaustive de l’histoire et des systèmes de pensée africains font de lui un historien et un intellectuel hors pair, le héraut des voix de la connaissance préventive. Son écriture prolifique a produit une importante liste de monographies et d’articles dont Histoire générale de l’Afrique Noire (1972) qui a jeté les fondements d’une vie d’engagement à doter le continent noir d’une histoire propre, écrite par des africains. Il a aussi dirigé la publication de deux volumes de l’ambitieux projet de l’UNESCO de compiler une histoire générale de l’Afrique (Méthodologie et Préhistoire Africaine, 1981) en tant que membre de son Comite Scientifique.

Ki-Zerbo sillonne et interroge le passé du continent en s’inspirant de la tradition orale, source par essence de l’histoire du continent, utilisée par beaucoup d’écrivains à l’instar du malien Amadou Hampaté Bâ, qui dira un jour : ‘‘un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle’’

Le combat de sa vie ainsi que son engagement politique et social n’est pas seulement ‘un message d’espoir dans un océan de malheur’. C’est la conviction profonde d’un homme qui sait que le développement, pour l’Afrique, ne peut continuer à être qu’une notion vague, une promesse chimérique ; il y aura développement et il sera africain de conception et d’application ou ne sera pas du tout. Cette ultime connaissance est ce qu’il exhorte les jeunes africains à opposer au déterminisme et à l’immobilisme inacceptable, à l’ignorance institutionnalisée et à la rhétorique creuse.

Joseph Ki-Zerbo : the Historian and His Struggle*

By Amy Niang, a Senegalese graduate research student at the University of Tsukuba in Japan. E-mail her at amy_niang@yahoo.com

There is an incommensurable gap between the old and younger generation of Africans. We "African youth?have grown up, been made to believe that anything "traditional" or "old" is necessarily retrograde, often "unreliable".

Young Africans, especially children of the Diaspora, do not have the advantage of communicating with their past, a handicap that inhibits a corrective study of African history and deepens their incapacity to take their destiny in hand. According to an African proverb, "he who is lost doesn't know where he comes from".

I had the immense honor to meet the first African to qualify as professor of history, Joseph Ki-Zerbo, at his house in Ouagadougou, Burkina Faso (West Africa). At 84 today, weakened by age and sickness, Ki-Zerbo still draws amazing strength and vitality from his deeply-rooted convictions. He may have been preaching in the desert for decades but men like him live by their principles and his writings find resonance. African and world scholars have understood his message.

Ki-Zerbo deplores the increasing extinction of African identity. According to him, the curse of Africa is not the chronic poverty of its countries but the ignorance of its children of the true history and the true values of the continent. Unless Africans start learning about their own continent, their own thought system and the essence of its traditions, they will remain locked into the stranglehold of cultural identity.

It?s high time Africans liberate themselves from cultural asphyxiation, high time they went in search of what it is to be African, to draw the necessary lessons from their own traditional history in order to apprehend the future with confidence. The approach will consist, for Africa, in re-conquering its confiscated identity for, according to Ki-Zerbo, "without identity, we are just a mere object of history, a prop in the play of globalization, an instrument used by the others. A utensil".

Ki-Zerbo narrates African past not in the way of a nostalgic chronicler who wallows in past glory or dwells into an imaginary fantasyland of pre-colonial Africa. He uncovers the history he was not taught at La Sorbonne University in France.

According to Ki-Zerbo, throughout history strong beliefs in simple principles such as the importance of family over the individual, the respect of elders, the spirit of sharing and good neighborliness, human communion in joy and sadness, etc, have been the bedrock of existence for Africans. Unfortunately, the degradation of these principles has blighted prospects for Pan-Africanism and development. But Ki-Zerbo warns us that "liberation for Africa will be Pan-African or will not be".

Today, the debate over Africa is enmeshed in endless and ineffectual squabbling over the legitimacy of pseudo-democracies and misleading conflicts. But Ki-Zerbo argues that "the conception of power as well as its management in today's Africa has nothing African to it". In fact, political formations in pre-colonial Africa are rich with institutions based on a division of power with the greater possible number of people.

Africans, he says, " believe that power should be divided among its incumbents. They also believe that stability could be preserved in the multiplication of power". He debunks misconceptions about African history and dominant theories that deliberately confine the history of the continent to the slave trade and the colonial experience. He adds that historical knowledge is a condition to collective liberation as the linkage between historical knowledge and self-worth is undeniable. In Africa, the lack of this knowledge has greatly contributed to underachievement and "mental underdevelopment."

Ki-Zerbo is a man of vision and a soothsayer but he does not read Africa's future in the sand of its drying soil; he uses the dialectical process of history as an investigative method to uncover the true past of the continent in order to understand the underpinnings of Africa's value systems. He then tells us what a de-structured society can expect to see: the import and application of values that do not fit its peoples, which eventually will lead to the destruction of cultural identity.

His unsparing analysis and sharp, perceptive, riveting, pertinent, careful and thorough study of Africa's history as well as its relations with the West has yielded a great number of articles and monographs, among which have been the comprehensive "History of Black Africa" (1972) that laid the foundation of a lifetime of scholarship and commitment to restoring the history of Africa by Africans. He also supervised the publication of two of the monumental eight-volume "General History of Africa" (Méthodologie et Préhistoire Africaine, 1981) as a member of the Scientific Committee for UNESCO.

He explores Africa's past, drawing from oral tradition that is, in essence, the source of history and traditions for many African writers such as Mali's late Amadou Hampaté-Bâ, who once said: "When an old man dies in Africa, it is like a whole library burning down."

Ki-Zerbo's life struggle and relentless social and political activism are not just a message of hope for Africa. It is the deep conviction of a man who knows that African development cannot be elusive forever and that it will be "African" in conception and application or will not be. This knowledge is what he wishes young Africans to oppose against heavy odds and unacceptable immobilization, against institutionalized ignorance and empty rhetoric.

* As published in the Informer